Les addictions des entrepreneurs qui détruisent leur capacité à décider — ce que les chercheurs ont découvert | Iris Ramos | Déclic 406
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Dans cet épisode, Iris Ramos, fondatrice de STEP, un service de santé dédié aux dirigeants, explique les mécanismes d’addiction chez les entrepreneurs. Elle distingue trois niveaux : l’usage ponctuel, le comportement compensatoire (pour gérer la fatigue ou le stress) et l’addiction, qui se manifeste par la priorité donnée à une activité au détriment de la santé et des proches. Les dirigeants, souvent dotés d’une personnalité contrôlante, vivent en hyper-vigilance et négligent la récupération, ce qui épuise leurs ressources. Les tests salivaires de cortisol révèlent que beaucoup n’ont plus d’énergie le matin, les incitant à consommer de l’alcool ou d’autres substances pour compenser. L’alcool, banalisé socialement, épuise la vitamine B, altérant la mémoire et la prise de décision, un risque majeur pour leur lucidité. Les études menées montrent qu’un dirigeant sur trois est en mauvaise forme psychologique, ne consulte pas et s’automédique, par peur de découvrir des problèmes de santé et par une culture du contrôle qui les empêche de demander de l’aide. Iris insiste sur l’importance de la prévention : des bilans réguliers peuvent éviter des maladies irréversibles comme le diabète, qui diminuent la capacité à diriger. Elle conclut que prendre soin de son corps et de sa tête est un acte d’ambition et d’anticipation, essentiel pour les leaders qui veulent durer.
Tu es en train de traiter ton corps comme s'il n'avait pas d'avenir.
Quand vous n'avez plus de vitamine B, vous n'avez plus de mémoire.
Quand vous n'avez plus de mémoire, vous ne prenez que des mauvaises décisions.
Vous êtes devenu le patron que vous n'auriez jamais voulu avoir.
Vous êtes l'esclave de vous-même et l'esclave de votre activité.
Les leaders anticipent, les leaders préservent leur santé.
Ce n'est pas une affaire de faibles, c'est l'affaire de ceux qui voient plus loin,
qui anticipent et qui sont ambitieux.
Il y a une problématique majeure chez les entrepreneurs qui est liée à l'identité.
Si tu t'es construit comme ton produit, ta boîte, ta marque,
si ça ne va pas, tu n'es plus rien.
C'est vraiment un scandale de santé publique.
Il y a un problème majeur dans le système de santé, c'est. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Le Déclic.
Encore une fois, bien accompagné, je suis avec Iris Ramos.
Comment tu vas?
Au top, je suis trop contente d'être là.
Moi aussi, je suis super contente.
J'ai plein de questions à te poser.
Rapidement, je vais te présenter.
Tu es fondatrice de STEP, le premier service de santé dédié aux dirigeants en France,
déployé dans 10 villes françaises, en Suisse et en Belgique.
Également psychologue du travail et chercheuse à l'université de Tours.
Tu as mené en 2024-2025 la première étude française de terrain
sur les addictions des dirigeants dans le cadre du premier observatoire de la santé des dirigeants.
160 chefs d'entreprise, des chiffres qui font froid dans le dos.
On va en reparler justement en détail.
Jusqu'à aujourd'hui, tu as créé également 6 entreprises en 7 ans avant de fonder STEP.
On en reparlera aussi.
Tu as de nombreuses parutions scientifiques en cours de publication en France et à l'international
sur l'importance du soutien, les addictions, la résilience,
dans des revues internationales sur la santé mentale et la performance des dirigeants.
En 2020, pendant le confinement, le Medef t'a confié aussi une cellule de crise
pour la prévention des suicides chez les commerçants.
On va en reparler là aussi.
Aujourd'hui, on aimerait parler d'un sujet beaucoup plus grave qu'il n'y paraît,
des mécanismes d'addiction qui touchent une grande partie des entrepreneurs
sans qu'ils ne s'en rendent même compte
et peuvent devenir dangereuses pour leur lucidité comme pour leur santé.
Aujourd'hui, tu vas nous aider à comprendre jusqu'où ça peut aller
et comment s'y prémunir.
Et il est urgent d'ouvrir les yeux.
Bienvenue, Iris, sur le Déclic.
Merci pour l'invitation.
Avec grand plaisir.
Quand on parle d'addiction chez les entrepreneurs, de quoi on parle exactement?
Parce qu'on peut avoir une idée préconçue de ça,
mais finalement, quel est le scope et de quoi on parle exactement?
Il y a trois choses qui sont différentes.
Tu peux avoir un usage ponctuel.
Tu peux avoir un comportement compensatoire et une addiction.
Est-ce que tu connais un peu la différence entre les trois?
Donc l'usage, on va dire compensatoire, c'est ça?
En fait, tu peux avoir un usage.
Un usage ponctuel, ça va être je vais boire un verre, je vais fumer,
je vais manger du chocolat, je vais faire du sport.
Juste pour le plaisir, finalement.
Donc là, on est OK.
Il peut y avoir des drogues dans cet usage ponctuel.
Donc il peut y avoir aussi une consommation de drogue.
Après, tu as vraiment le comportement compensatoire.
J'en ai un.
Je vais compenser quelque chose.
Pourri, oui.
Je vais fumer, je vais boire, je vais…
En général, ce que me racontent les dirigeants que j'accompagne dans Step,
c'est le matin, j'ai besoin de quelque chose qui m'aide à me lancer.
OK.
C'est-à-dire qu'ils essayent de combattre la fatigue.
Et le soir, j'ai besoin de quelque chose pour me décrocher du boulot,
pour me détacher du boulot.
D'accord.
Donc des choses pour se mettre in et des choses pour sortir du boulot,
donc pour faire off, pour que le cerveau coupe.
Donc ça, c'est ce qu'on va appeler aussi les comportements compensatoires.
C'est que je vais être fatiguée, je vais être stressée
et je vais chercher un moyen de faire face à ce stress.
Et après, tu as l'addiction.
Quand tu as l'addiction, là, c'est vraiment même dans le sport ou le travail,
les quatre heures de sport qui vont être prioritaires avant ta famille
ou toute autre chose.
C'est-à-dire que tu ne vas pas pouvoir t'empêcher de faire ton sport
et tu vas mettre de côté ta vie sociale
et tu vas commencer à avoir des problèmes de santé.
Là, on parle d'addiction.
Ok.
C'est hyper intéressant parce que finalement,
on pourrait penser que ça va toucher que par exemple l'alcool ou la drogue éventuellement.
Mais tu l'as évoqué ici, il n'y a pas que ça.
Il peut y avoir des comportements, il peut y avoir le sport,
il peut y avoir le travail en tant que tel,
le fameux workholisme par exemple.
Et comment ça se retranscrit?
Parce que la plupart des gens qui nous écoutent sont des entrepreneurs.
Et en plus de ça, sur les réseaux sociaux, par exemple,
aujourd'hui de plus en plus,
on a l'impression qu'il faut dormir moins,
il faut travailler dur, il faut travailler fort.
Et presque.
Certains auraient tendance à culpabiliser s'ils ne travaillent pas suffisamment
parce qu'on a associé la valeur travail au mérite.
Et donc, si on veut gagner plus, on doit travailler plus.
C'est très français ou très francophone en tout cas.
Comment on peut identifier qu'on est en train de glisser potentiellement
d'un comportement compensatoire par exemple,
à une vraie addiction dans le cadre du travail ou d'autres choses?
C'est vraiment…
Il y a deux éléments importants.
Le premier, c'est…
Je commence à avoir des problèmes de santé.
D'accord.
Le corps qui t'envoie un signal.
Je ne peux pas m'en empêcher.
Quand on parle d'addiction, ça peut être aussi des comportements.
Tu parlais de drogue, mais il y a internet.
Nous, au laboratoire, on a fait une très très très importante étude
sur le détachement psychologique.
Avant, tu terminais de travailler, tu n'avais pas ton téléphone,
tu avais des barrières physiques.
Aujourd'hui, c'est à toi de poser des limites.
Mais c'est très important.
C'est très dur parce qu'il y a un processus qui s'appelle le PTA,
perception, traitement, action.
Tu as lu un mail, tu l'as plus ou moins traité
et normalement, tu dois agir.
Et si tu n'as pas complété le processus,
c'est-à-dire que j'ai lu le mail, mais je n'ai pas pu répondre,
il reste incomplet dans ta tête et ça tourne en rond.
Tu as ce tiroir ouvert que tu as envie de…
Et c'est terrible.
Et donc aujourd'hui, beaucoup de recherches sur la santé des entrepreneurs
se focalisent sur les entrepreneurs qui travaillent 60 heures semaine, etc.
Ce n'est pas important.
Moi, quand je suis en vacances, et je le reconnais,
j'ai hâte de revenir au boulot.
J'adore ça.
Je vais bosser 60, 70 heures, ça ne me pose aucun problème.
Ma limite, c'est ma famille et ma santé.
Donc, on devient addict à partir du moment où on néglige sa santé
et on néglige sa famille.
Il y a une théorie très importante qui s'appelle
la théorie des conservations des ressources.
Cette théorie dit que l'être humain va avoir des ressources
et va essayer de les conserver.
Qu'est-ce qui se passe avec un entrepreneur?
Lui, il essaye de faire face.
Donc, il va essayer par tous les moyens de gérer ce stress chronique.
Et il va trouver des choses.
Il est en difficulté.
Nos études montrent que la santé des dirigeants n'est pas très bonne.
Mais surtout, il ne consulte pas.
Moi, j'ai des clientes qui m'appellent.
On a un gros sujet sur les femmes entrepreneurs.
En me disant, écoute Iris, il faut que j'avance dans mon programme STEP,
le rendez-vous avec le psy.
Parce que là, je bois un verre tous les soirs en rentrant.
Dans notre étude, il y a quand même des femmes qui boivent entre
2 et 4 verres par jour, 4 fois par semaine.
Donc, de l'alcool?
Oui.
Qui est très banalisé pour les dirigeants.
Ok.
Donc, tu vas à un déjeuner.
Donc, c'est normal, quoi.
C'est accepté.
C'est même important.
Il m'arrive régulièrement de faire 15 jours sans alcool,
un mois sans alcool, zéro.
Et les gens vont me dire, non mais, on t'invitera à manger le mois prochain.
Je dis, je ne comprends pas.
Bah, tu es sans alcool.
Et oui, mais je mange.
Oui, mais ce n'est pas marrant.
Parce que tu as besoin de boire pour que ce soit bon.
Pour que ce soit marrant.
Et en fait, socialement, même pour faire du réseau,
pour des activités business, si tu ne bois pas,
c'est très problématique, socialement.
Donc, qu'est-ce qu'ils font aussi?
Donc, il y a la partie sociale, très banalisée.
Mais quand ils rentrent le soir,
ils ne vont pas prendre un médicament,
ils ne vont pas prendre des compléments alimentaires,
ils ne vont pas faire des prises de sang,
ils ne vont pas aller voir un psychologue,
ils vont boire un verre.
Pour apparemment se détendre.
J'ai une mauvaise nouvelle, quand même.
L'alcool va totalement épuiser les réserves de vitamine B.
Si vous êtes entrepreneur et que vous prenez des mauvaises décisions,
c'est très problématique.
C'est très problématique, en effet.
Hyper intéressant.
Et justement,
qu'est-ce qui fait que les entrepreneurs
sont particulièrement exposés,
plus que peut-être d'autres,
à ce type de comportement?
Et déjà, est-ce que c'est le cas, statistiquement?
Mais le cas échéant, qu'est-ce qu'il fait?
Est-ce que c'est parce que c'est un environnement
beaucoup plus stressant,
qui a plus de pression?
Est-ce que scientifiquement, il y a une mécanique
qui fait que ton cortisol augmente et que tu dois compenser?
J'en sais rien.
Ça peut être intéressant de comprendre
qu'est-ce qui fait que les entrepreneurs
sont potentiellement plus exposés et sujets
à des comportements qui, progressivement,
vont passer du mode compensatoire à addictif.
La première chose, c'est une personnalité très contrôlante.
D'accord.
Et c'est important, parce que quand tu gères une boîte,
tu dois faire attention à tout.
Cette personnalité très contrôlante
va faire que tu vas être en hyper-vigilance.
C'est la raison pour laquelle, parfois,
tu as besoin, le matin, de te lancer,
parce que tes ressources, on parlait de la fameuse théorie
des conservations de ressources,
tes ressources, elles ne sont pas illimitées.
Et comme tu négliges la récupération,
non, parce que dormir, c'est pour les nuls,
aller faire du sport, non, j'ai pas le temps.
J'ai pas le temps.
Ils ont le temps de rien.
Ils ont le temps de bosser, mais même pour bosser,
ça serait bien de se reposer,
parce que ça fait partie de l'entraînement.
Donc, première chose, une personnalité très contrôlante.
Donc ça, ça les expose.
Deuxième, un stress chronique pas du tout géré.
J'ai horreur du bon stress et du mauvais stress.
Le stress est un mécanisme d'adaptation.
Tu parlais de cortisol.
Dans le cortisol, nous, on fait des tests salivaires
avec un laboratoire que tu connais,
un partenaire belge, qui est excellent.
Avant, il n'y avait qu'au Québec que tu arrivais à avoir ça.
En France, il n'y en a toujours pas.
Donc, on a les meilleurs partenaires européens
dans ce test-là.
Donc, nous,
On a des salivettes et nos clients, quand ils sont suivis par ça,
vont avoir une mesure du cortisol à 8h, à midi, à 18h, à 22h et à 8h30 aussi.
Un kit de prélèvement.
Il y a cinq salivettes.
On va suivre exactement comment la courbe de cortisol monte.
J'ai une autre mauvaise nouvelle.
Ce n'est pas un problème quand on a un excès de cortisol.
Le vrai problème, c'est quand on en a presque plus.
La plupart des gens qu'on accompagne, le matin, entre 8h et 8h30,
le cortisol ne monte plus.
Comme il ne monte plus, tu n'as pas d'énergie.
Le stress est un mécanisme d'adaptation
qui te permet de lancer tous les autres systèmes de ton corps.
Donc, tu es crevé.
Ou alors, le soir, ça descend trop vite.
Là, tu as un vrai problème.
Parce que tes urinales, elles sont fatiguées.
Je suis psychologue.
Moi, j'étais extrêmement frustrée de voir des gens qu'on n'arrivait pas à accompagner.
On dit souvent que c'est la tête qui commande le corps.
Non, c'est le corps qui commande la tête.
Quand ton corps n'arrive plus à produire,
tu ne peux pas, juste par le mindset, le pousser.
Donc, qu'est-ce que tu fais?
Tu cherches des drogues.
Tu cherches à compenser ou à stimuler par d'autres moyens.
À relancer la machine.
La vitamine C marche aussi pour relancer le cortisol.
Tu dis que tu cherches des drogues,
mais concrètement, par exemple, sur ces 160 entrepreneurs que vous avez analysés
ou peut-être encore de plus gros échantillons avec toutes les personnes
que tu as pu côtoyer, accompagner, etc.,
et que vous pouvez aussi contribuer à aider avec STEP,
ça touche combien d'entrepreneurs sur 100, sur 1 000, ou sur 10 000?
Moi, je ne me rends pas compte.
J'ai peut-être la chance d'être dans un environnement où je fais attention
à ce que je mange, je fais attention à ce que je bois, je ne bois pas d'alcool.
En en parlant, je fais des prises de sang tous les trois mois.
Je considère vraiment mon corps comme un outil, comme un véhicule qui me permet. C'est un actif auquel je tiens et qui me permet d'être performant au quotidien.
Sans ça, je ne pourrais pas faire tout ce que je fais.
Tu ne peux pas tenir.
Impossible.
Et de l'autre côté,
j'accompagne des entrepreneurs au quotidien.
C'est plus d'11 000 entrepreneurs qu'on a pu accompagner ces dernières années.
La majorité en France également.
Donc, j'imagine que ça touche aussi beaucoup d'entrepreneurs,
peut-être, qu'on aide, qui parfois sont dans des situations très positives,
parfois sont dans des situations très challengeantes.
Et nous, on les aide sur des enjeux de stratégie, mais aussi parfois d'état d'esprit.
Pour autant, ces sujets-là, comme tu l'évoques ici, d'addiction, de santé,
d'impact, peut-être même de compensation,
avec des substances extérieures ou autres, ce n'est pas forcément un sujet qu'on aborde.
Ça touche combien d'entrepreneurs statistiquement?
On a des données avec la BPI, par exemple, qui collecte pas mal de choses.
La Fondation MMA.
On a un entrepreneur sur trois qui se dit en mauvaise forme psychologique.
Un entrepreneur sur trois qui ne consulte pas.
Et un entrepreneur sur trois qui va avoir recours à l'automédication.
Là-dedans, on ne va pas avoir des données spécifiques.
On va avoir des données spécifiques sur les drogues.
Par contre, ça veut dire que le mécanisme est le suivant.
Ils ne vont pas bien.
Un, deux, ils ne consultent pas.
Et trois, ils cherchent des moyens de gérer eux-mêmes.
Ce qui fait le fameux profil à risque.
On n'a pas énormément de données parce que ce n'est pas très facile de collecter des données là-dessus.
Ils n'en parlent pas?
J'étais à la REF du MEDEF et il y avait énormément de données sur la santé au travail des salariés.
Moi, j'étais là : "Oui, bonjour. Et la santé des dirigeants?"
On est au MEDEF, là.
On n'a pas de données, madame.
Moi, j'ai des données.
Si vous voulez, je peux vous les transmettre.
Évidemment, on n'a pas la quantité de données suffisantes
pour dire qu'on peut généraliser nos études à l'ensemble de la population.
Ce n'est pas évident de pouvoir accompagner cette cible-là.
Nous, on travaille énormément sur l'éducation.
Et donc, nos études, elles nous permettent aussi de mieux les connaître
pour pouvoir, via les bons mécanismes, les associer.
Ils ne répondent pas trop à nos enquêtes.
Pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas le temps.
Et un dirigeant va être quelqu'un qui s'adapte vraiment.
Et toute cette capacité d'adaptation qui lui permet de réussir
va lui empêcher de demander ou d'accepter d'avoir de l'aide.
Et justement, pourquoi, selon toi, ils n'acceptent pas de l'aide?
Est-ce qu'ils ont déjà conscience qu'on peut avoir de l'aide?
Comment ça se déploie? Comment ça se manifeste, d'une part?
Est-ce que peut-être il y a une forme de honte ou autre?
Ou est-ce que c'est peut-être très ancré dans la société et c'est devenu normal?
Je te pose toutes ces questions parce que c'est quand même assez dingue.
Il y a plusieurs éléments.
La première, c'est la peur de savoir.
OK.
Nous, on est un service de santé.
On a des clients dans toutes les villes françaises dans lesquelles on est implantés.
On a entre cinq et dix nouveaux clients par mois.
Et moi, j'accompagne les clients de tour.
Un entrepreneur m'appelle et me dit : "Voilà, je voudrais faire un bilan.
Je suis un peu fatiguée, ça doit être lié au travail."
Et puis, on fait la journée de bilan.
Un bonhomme à 1m90, très bien, il vient parce qu'un copain lui a dit que c'était
trop cool chez nous et qu'on avait l'impression de faire du shopping à
l'arrière d'une voiture en allant voir sept ou huit médecins.
À la fin de la journée, il s'aperçoit qu'il est diabétique.
Donc, il ne savait pas, mais il avait une glycémie à 11.
Donc, il dormait l'après-midi parce qu'il était crevé, il ne comprenait pas.
Il n'était pas content parce qu'il était devenu diabétique à cause de nous, presque.
Alors, la bonne nouvelle, c'est qu'il était déjà diabétique quand il est venu.
Par contre, il l'a appris grâce à nous.
La mauvaise nouvelle, c'est que s'il n'était
pas venu, il aurait fait un infarctus pas très longtemps après.
Parce qu'avec un diabète comme ça, il n'aurait pas tenu.
Donc, ils ont trop peur de savoir.
Et le problème, c'est que si tu es un entrepreneur, tu dois être dans le
contrôle, dans l'anticipation, c'est très culturel.
Si tu manges et tu vis et tu traites ton
corps comme s'il n'avait pas d'avenir, à un moment donné, j'ai
une autre bonne nouvelle ou mauvaise, je ne sais pas, tu ne vas pas mourir.
Pas tout de suite. Et tu ne vas même pas être malade,
mais tu seras diminué parce que tu deviens diabétique.
Après, tu as des problèmes cardiaques.
Quand tu as des problèmes cardiaques, tu vas avoir un traitement.
Donc, tu ne peux pas courir.
Tu ne peux pas jouer avec tes enfants.
Tu ne peux pas monter des escaliers.
Donc, tu vas être diminué.
Et ce qu'ils ne comprennent pas, c'est
parce qu'ils ont peur de ne pas pouvoir diriger leur boîte.
J'ai énormément de gens qui m'écrivent sur LinkedIn en disant "Vous savez,
c'est important ce que vous faites et j'adore les messages, franchement.
Merci." Il y a un entrepreneur qui m'a écrit
en disant "J'avais une boîte dans le bâtiment.
J'ai fait un AVC.
J'ai mis deux ans à apprendre à reparler.
J'étais très stressée. C'était très difficile.
Et la seule chose qui me fait le plus souffrir aujourd'hui, c'est que je suis
redevenue salariée dans une boîte et je ne peux plus gérer une entreprise.
Je ne peux plus être à mon compte parce
que je n'ai pas un état de santé qui me le permet.
Ça, ça me fait presque plus souffrir que d'avoir dû apprendre à reparler."
Donc, ils n'aiment pas savoir, ils ont peur.
Ils ont peur que dans l'acceptation médicale, quand ils font des prêts,
on leur refuse des choses pour des raisons médicales.
Ils viennent profiler à risque, finalement.
Oui, mais si tu as du cholestérol, il vaut mieux que tu l'apprennes avec moi.
Bien sûr, bien sûr.
Que tu travailles dessus et pas que tu ailles voir le cardio de ta banque
le jour J avec 18 de tension.
J'ai un autre dirigeant qui a fait ça.
Il demandait un million d'euros.
Ils lui ont dit "Pas de problème, monsieur.
Le prêt, vous l'aurez. C'est 600 000 euros l'assurance en 30 heures."
C'est une jolie façon de lui dire qu'il n'était pas assurable,
qu'avec 18 de tension, il allait mourir avant la fin du prêt.
C'est dégueulasse, mais c'est vrai.
Donc, l'actif le plus précieux d'un dirigeant, c'est sa tête, c'est son corps.
Et ils n'ont pas cette culture.
Je ne connais personne qui a réussi sans
avoir pris soin de son corps, soin de sa tête, soin de sa santé.
Donc, avoir une approche beaucoup plus préventive, finalement, que chercher à guérir
les conséquences, c'est parfois trop tard, parce que là, en l'occurrence,
une fois que tu es diabétique, c'est irréversible, typiquement.
Tu peux très bien, avant, avec un simple test de HOMA, ne pas devenir diabétique,
ne jamais devenir diabétique, mais une fois que tu es diabétique, on ne peut rien faire.
Exactement.
Et les conséquences, elles se suivent.
C'est en cascade.
C'est-à-dire qu'après, tu vas avoir des problèmes de personnalité.
Mon père était diabétique et je me rappellerai toute ma vie.
Il était mécano, donc il ne faisait pas du tout attention à sa santé.
Et il est devenu diabétique.
Il était très joyeux.
Et puis, il a eu des problèmes de cœur.
Et puis, il a eu des problèmes de vue.
Et puis, il a eu des problèmes de tête.
Et puis, il a eu des problèmes de visite.
Je veux même savoir que ce n'est pas sexy comme truc.
Donc, tu peux l'éviter.
Alors, je parle du diabète de type 2, encore une fois.
Il y a plein de choses que tu peux éviter.
La problématique, et aujourd'hui, c'est la raison
pour laquelle je passe beaucoup de temps sur ces sujets-là,
c'est l'éducation.
Il y a des gens qui ont les moyens de se payer une équipe médicale.
Il y a des gens qui ont les moyens de se payer un accompagnement,
un suivi et de faire ce qu'il faut pour leur santé.
Mais ils ne le font pas.
Ce n'est pas une question de moyens.
C'est une question d'éducation.
Oui, mais je ne sais pas si on trouve quelque chose.
Oui, mais. Finalement, je n'ai pas le temps.
Alors, nous, on prend tous les rendez-vous, on organise tout.
Donc, ce n'est plus une question de temps.
Et puis, il y a autre chose aussi.
C'est, en fait,
si finalement, je dois m'occuper d'un problème de santé,
ça va m'impacter.
Mais moi, je préfère savoir.
Je préfère savoir parce qu'on a eu un dirigeant en Alsace
qui avait un cancer de la vessie.
Donc, nous, je l'ai reçu, je fais un podcast qui s'appelle "Attitude".
Qui fait témoigner les dirigeants qui ont eu des problèmes de santé
et comment ils ont fait face.
Et donc, j'avais reçu 43 ans, cancer de la vessie.
Il fait un examen et il dit : "Je veux que vous poussiez un peu plus les examens."
Il me dit : "Mais à 43 ans, on n'a pas un cancer de la vessie."
chercher quand même. Et ça l'a sauvé
parce qu'ils l'ont géré
exactement au bon moment.
Après, ça mute, ça passe dans les muscles,
ça devient plus compliqué.
Donc, si vous êtes un dirigeant,
vous êtes forcément dans le contrôle. Si vous êtes dans le contrôle,
il vaut mieux savoir très vite
pour agir.
Oui, complètement.
Et c'est intéressant.
Déjà, j'ai plein de questions à te poser.
Mais tu parles
de moyens. Combien ça coûte
grosso modo de prendre soin
de sa santé en termes
de budget pour un entrepreneur qui nous écoute,
qui voudrait par exemple faire
une sorte de check-up annuel,
des prises de sang
deux à peut-être quatre fois par an
ou trois fois par an,
avoir un budget pour des compléments
alimentaires adaptés à ces fameuses prises
de sang, revoir son alimentation.
Bon, s'il arrête l'alcool, déjà,
il reprend du budget tout de suite qu'il va pouvoir allouer
à d'autres choses. C'est une bonne nouvelle.
Et puis,
se mettre au sport,
adapter son quotidien
qui va devenir un vrai actif
pour pouvoir être plus performant.
Grosso modo, le budget. Nous, on va avoir des forfaits d'environ
3 000 euros par an.
OK.
J'ai vraiment
une lubie sur l'histoire
des bilans.
Un bilan sans accompagnement,
sans changement de comportement,
ça ne sert à rien.
C'est comme analyser ta boîte et voir qu'il y a quelque chose
qui ne marche pas, puis faire,
aucun changement derrière. Bien sûr.
Tiens, ton acquisition client n'est pas bonne.
OK, super. À l'année prochaine.
Non, mais tu fais quoi? Tu vas mettre un plan d'action.
Donc, première chose.
Nous, ils font systématiquement,
au moins avec les marqueurs de base,
une prise de sang une fois par an.
Ma mère est médecin.
On parle de combien de marqueurs? 100, 150 marqueurs?
Non. Alors, très important.
La prise de sang classique,
elle va, tout ce qui est créatinine,
glycémie, simple.
Donc, ça, c'est la base.
Donc, ça, c'est tous les ans, dans notre logiciel,
Alec fait son bilan, moi, de juillet.
Je t'envoie l'infirmière à ton domicile.
D'accord.
Elle vient chez toi tous les ans.
Ça, c'est pour qu'on ait des données à comparer.
Première chose. Une fois par an.
Ensuite, tu as une journée complète d'examen.
Où que tu sois en France,
où que tu sois en France,
en Suisse ou en Belgique,
on est capable de t'envoyer un chauffeur
et de t'avoir à organiser une journée
où tu vas voir selon tes besoins.
Cardio, angio, radio, ORL, médecin G, etc.
On regarde la machine.
Donc, ça, c'est la première année.
On regarde la machine et ensuite,
on va faire des bilans bio,
en biologie fonctionnelle,
avec un spécialiste qui débriefe.
Donc, il dit d'abord de quel bilan tu as besoin.
Tu parlais de 200 marqueurs.
Ça crée des faux positifs.
Si tu testes plus des choses
que ce dont tu as besoin,
c'est très problématique.
C'est d'abord source d'erreur.
Il y a énormément de faux positifs.
C'est des dépenses pour rien.
Donc, nous,
on a parié sur l'ultra-personnalisation
de tes bilans
et sur ton suivi sur au moins 5 ans.
Après,
quand tu as ton bilan bio-fonctionnel,
tu vas avoir une pharmacienne biologiste
qui te fait un plan,
qui te dit. Moi, j'avais un client, par exemple,
il était très stressé
et il a voulu se remettre
à la course à pied.
Et il lui dit non.
Vous avez des marqueurs inflammatoires
très dangereux.
Il avait 42 ans.
Vous ne pouvez pas faire du sport
à haute intensité.
Vous devez d'abord travailler
sur ces éléments-là.
Et ensuite,
vous allez pouvoir reprendre le sport.
Et heureusement,
parce qu'en faisant face,
en essayant de faire
les choses correctement,
il aurait eu un risque supplémentaire.
Il aurait amplifié le problème.
Oui.
Donc, il a retravaillé sur ça
et il a repris sa course après.
Et tous les 6 mois,
parce que ça, c'est essentiel,
je regardais les chiffres
pour préparer l'échange,
la Sécu dépense 25 milliards d'euros
pour des problèmes psy.
Le premier poste de dépense
de la Sécurité sociale
en France,
ce n'est pas les maladies cardiovasculaires,
ce n'est pas les cancers,
c'est les problématiques
d'ordre psychologique, psychique.
Dans n'importe quel programme
que tu vas faire,
on a totalement, totalement oublié
le côté psy.
Quand tu es dirigeant,
ton problème,
c'est que tu as besoin
de plus d'une heure
en rentrant chez toi
pour pouvoir t'intéresser aux autres.
C'est que les 4 premiers jours de vacances,
ta tête, elle n'a pas arrêté de tourner.
Etc.
Donc, ce facteur psy,
il est essentiel.
Tu parlais tout à l'heure de sport
d'alimentation.
Mais si tu ne soignes pas tes relations,
c'est quand même le deuxième facteur
qui va influer ta santé.
Donc, nous,
on a un programme de recherche
avec un laboratoire
qui s'appelle Calipsi
avec lequel je collabore,
j'alimente avec mes données,
pour travailler sur les échelles
en psycho du travail
qui ne sont pas étudiées,
que tu ne trouves pas dans la littérature,
qui vont affecter les entrepreneurs.
Pourquoi?
Pour leur offrir
des moyens de se détacher
un peu plus psychologiquement du boulot
de récupérer plus vite,
de conserver ces ressources psy
dont tu as vraiment besoin.
Donc, dans notre programme,
tu as au moins tous les six mois
un rendez-vous avec un psychologue du travail
et tu as un bouton sur l'application
« Je veux qu'on me rappelle ».
Et tu auras un directeur step,
un psychologue step
qui te rappelle.
Parce que ce truc-là
qui te prend la tête,
tu t'es pris la tête avec ton associé,
tu es stressé avec un salarié,
tu as un problème, machin.
Ce truc-là,
il va déglinguer tout le reste.
– Hyper intéressant.
Donc, à peu près 3 000 euros
pour un check-up, etc.
Après, tu as des frais
pour des compléments, j'imagine.
– Oui.
– Donc, on ajoute peut-être
100 euros par mois maximum
de compléments, grosso modo.
Pour 5 000 euros,
on peut prendre soin de…
– Et nous, on a aussi des partenaires,
par exemple, pour le sport.
– OK.
– Là, il m'arrive pas mal de fois
d'avoir des dirigeants
qui ont 20 kilos à perdre
pour des problèmes de santé.
Parce que les 20 kilos,
tu ne les vois pas venir,
ils s'installent petit à petit.
– Bien sûr.
– Quand tu es stressé,
que tu dors,
que tu ne dors pas,
que tu n'es pas bien.
Le problème des kilos,
c'est que derrière,
ça affecte énormément ta santé,
ta récupération.
On a, par exemple,
dans le programme,
énormément de dépistage
de l'apnée du sommeil.
– Oui.
– Parce que ton cerveau,
il se nettoie,
il récupère quand tu respires
en dormant.
Et si tu as un problème
d'apnée du sommeil,
tu ne respires pas correctement.
Donc, si tu ronfles,
par exemple,
c'est un facteur
qui doit te mettre
à la puce à l'oreille
pour explorer le truc derrière.
Et cette partie-là,
la perte de poids,
elle est très importante.
Donc, tu disais le shake-up,
les bilans,
enfin, la partie complément,
donc le bilan bio,
et derrière, les actions.
Si tu dois faire du sport
pour perdre du poids,
on a des partenaires
avec lesquels on travaille
et tu n'as accès à ces partenaires
uniquement sur recommandations médicales.
Ce n'est pas un diététicien
dans une salle de sport,
c'est une équipe pareille
avec une recherche spécifique
qui te suit
si tu as besoin de perdre du poids,
mais on va faire des prises de sang.
On va regarder ton évolution.
Donc, ils te prennent en charge
uniquement si tu as déjà fait
la partie bilan.
D'accord.
Moi, quand tu m'expliques ça,
je trouve que c'est plutôt accessible,
d'une part,
et un bon investissement.
C'est aussi pour ça
que je le fais depuis plusieurs années,
personnellement.
Et ma question,
c'est pour ça que je te posais tout ça
et que j'en viens à ça,
c'est pourquoi les entrepreneurs,
peut-être en francophonie
ou en français,
en France, je ne sais pas,
ne le font pas
et ne le prennent pas
autant au sérieux
que ça ne devrait l'être
parce que finalement,
quand on sait que ça ne coûte
que 5 000,
même si c'était 10 000 euros par an
et que sans ça,
tu ne vas pas pouvoir
être performant dans la durée,
voire pas du tout,
voire peut-être même se retrouver
comme la personne
que tu as citée tout à l'heure
qui a fait un AVC
et qui aujourd'hui
n'est plus en capacité
de diriger une entreprise
et que c'est une de ses plus grandes
frustrations à l'heure actuelle,
l'investissement,
il n'y a même pas de discussion.
Est-ce que c'est une problématique
de prise de conscience?
Est-ce qu'il y a une problématique
de culture, de société,
d'éducation?
Quel est le problème
qui fait que les gens
ne passent pas à l'action?
Il y a un peu de tout.
La première chose,
c'est un système curatif
et une culture du curatif.
En France,
la santé, c'est gratuit.
Alors ça, c'est le genre
de chose qui fatigue
parce que rien n'est gratuit.
Quand quelqu'un te donne
un repas gratuit,
tu vas le payer très cher.
La sécu,
elle est gratuite.
Tu la payes très cher.
Et c'est OK.
Vive la France.
Je suis née à Cuba.
Je suis dans ma communauté
la plus française des Cubaines.
J'aime ce pays
et son système est merveilleux.
Donc, top.
Mais,
tu ne te poses pas la question.
Tu te dis,
quand je vais avoir un mal aux dents,
je vais trouver quelqu'un.
Eh bien,
c'est de moins en moins vrai.
Ça devient très difficile
de se soigner en urgence.
Donc, il y a le poids
de cette histoire,
de cette culture,
du curatif.
Deuxième,
il y a aussi
une problématique
liée au regard social.
Quand j'ai lancé STEP,
c'était en 2018,
mon fils est né.
J'ai un enfant qui a 8 ans,
un garçon qui était très bien.
Tout allait bien.
Moi, je travaillais énormément.
Et c'était ma troisième année de SARL.
En tant que psychologue du travail,
j'étais experte pour les entreprises.
Et mon avocat fiscaliste m'avait dit,
mais tu sais,
il ne restait vraiment pas la bonne année
pour faire un enfant.
Et j'étais là,
je ne comprends pas,
j'ai calculé à peu près tout,
mais pourquoi?
Il me dit,
parce que d'un point de vue fiscal,
tu vas avoir des rattrapages de charges.
Et de toute façon,
à l'époque,
ça a changé aujourd'hui,
ma prévoyance ne couvrait pas mon arrêt
après la naissance de mon fils.
Et j'ai eu le malheur
d'avoir une césarine,
donc je me suis arrêtée 5 jours.
J'ai repris 13 jours après,
avec mes agrafes, etc.
Donc là, j'ai compris mon malheur.
Et il avait raison.
J'avais des rattrapages de charges
incroyables.
L'URSSAF me donnait 50 euros par jour
pour mes jours d'arrêt
et me demandait
de payer mes cotisations
à 3 000 euros par mois.
Pareil,
sans alléger quoi que ce soit.
Donc, tu as. un peu cette culture
du dirigeant de ne pas forcément
anticiper.
Tu as un peu ce côté
pensée magique.
Je vais y arriver, moi.
J'ai interviewé encore une personne qui a eu un AVC.
Elle, elle était dirigeante dans une entreprise.
Elle a fait un AVC, elle a écrit à ses équipes.
Elle a dit, dans les 15 jours, je suis là.
Ça fait trois ans, elle n'a toujours pas repris.
Et il y a cette pensée
magique, ce côté
je vais y arriver, je vais y aller,
il n'y a pas de problème.
Donc, je te disais, la culture, le système curatif.
Alors, il ne faut pas se leurrer.
À l'heure où je te parle, il y a de plus en plus
de personnes qui adhèrent à notre service.
Moi, je reçois des messages où
j'ai une personne à Caen qui m'avait dit,
voilà, Mme Ramos, j'ai 60 personnes
qui comptent sur moi.
Je fais du sport et je m'aperçois
avec ma montre connectée que ma fréquence cardiaque,
elle ne monte plus quand je fais un effort.
Je commence à m'inquiéter.
Ce n'est pas terrible.
Là, j'avais un restaurateur en Savoie
qui nous a écrit en disant
écoutez, je commence à être très fatiguée,
j'ai un métier difficile, j'ai 40 familles
qui comptent sur moi et je voudrais
vraiment prendre soin de moi parce que
je ne veux pas tomber, je ne peux pas me permettre
d'être arrêtée. Donc, ça s'améliore
mais il y a encore un regard
assez particulier sur le dirigeant.
Je te parlais de mon histoire de mon enfant
parce que j'ai une grosse partie
de ma famille à Miami. J'expliquais
à mes cousines qu'en tant que dirigeante,
moi, je n'étais pas bien couverte
en France. J'avais une couverture pourrie.
Je me dis mais non, ce n'est pas
comme ça ici aux Etats-Unis.
Quand tu es dirigeante, tu as une meilleure couverture
qu'un salarié. Je me dis mais je viens en France.
C'est une catastrophe. C'est prévu
nulle part que tu sois malade.
Nulle part. Ni d'un point de vue
social, avec tes causations
qui ne s'arrêtent jamais. Ni d'un point de vue
de ta couverture. Tu n'as pas de chômage, tu n'as pas de filet de sécurité,
tu n'as rien. Soit tu l'as fait toi-même,
soit tu n'as rien.
Et les dirigeants eux-mêmes n'ont pas conscience
de ces risques. Je commence à travailler
énormément avec les assurances parce qu'il faut
que tu aies conscience que tu peux
être un être humain à un moment donné avoir un problème.
Et qu'on n'a rien prévu pour toi.
Ou qu'on va même te manger tout cru.
Très vite.
Donc ça c'est important. Les facteurs sont
différents. Il y en a plein.
Il y a la culture, il y a l'histoire,
il y a la vision que
le dirigeant est un privilégié
s'il fait ça pour lui.
Mais pourquoi? Il a quand même énormément
d'injonctions
de prendre soin de ses salariés.
Moi je suis mandataire à la médecine du travail.
Pendant le Covid,
j'avais un dirigeant qui m'avait appelé en me disant
non mais on m'a demandé de venir
tester pour le Covid
tous mes salariés et les vacciner.
Et moi je dis
je ne transmets pas moi le virus.
Non mais vous êtes dirigeant.
Donc quoi? Je ne tousse pas.
Non mais ce n'est pas prévu.
Alors depuis août 2021, les dirigeants
sont prévus à la médecine du travail.
Ils n'y vont pas.
Ce n'est pas tout à fait évident
et compatible tout le temps.
Mais ils n'étaient pas
prévus. On n'avait pas prévu
que le dirigeant puisse
être suivi d'un point de vue de sa santé.
C'est dans l'angle mort
des préoccupations. Donc c'est à nous
à nous, en tant que
dirigeants, de prendre ce sujet
et de s'occuper de nous
finalement. Et de montrer l'exemple parce que
là les dirigeants dont je te parlais,
ils me disent vous savez j'ai du monde qui compte sur moi.
Donc ce n'est pas un privilège.
C'est une responsabilité.
C'est même
d'un point de vue stratégique, l'un des
trucs que tu dois vraiment noter dans ton
plan d'action.
Et ils ne le font pas encore suffisamment.
Mais ça s'améliore et j'ai énormément
de nouvelles personnes qui rejoignent
notre programme et j'en suis très très très
heureuse parce que c'est bon pour eux.
Hyper intéressant tout ce qui est
partagé. Je reviens justement sur
les éléments qu'on a évoqués tout à l'heure avec
les comportements addictifs. Donc là peut-être
plus sur le côté psy.
Que ce soit l'alcool, le sucre, le sport
excessif, le travail.
Voilà pour compenser
ou compulsif, etc. Internet, etc.
Comment chacune de ces compensations
agit concrètement sur le cerveau?
Parce que peut-être si on comprend aussi
comment ça se met en place, typiquement sur les
réseaux, les fameux cycles de dopamine
où ça va aspirer
toute ton attention pendant des heures entières
et ensuite tu vas culpabiliser, tu vas
compenser par d'autres choses, etc.
Comment ça agit sur le cerveau?
On a un énorme travail sur les neurotransmetteurs.
Tu parlais de dopamine.
Donc la première chose c'est vraiment le
circuit de la récompense. C'est d'ailleurs
comme ça que les
réseaux sociaux sont faits. Tu reçois
une récompense immédiate. Donc
un shoot de dopamine quand tu vas sur Instagram,
sur LinkedIn. C'est très difficile même
quand tu le sais de s'en détacher.
C'est terrible. Il m'arrive
de passer mon téléphone en noir et blanc
pendant des jours pour ne pas avoir
une notification rouge.
Même si tu sais, c'est très dur.
C'est très dur.
Donc nous on travaille énormément sur
les neurotransmetteurs. Comment ça fonctionne? Donc si tu es vraiment
un profil dopamine, c'est encore
plus complexe. Donc on a un test qui s'appelle
le test de Braverman. C'est un
neurobiologiste qui a écrit énormément de choses.
Donc on commence par un questionnaire autodéclaratif
pour déterminer un petit peu
quelles sont tes carences dans les différents
neurotransmetteurs. Il y en a quatre
importants. L'acétylcholine, la
sérotonine, la dopamine et les GABA.
Donc il y en a deux,
ON et deux OFF. Donc GABA,
sérotonine, c'est OFF. Et acétylcholine
et dopamine, c'est ON.
Donc c'est des profils plus actifs,
etc. On a tous un peu de chaque,
mais on a un neurotransmetteur dominant.
Et en fonction de notre neurotransmetteur
dominant et de nos carences, on
ne fonctionne pas de la même façon. On va dire que
tu es un profil dopamine. Le profil dopamine,
il manque très, très,
très régulièrement de GABA.
Le GABA, c'est la stabilité, c'est ce qui va
poser ton cerveau, etc. Donc nous,
on va faire passer souvent ces questionnaires
et derrière, ils vont avoir des prises de sens
spécifiques. Ce n'est pas le même labo. On a un autre
laboratoire européen qui est le seul
à avoir la technologie pour tester ça.
Et là, on va pouvoir être en capacité
de savoir si tu manques d'acétylcholine.
Si tu manques d'acétylcholine, tu as des problèmes
de mémoire. Si tu manques de sérotonine, tu as
des problèmes de joie de vivre. Si tu manques
de GABA, ton cerveau ne se pose pas,
tu ne te reposes pas. Et si tu manques
de dopamine, tu vas enchaîner café
après café et récompense immédiate.
Donc selon les personnes,
le mécanisme ne sera pas le même, mais
le mécanisme, il viendra toujours
compenser quelque chose qui manque.
Et donc, quand
tu vas. Donc un neurotransmetteur,
c'est le service logistique. Il envoie
l'information d'un neurone à l'autre.
Donc quand tu vas avoir quelque chose
de l'extérieur,
pendant une courte période, parce que
dans la durée, ça
déséquilibre tout, ça viendra
compenser. Donc par exemple, quand tu
as un profil dopamine et tu as
une grosse carence en dopamine,
tu vas boire beaucoup de café.
Et ce qu'il faut faire, par exemple, ou de
l'alcool ou autre chose, ce qu'il faut faire, c'est
obliger ton cerveau à reproduire de la
dopamine naturellement. Donc, pas boire
de café du tout pendant une semaine, ce
qui est très dur. Donc, le mécanisme
sera différent, mais
il faut retenir qu'il vient toujours
compenser quelque chose qui te manque, que
tu peux avoir très facilement en changeant ton
style de vie, avec l'alimentation,
avec des compléments alimentaires, enfin, avec des
choses très simples, très, très
simples et très concrètes. Mais il faut
que tu mesures, il faut que tu
saches. Si tu ne mesures pas, tu ne peux
pas corriger. Et tu ne te vois pas
dans cette spirale.
Qui t'amène, qui t'amène
et qui consomme toutes tes
ressources. Il y a quand même des cas
de démence liées à l'alcool.
De démence? Oui. Donc, des gens qui
deviennent fous? Oui. Des dirigeants?
De partout,
de toutes. Je te disais
qu'il y avait peu de données sur les dirigeants.
C'est vrai. Parce qu'en plus, alors, c'est vrai
et c'est faux. Je travaille pas mal avec le groupe
rincé. Et donc, à Tours, on a une
clinique qui s'appelle Ronsard. J'ai fait
un tour dans la clinique.
La plupart des gens sont
là en séjour psychiatrique, mais
c'est vraiment
ce qu'on appelle une hospitalisation de jour.
La plupart sont là pour
épuisement professionnel, burn-out.
Moi, je visite,
je suis contente. Je demande d'abord
est-ce qu'il y a plus d'hommes ou plus de femmes?
D'après toi,
il y a plus d'hommes ou plus de femmes?
Plus de femmes. Plus de femmes, ok. Elles sont beaucoup
plus touchées. D'accord. Pour plein de raisons.
Deuxième, je demande, mais c'est quoi les
profils? Qu'est-ce qu'ils font, ces gens-là?
Profession libérale
infirmière, médecin
et cadre dirigeant.
D'accord. Pour
90% de la population qu'on a
vu ce jour-là dans ma visite.
Pourquoi?
Parce qu'ils ont attendu
vraiment juste. Le matin, tu sais, où tu ne peux pas te lever.
Moi, j'ai des gens qui me téléphonent
en me disant, c'est un matin, un infirmier notamment
avec qui je travaille. Il dit, un matin, j'étais au bureau.
Je ne savais pas où j'étais. J'étais
incapable de conduire. J'étais incapable
de rentrer chez moi. Je ne savais pas comment j'étais venue. Blackout.
Complet. Et là,
là, sa santé
devient la priorité ultime.
C'est-à-dire, recouvrer sa santé,
c'est un,
numéro un dans son agenda.
Avant, c'était la dernière de ses
préoccupations.
C'est quand tu atteins le bout du bout
que tu te dis, ah tiens, ça, c'est
important. Oui, parce que le problème, par
contre, c'est qu'au bout du bout, tu en as pour
deux ans ou trois.
Parce que même avec
énormément de ressources,
avant que je puisse, avec une équipe,
remettre sur pied ton mécanisme
du stress qui est cassé,
parce que tu ne pourras plus stresser correctement,
parce que c'est important de stresser,
il va se passer des années.
Oui. Et finalement, tu vois,
dans une démarche plus préventive,
est-ce que ça peut être
une bonne chose, par exemple, que quelqu'un qui nous écoute
se dise, oh bah tiens, je vais
arrêter pendant dix jours le café,
pour reprendre l'exemple que tu as évoqué
il y a un instant, ou
ça pourrait être autre chose. Est-ce que peut-être tu as
D'autres, parce que j'ai bien compris qu'il y avait les cas
les quatre indicateurs, que le café touchait l'un d'entre eux avec le côté dopamine
et que ça venait compenser ce sujet-là.
Donc ça va permettre de reset la partie dopamine.
Donc ça pourrait être, j'enlève les réseaux sociaux, je bloque mon temps d'écran,
j'enlève les couleurs dessus, je ne vais plus consommer de café.
Est-ce que tu as d'autres exercices qui pourraient être bien pour un dirigeant
qui peut-être n'est pas encore dans un comportement addictif,
mais qui parfois a des signaux compensatoires par rapport à une pression ou autre,
de pouvoir repartir de zéro à l'issue de cet épisode?
Tu ne corriges rien que tu n'as pas évalué.
D'accord.
Donc première chose, il faut que tu saches quel est ton neurotransmetteur dominant.
On ne peut améliorer que ce que l'on maîtrise finalement.
Si tu ne sais pas, c'est comme une voiture.
J'adore les voitures.
Il lui manque de l'huile, il lui manque de l'eau.
Enfin, il manque quoi?
Si tu mets un peu de tout, mais tu ne sais pas quoi.
Pareil, les gens, ils se mettent à acheter des compléments alimentaires,
des mélanges de compléments alimentaires.
Est-ce que c'est ce dont tu as besoin?
Parfois, c'est même négatif.
Donc, évaluer.
Moi, je suis dirigeante, je veux évaluer, je veux savoir, je veux tester.
Et après, tu corriges.
Donc, première chose, c'est essayer de savoir qui tu es.
Parfois, on me demande, est-ce qu'il y a des personnalités
qui vont avoir plus de stress que d'autres?
Non, il y a des personnalités qui ne se connaissent pas,
et comme elles ne se connaissent pas,
elles ne savent pas ce qu'il leur faut.
Tu parlais du café, mais par exemple,
moi, je suis un profil acétylcholine, il me manque souvent du GABA.
Donc, mon cerveau, il ne va pas s'arrêter, je ne vais pas me poser.
Donc, dans mon alimentation, dans mes encas, j'ai des amendes.
Les amendes, c'est quelque chose qui va me permettre
d'obtenir des GABA naturellement.
Donc, la deuxième chose, c'est identifier un peu
quel est ta nature, qu'est-ce que tu as,
mais qu'est-ce qui te manque pour pouvoir apporter.
On parlait des apports extérieurs,
à moins que tu manges du macro quatre fois par semaine,
tu n'as pas assez d'oméga-3.
Quand tu es stressé, tu as besoin d'oméga-3.
Ça, il n'y a pas besoin de test.
Vous pouvez manger des oméga-3 tout de suite.
Alors, quel est le bon dosage?
Quel est le bon oméga-3?
Là, c'est plus compliqué.
Donc là, il faut pouvoir consulter.
Et j'ai un truc à dire, c'est,
si vous décidez de prendre en main votre santé,
n'y allez pas seul.
N'y allez pas seul.
Vous allez perdre du temps et de l'énergie.
C'est la même raison que vous allez perdre du temps.
C'est la même raison pour laquelle,
quand tu as besoin d'un spécialiste,
tu vas avoir le spécialiste.
Tu ne demandes pas à ton généraliste
de te dire comment va ton cœur.
Tu vas avoir le cardio.
C'est la même raison pour laquelle
tu ne vas pas voir ton médecin traitant
quand tu as un problème psy au travail.
Il n'y connaît rien, souvent.
Il n'est pas formé.
Et il va te dire,
oui, bon, vous voulez tester votre vitamine D?
Non, mais vous êtes un peu déprimé.
Donc peut-être que, alors, attention,
ils ne sont pas tous comme ça,
mais je fais un peu le retour d'expérience.
J'avais un agriculteur qu'on a accompagné.
Lui, il avait des antidépresseurs depuis des années,
alors que finalement, il avait une carence assez sévère,
héréditaire, son père aussi, en vitamine D.
Tu vas me dire, un agriculteur, il est tout le temps dehors,
il prend le soleil.
Oui, mais il ne fixait pas la vitamine D.
Donc, il était toujours déprimé.
Il était voir son médecin traitant qui fait ce qu'il connaît.
Il a été formé pour tester un symptôme,
traiter le symptôme.
Mais de manière globale, il y a une personne qui est. Ce que tu es en train de me dire, excuse-moi, je te coupe,
mais c'est qu'aujourd'hui, il est plus simple
de prescrire des antidépresseurs à quelqu'un
plutôt que de lui faire une prise de sang ou n'importe quoi
pour identifier s'il n'aurait pas une carence en vitamine ou XY.
Oui, et de toute façon, la personne, elle va s'inquiéter
quand elle est en dépression.
Elle ne va pas s'inquiéter dix ans avant en disant
« Oh, tout le monde manque de vitamine D.
Peut-être que je devrais faire un test. »
Donc, il y a un problème majeur dans le système
de santé, c'est la question du financement.
Les médecins, les labos, tout le monde,
ils sont payés pour te soigner quand tu es malade.
Ils ne sont pas payés pour te maintenir en bonne santé.
D'ailleurs, quand tu vas voir ton médecin et tu lui dis,
parce que j'ai un ambassadeur à Paris qui fume énormément,
qui a une trentaine d'années, je dis « Écoute, Steve,
toi, tu es chez Step, tu ne vas quand même pas
déglinguer ta santé comme ça, etc. »
Va voir ton médecin et tu lui demandes quand même,
à un moment donné, de pouvoir faire. Elle connaît son travail, on ne se substitue pas du tout
aux médecins, mais voilà, fais des choses pour ta santé
d'un point de vue préventif.
Il dit « Peut-être que ce serait bien de faire
une radiopulmonaire, je fume énormément. »
Enfin, il discute avec son médecin.
Elle lui dit « Vous êtes trop jeune. »
Et ce n'est pas la sécu de payer pour un examen préventif.
On payera si vous avez une maladie, un symptôme,
mais pas pour de la prévention.
Mais tu te rends compte.
Alors que les maladies chroniques, elles vont coûter
beaucoup plus cher à la sécu, à la société,
et les drames humains derrière sont énormes.
C'est-à-dire qu'on va attendre que tu aies un cancer,
et quand tu as un cancer, il y a du budget,
mais on ne va pas faire grand-chose,
vraiment pas grand-chose,
pour faire en sorte que tout ce qui va un jour
faire que tu aies un cancer, soit traité en amont.
Donc le système de financement basé sur le curatif,
les acteurs sont payés pour te soigner quand tu es malade.
C'est problématique.
– Et tu penses que ça va changer, ça?
Il y a quelque chose qui s'améliore?
– La France n'a plus les moyens d'être dans un système curatif.
Moi, souvent on me dit, oui, mais votre truc préventif,
ça rajoute des rênes aux médecins.
Oui, oui, oui, mais je préfère avoir un petit rendez-vous
et que la personne ne devienne jamais diabétique,
et pas qu'elle soit suivie pendant 10 ans ou 15 ans,
ça va coûter énormément cher, ça sera très problématique pour la personne.
Donc oui, là sur le coup, il y a une dépense supplémentaire,
il y a un temps supplémentaire à ajouter.
Mais sur le long terme, c'est différent.
Donc aujourd'hui, ça change un peu,
parce que la sécu n'a plus les moyens de subvenir aux besoins
de toutes ces personnes avec des maladies chroniques,
notamment cancer, maladie cardiovasculaire, maladie psy.
Donc ça évolue, mais c'est dur,
parce que si toi tu es payé en tant que prestataire
pour soigner des gens qui sont malades,
et que tu ne peux pas, d'un point de vue de la cotation des actes,
faire passer quelque chose…
J'ai même des médecins qui me disent,
qui m'écrivent en me disant qu'ils avaient été contrôlés,
donc j'ai discuté avec une cardio,
parce qu'elle faisait trop d'examens,
qui n'étaient pas forcément justifiés.
D'accord.
Qui n'étaient pas…
C'était préventif, et elle a eu une sanction, un redressement, etc.
Elle a dû rembourser plus de 70 000, enfin, c'était un procès,
mais en tout cas, on lui a fait comprendre que c'était un mauvais élève,
parce qu'elle prescrivait trop,
et elle faisait trop de préventifs.
Et on est venu lui taper sur les doigts.
D'accord, ok, ouais, donc ça a contre-courant même,
de finalement, ce qu'on devrait pouvoir essayer de faire
pour pouvoir résoudre la problématique avant qu'elle n'apparaisse, quoi.
Ouais.
Un autre point aussi, c'est que dans les données que tu as pu analyser,
il y a quelque chose qui est assez effrayant,
moi je trouve ça dingue, dans ton étude,
c'est que 92% des dirigeants à risque
pensent que leur consommation de quelconque
n'impacte pas réellement leur travail.
Qu'est-ce qui justifie selon toi ce déni?
La banalisation.
D'accord.
Avant, les toxiques…
Les toxiques étaient plutôt dans des milieux plus défavorisés.
Aujourd'hui, il y a une énorme…
Enfin, c'est très accessible, quoi.
C'est assez démocratisé.
Il y a une grande démocratisation, dévitalisation des drogues.
Et je discutais avec du monde à Paris,
ils me disaient, bah, je ne sors pas,
parce que la cocaïne, en soirée,
c'est comme si tu prenais un petit verre.
Et donc, c'est vraiment ce côté démocratique,
entre guillemets, de certaines drogues.
Comme si c'était normal d'en prendre parce qu'on sort.
Oui, puis…
Ça va de pair.
Ce n'est pas forcément lié…
Tu vois, dans mon étude,
moi, j'avais regardé un peu les secteurs d'activité.
Est-ce que c'était plus dans le bâtiment?
Alors, bonjour le cliché, mais je regarde quand même.
Eh bien, non.
En fait, il y avait des secteurs d'activité dans tous les domaines,
notamment des entreprises, des belles entreprises,
parce qu'il y avait quand même des entreprises de 250 salariés ou autres.
Et ça touche tout le monde.
Donc, c'est vraiment le côté…
Bah, d'abord, il y a un côté très particulier de…
On ne va pas se priver.
Il faut bien se faire plaisir.
Oui.
Mais quand tu vas manger au resto, quatre fois par semaine,
et que tu bois à midi, et tu vas à un truc de réseau le soir,
tu bois le soir, que tu ne bois pas assez d'eau,
que tu ne manges pas bien, que tu ne bouges pas, que tu machins…
En fait, à force, tu es en train de traiter ton corps
comme s'il n'avait pas d'avenir.
Donc, la problématique, c'est vraiment cette démocratisation
et ce côté qui est venu se glisser dans un autre secteur de la société.
Autrefois, on avait…
On allait avoir des personnes plus défavorisées économiquement
qui allaient boire davantage ou fumer, par exemple.
Aujourd'hui, c'est dans toutes les sphères.
Et en France, le lobby de l'alcool, il est quand même super incroyable.
Enfin, tu as encore des gens qui te sortent un petit verre de vin,
c'est très, très bon, ça apporte plein de trucs.
Non.
Buvez un verre pour vous faire plaisir avec vos amis,
mais ne buvez pas un verre quatre fois par semaine pour faire du business.
Nous, on a lancé une marche avec…
Medef en Touraine.
Donc, tous les jeudis, je vais marcher avec des entrepreneurs en disant
si vous voulez faire du réseau, on va marcher une heure le jeudi matin
et on va discuter.
On ne sera pas dans une salle sombre à boire du Vouvray ou du Chinon le vendredi
alors que vous devriez être avec votre famille.
On va marcher.
On va discuter, on va marcher.
Et on ne boit rien de l'eau à la fin.
Et comme ça, vous n'êtes pas obligés de boire pour faire du réseau
et développer votre boîte.
Donc, c'est très dur parce que changer les mentalités, c'est vraiment très dur.
Et c'est très accessible donc pourquoi tu vas refuser en fait
ça devient plus difficile de refuser que d'y accéder.
Après, je pense que c'est aussi une question de conditionnement, peut-être.
Parce que tu vois, ce que tu me partages, j'en ai conscience, c'est une réalité.
Mais moi, c'est presque pas concevable de me dire
« Attends, je suis obligé de boire pour aller faire un networking. »
Et alors, ou typiquement, ce que tu as évoqué tout à l'heure, ça me choque,
qu'on te dise « On t'invitera la semaine prochaine, ou dans un mois. »
Ça ne fait aucun sens.
Mais parce que j'ai ancré peut-être une habitude ou autre
que ça ne faisait pas partie de mon code.
Et le vrai sujet, c'est comment on fait pour modifier le code
des entrepreneurs qui veulent finalement, ou qui ont conscience
qu'aujourd'hui, ce n'est plus un choix, c'est une nécessité
que de faire attention à ces sujets.
Il y a différents types d'entrepreneurs.
Il y a celui qui voit deux semaines à un mois
et il y a ceux qui voient plus loin.
J'étais aux États-Unis avec mon frère et il m'a dit :
« Écoute, ce que tu fais, c'est aider les entrepreneurs à voir plus loin. »
Il m'avait acheté une longue vue.
Et à chaque fois que je fais une chronique santé au Figaro international,
je viens d'ailleurs, je l'ai oublié aujourd'hui, avec ma longue vue en disant :
« Il y en a qui voient là, et il y en a qui voient plus loin. »
Il y en a beaucoup qui voient là, parce que c'est difficile aussi.
Il faut quand même savoir qu'après le Covid, on a eu la guerre, on a eu…
Enfin, ce n'est pas évident de gérer ça.
C'est évident de gérer une boîte, il faut être assez maso.
J'enseigne à l'université, aucun de mes étudiants ne veut être à son compte.
C'est d'ailleurs un gros problème pour moi, ça ne fait pas sexy, entrepreneur.
Alors, c'est souvent des femmes dans mes cours, parce que c'est 28 filles qui font psycho.
Enfin, il y a un gars qui s'est perdu, mais elles ne veulent pas forcément être à leur compte.
Il y a quand même ça qui est complexe, parce que l'entrepreneuriat aide à développer la société.
Et donc, quand on parlait de cette histoire de voir plus loin,
la difficulté, c'est que le dirigeant, il est souvent, ça dépend de la taille d'entreprise,
il est le nez dans le guidon, et il voit là, là, là, là.
Et là, il n'arrive pas à prendre du recul pour modifier son comportement.
Ce que tu me dis, c'est la réflexion de quelqu'un qui a travaillé sur soi,
qui a travaillé sur son business, qui a…
Tu parlais d'accompagnement, c'est génial ce que vous faites.
Prendre de la hauteur, c'est extrêmement…
C'est extrêmement important.
Il y a des personnes qui sont dans l'opérationnel au quotidien,
qui travaillent dans leur boîte et qui n'ont pas réfléchi à où on veut amener sa boîte,
qui je veux devenir, comment mon travail va soutenir mon style de vie.
On parlait tout à l'heure des tips.
Moi, les gens le vivent très mal, mais je peux couper mon portable pendant des heures.
Je n'en ai qu'un, perso et pro.
Je dis à 18 heures, j'en ai ras-le-bol, je vais le couper jusqu'au lendemain à 8 heures.
Et ton message urgent, il attendra.
Je ne bosse pas en réparant des cœurs en urgence.
Donc, ton truc qui est urgent, il y a un truc qui me fait hurler.
Moi, c'est les messages urgents avec des points.
Non, mais on n'est pas au 15, là.
Même le 15, il te fait patienter.
Donc, c'est vraiment de mettre des barrières en disant :
« C'est quoi? Tout est urgent, tout est important.
Prends du recul. Prends du recul. »
Et donc, ta réflexion à toi, elle est celle de la personne qui s'est posée des questions en disant :
« Comment je peux faire des choses ambitieuses? Comment je peux tenir dans le temps? »
Eh bien, je dois prendre des décisions, je dois faire un plan d'action et je dois m'extraire.
Mais la plupart sont la tête dans le guidon, dans un métier passion et n'ont pas ce recul.
Et aujourd'hui, ce n'est même plus leur passion.
Ils l'ont fait d'abord par passion, par envie et finalement, ils sont dans un engrenage
et constamment en train de compenser et d'essayer de jongler, faire l'équilibriste pour pouvoir…
Il m'arrive souvent de leur dire :
« Vous êtes devenu le patron que vous n'auriez jamais, jamais voulu avoir.
»
Ils me regardent comme ça, ça ne leur plaît pas trop et ils continuent leur chemin.
Mais c'est vrai, tu deviens le patron que tu ne serais jamais ce patron-là.
Tu ne demanderais jamais ça aux gens qui travaillent avec toi.
Mais tu te l'imposes à toi. Pourquoi?
Et dans cette étude sur ces 160 dirigeants et tous les entrepreneurs que tu peux côtoyer au quotidien, etc.
Est-ce qu'il y a… C'est quoi le truc qui t'a le plus surprise?
En termes d'anomalies statistiques peut-être ou de prises de conscience qui t'a choqué, qui t'a étonné?
Le ras-le-bol.
Il y a une échelle qu'on fait passer qui s'appelle « orientation entrepreneuriale ».
On regarde à la fin s'ils veulent développer une nouvelle activité.
Moi, j'adore ça, je développe une activité, une autre activité, etc.
Le jour où je vais te dire : « Je n'ai plus envie d'entreprendre, je n'ai plus envie de projet », il y a un problème.
Dans notre échelle, la plupart, la plupart ne voulaient pas de nouveaux projets.
D'accord.
Première chose. Deuxième, ils ne voulaient pas développer leur entreprise.
En termes d'effectifs salariés, là, on a un problème de société.
Si les gens ne sont plus assez fous pour se lancer dans l'entrepreneuriat, comment on va faire vivre la société?
Il y a besoin des deux.
Les salariés sont très importants, mais tu as besoin aussi de la personne qui s'est lancée, qui a innové, qui a créé des choses.
Tout le monde ne peut pas être son propre patron.
Donc, cette orientation entrepreneuriale, elle est vachement freinée.
Troisième élément, quand tu leur demandes s'ils veulent arrêter, alors dans mon échantillon,
j'avais 51 ans en moyenne, donc peut-être que c'est lié à l'âge, à la transmission.
Ils te disent qu'ils veulent arrêter, la plupart, il y a plus de 70 %, je crois, de mémoire,
dans les cinq ans à venir, qu'ils veulent arrêter leur activité.
Pour moi, c'est extrêmement alarmant, extrêmement alarmant.
Je te disais, les dirigeants que je côtoie, ils ont plus peur de ne plus pouvoir être dirigeants
parce que l'entrepreneuriat, c'est pour moi une façon de vivre, une façon de mener ta vie comme tu la veux.
Et si tu ne peux pas faire ça, tu es vraiment mal.
Surtout si c'est ton profil.
Oui. Encore une fois, il y a des personnes qui travaillent dans d'autres éléments et ça leur va très bien.
Par contre, si toi, c'est ton truc, ça te porte, tu es dans ta flamme et que tu ne peux plus le faire, c'est problématique.
Et là, quand tu as des entrepreneurs qui te disent : « Moi, dans les cinq ans, je veux arrêter », pour moi, c'est très mauvais.
C'est même plus grave que les problèmes de sommeil qui disent, par exemple, il y avait une échelle de risque suicidaire,
tu avais 9 % des gens qui avaient pensé au suicide.
Quand un dirigeant est dans une souffrance aiguë,
quand il est très isolé, quand il n'est pas soutenu, quand il n'est pas compris par son entourage,
parce que souvent, il ne peut pas s'adresser aux gens, les gens ne comprennent pas spécialement ce qu'il vit,
eh bien, il rentre dans une souffrance qui devient assez insupportable et il va pouvoir s'engager parfois dans une crise suicidaire.
Une crise suicidaire, c'est une souffrance devenue insupportable où tu dis :
« Je ne veux pas mourir, mais je veux trouver un moyen d'arrêter de souffrir.
Peut-être que si je n'étais plus vivant, ce serait un moyen d'arrêter de souffrir. »
Donc, on avait quand même 9 % qui étaient en crise suicidaire.
Et eux, ils agissent, ils font quelque chose ou ils ont…?
C'était anonyme.
OK.
J'aurais bien voulu le savoir pour venir au moins…
Essayer de les aider.
Oui, je suis formée à la crise suicidaire et j'interviens pas mal dans des situations de crise.
Mais c'est une réalité.
Ils ne se voient pas forcément.
C'est comme quand tu es dans une eau chaude et elle ne devient pas bouillante tout de suite.
Elle se réchauffe petit à petit.
Tu t'endors, tu t'endors et puis à un moment, tu es cuit.
Tu es complètement cuit ou brûlé.
C'est l'histoire de la grenouille, ça.
Exactement.
Mais tu ne l'as pas vu venir.
Et tu ne veux même pas, tu ne veux même pas…
Le voir venir.
… que les gens te le disent.
J'ai une amie qui entreprend et je lui dis : « Tu sais, ça fait longtemps que tu me dises que c'est une période.
Ça va durer 5 à 10 ans ton truc-là.
Donc, si tu n'aménages pas tout de suite ça, comme si ça allait durer… »
Et t'entends quoi des fois?
Ça ira mieux dans 6 mois à la saine période?
Puis 6 mois plus tard, ça n'a pas changé?
Alors, c'est une amie proche donc je l'engueule.
Je l'engueule vraiment en disant : « Là, tu fais n'importe quoi.
Regarde-toi, tu es dans un piteux état de santé. »
Et je ne te le dis pas par méchanceté, je te le dis parce que je te vois.
Et je te vois comme la grenouille.
Je vois que l'eau chauffe.
Et que tu t'endors parce que tu attends, je ne sais pas quoi, que ça aille mieux.
Donc, prends ton projet comme s'il allait durer 10 ans.
Est-ce que tu penses que si tu savais que tu en as pour 10 ans devant toi, tu allais vivre comme ça?
Tu sais que tu ne vas pas tenir.
Mais au début, tu dis : « Non, il faut que ma boîte, elle marche.
Là, il faut que je fasse des efforts, des sacrifices. »
Et je ne me paye pas.
Et je ne dors pas.
Et je ne vois pas ma famille.
Et je machin.
Et je mange moins.
Et je dors.
Et petit à petit, tu vas ajuster.
Tu vas t'adapter.
Et tu vas éliminer toutes les ressources que tu avais jusqu'au moment où tu tombes.
Et là, le projet, il ne viendra pas tout seul.
Il ne va pas se gérer tout seul.
Souvent, c'est difficile à remplacer un entrepreneur dans une petite société.
C'est 98 % du tissu.
On ne parle pas des grands groupes.
Le tissu économique en France, c'est 98 %.
C'est 98 % de petites sociétés.
Bien sûr.
Où le dirigeant, il faut qu'il soit un peu là quand même.
Oui, des TPE, des PME.
Bien sûr, qui comptent énormément sur le dirigeant, sa lucidité, sa capacité à prendre des décisions et à opérer, à avancer.
Un autre point, tu parlais justement de cellules de crise.
Avec le confinement en 2020, le Medef te confie une cellule de crise justement où il y a beaucoup de commerçants qui envisagent de se suicider, voire même certains malheureusement qui passent à l'acte.
Qu'est-ce que tu as vu à ce moment-là?
Comment ça se passe?
Comment tu prends cette mission qui est extrêmement importante, qui a une très lourde responsabilité?
Et quelle est ton approche pour la gérer au mieux?
Au moment du confinement, je suis dans ma maison comme tout le monde.
Je ne comprends pas ce qui m'arrive.
Le fait d'avoir cette impossibilité de bouger, tout me touche énormément, comme tout le monde.
Mais la différence, c'est que je suis au troisième étage de ma baraque, du matin au soir, avec des gens qui sont là.
Il y a des gens au téléphone qui me disent : « Vous savez, on est fleuristes. On a tout perdu. Ça ne se garde pas, les fleurs. »
Et on avait fait un crédit de 20 000 euros pour le salon numérique.
et on a jeté les fleurs et on a toujours le crédit et on sait pas comment on va payer donc on a tout
prévu c'est un couple qui travaille ensemble ça m'avait vraiment marqué on a tout prévu on sait
ce qu'on a à faire etc et je passais ma journée toute ma journée avec ma famille en bas mon gamin
qui était petit donc moi j'aime bien la boxe je fais du sport donc je descendais je leur disais
vous ne parlez pas je vais taper dans mon sac je buvais de l'eau je me suis acheté un psyo c'est
la luminothérapie et des audiocaments je me faisais un programme de psyo pour avoir des
ondes d'alpha au niveau du cerveau pour changer mon programme parce que tu peux pas tu peux même
pas de changer les idées et et après je j'attaquais le reste de ma vie quoi donc le medef avait
organisé les choses parce que les dirigeants devaient gérer le télétravail devait faire
plein de choses et ils pouvaient pas s'occuper d'eux mêmes et d'un point de vue financier c'était
terrible il y en a beaucoup qui avait pas de ressources d'avancé donc c'est vrai qu'ils avaient
mis donc c'était bénévole moi j'avais fait ça gratuitement je me suis aperçu deux choses la
première ils étaient dans une détresse incroyable et ils étaient très seul mais vraiment très seul
et on leur demandait tellement tellement tellement et il avait aussi leurs enfants à la maison pour
faire l'école et il était peut-être même malade et ça dérangeait personne fallait qu'ils répondent
à l'administration il fallait qu'ils répondent à l'administration il fallait qu'ils répondent à l'administration
il fallait qu'ils occupent de leurs salariés j'ai mon associé qui est rentré dans step des années
après mais qui est venu m'aider qui était un ancien client il gérait 150 personnes et il avait à gérer
150 ingénieurs partout en france il boit pas c'est quelqu'un de stable tout un dimanche les pompiers
sont venus le chercher parce que il était il a bu deux verres de vin et il était par la fenêtre de
son bureau il a dormi trois jours parce qu'il était tellement épuisé tellement en train de péter les
plombs parce que c'était pas humain ce qu'on lui demandait et aujourd'hui en tant que step ça m'arrive
d'être sollicité donc je suis allé à la cpts de perpignan je suis venu à paris je suis allé à
strasbourg suite à des suicides des médecins ou de pharmaciens et ce qui me choque mais ça me
choque terriblement c'est que une fois j'avais raconté ça à quelqu'un j'ai pas voilà j'interviens
il ya eu une situation complexe il ya plusieurs pharmaciens qui se sont suicidés et la personne
m'a répondu bah si on commence à plaindre les pharmaciens mais on va où là je comprends pas
bien là tu parles d'une personne qui s'est donné la mort parce qu'il était en souffrance parce que
on a une crise importante ok ils sont peut-être pas à l'usiné mais donc parce que c'est un
pharmacien on doit pas le plaindre on doit pas se préoccuper de sa souffrance on doit pas trouver ça
déplorable qu'il ait mis fin à ses jours et il ya cette vision du dirigeant qui lui brise plein il a
voulu il est riche il est riche de quoi de ses dettes et donc c'est terrible donc c'était cette
expérience là c'était en 2020 c'est ce qui m'a fait lancer step en 2021 et je me suis dit je
vais créer sa tour voilà j'étais psy du travail j'accompagne énormément les dirigeants mais pour
leurs équipes donc je connais bien la santé au travail des salariés mais le souvent je me
rappellerai toute ma vie je suis intervenu dans un établissement il ya eu un suicide un salarié se suicider sur place
qui s'est suicidée sur place, ce qui est terrible.
Et il m'avait fait le planning de la journée,
je devais voir tout le monde pour débriefer tout ça.
Je dis, et la directrice?
Ah non, elle n'est pas prévue dans le planning.
Je dis, pourquoi?
C'est elle qui a découvert le corps.
Oui, mais elle est cadre.
Donc, elle est cadre.
Le mort, ça ne l'affecte pas.
Ah ben non, je veux la voir.
Je veux la voir même en premier.
C'est quoi cette vision des choses?
Le cadre, non, pas très grave.
On verra. Elle se gère.
Oui, elle se gère.
Elle ne dormait plus, mais oui, elle se gère.
Pas de problème.
Donc, c'est vraiment terrible.
D'abord, le dirigeant lui-même, il se voit comme invincible.
Et la société,
la société le voit
comme ayant besoin de rien.
Elle l'abandonne presque, dans ton propos.
C'est un peu le sentiment que ça donne.
C'est l'angle mort des préoccupations.
Et depuis des années, on dit, oui, la santé des dirigeants,
elle est négligée.
Mais qu'est-ce qui est
qui explique ça, selon toi?
Sans rentrer dans un débat politique
ou autre, ce n'est pas le sujet.
Le côté légal?
Ou est-ce que c'est parce qu'on se dit, ça représente
une personne sur 100, j'en sais rien.
Ou est-ce que c'est parce
qu'on se dit, eux, ils sont
plus responsables que les autres
et on les surestime.
Toi qui gravites aussi,
j'imagine aussi,
avec plein de monde et qui
traite ce sujet au quotidien.
Qu'est-ce que tu as pu identifier
qui fait que, malheureusement,
l'entrepreneur, il a un peu laissé
au dépourvu sur ce sujet?
Je pense que c'est, d'un point de vue légal,
tu peux te les faire
quand tu veux tes 90 heures.
Pas de problème.
Tu t'organises comme tu veux.
D'ailleurs, on va te dire que tu es libre.
Tu n'as aucun contrôle sur le nombre d'heures
que tu fais.
Tu n'as aucune obligation d'être contrôlé.
D'ailleurs, tu es contrôlé,
ce n'est pas joli, mais je le fais exprès
de le dire comme ça, que quand tu demandes
un prêt, pour savoir si
tu ne vas pas mourir avant de finir de payer.
Mais sinon, on ne va pas s'intéresser à ta santé
et on ne va pas venir vérifier
ton état de santé. Donc, il n'y a aucune obligation légale,
aucune durée légale
du travail.
Et l'entrepreneur lui-même a un
mindset, un état d'esprit, une façon de fonctionner
qui ne veut pas
spécialement qu'on
lui demande de faire des choses
dans ce sens.
C'est vraiment cet esprit libre
qui ne voudra pas spécialement
qu'on le contrôle, qu'on vienne
un peu checker.
Moi, ce que je fais avec STEP, et c'est très important,
c'est vraiment ma mission numéro
un, c'est de la pédagogie.
Souvent, on va dire,
faire ça, c'est
une forme de faiblesse. Le repos,
c'est une forme de faiblesse. Faire attention
à sa santé, c'est une forme de faiblesse.
Mais tu as vu des champions du monde,
des champions olympiques,
gagner sans coach, sans préparateur
mental, sans kiné, sans médecin,
sans biologie,
sans. Non, ils gagnent.
Ils ne gagnent pas. Donc, ce n'est pas
une affaire de faibles.
C'est l'affaire de ceux qui voient plus loin
et qui anticipent et
qui sont ambitieux.
C'est hyper intéressant, ce point-là. C'est une
question de niveau de conscience. Finalement, c'est
élever le niveau de conscience des individus.
Tout comme tu vas élever le niveau de conscience
d'un prospect pour qu'il devienne progressivement
éveillé à ton produit, à ta solution, qu'il ait envie
de l'acheter, qu'il devienne ton client. Là, tu vas
éveiller le niveau de conscience des entrepreneurs
à progressivement intégrer
une réflexion pour
rendre
rentrer dans une démarche de check-up,
de suivi, d'amélioration
de la data en la connaissant
et donc préventif plutôt
que curatif, comme tu l'évoquais tout à l'heure.
Je reviens sur le concept
du déni
qu'on a évoqué. Est-ce que déjà, ça,
ce n'est pas une
forme de premier symptôme qui
devrait être rigueur dans l'esprit des entrepreneurs qui
peut-être se disent « Non, non, mais moi, je n'ai pas de problème.
Tout va bien. »
Il y aurait peut-être matière à travailler,
à discuter ou à
identifier peut-être avec quelqu'un de l'extérieur
avec plus de neutralité,
de lucidité et d'objectivité sur la
situation. Le déni est vraiment
présent. Il est incroyable. Je me
souviendrai toute ma vie d'un dîner. J'étais
à table avec des gens que je connais et tout.
Et il y a une personne qui me dit « Ah oui,
tu es psychologue. » Ah, moi
et mes amis, on n'a jamais
eu besoin de voir un psychologue.
Et il était content. Il était
super content de lui. Moi, je suis psy, donc
forcément, il me le dit à moi et il sait que ça va bien se passer.
Je dis « Ok. » Elle est
satisfaisante, ta vie?
Tu as fait de grandes choses?
Regarde.
Il était
célibataire à 70 ans.
Il n'avait pas forcément un projet
de vie très satisfaisant. Il vivait tout
seul. Il était en piteuse de tête santé.
Voilà. C'est peut-être pour ça.
Parce que les gens vont se dire
« Moi, je n'ai pas besoin. Je n'ai pas
besoin de voir un médecin. Je n'ai pas besoin
de voir un psychologue. Je n'ai pas besoin. » Il y a cette espèce
de. C'est même. On va se glorifier.
Quand tu parlais du
déni, c'est même
bien de ne pas faire. « Je suis
un dur à cuire. Je n'ai besoin de rien.
Je n'ai pas besoin de dormir. Je n'ai pas besoin
de machin. » En fait,
tu n'es pas un super-héros.
Tu es juste diminué.
Diminué. Parce que ce super-héros,
il fait quoi à la fin?
Il n'arrive pas à monter les escaliers parce qu'il est soufflé.
Il a pris 20 kilos
et ça ne marche plus. Il est diabétique.
Il ne prend que des mauvaises décisions.
Il s'énerve après tout le monde.
Il avait une super boîte et il la plante.
Donc, ce n'est pas un super-héros.
C'est juste
quelqu'un qui n'a pas une vie
satisfaisante. Donc, le déni
est vraiment présent, mais je pense
que petit à petit,
les différentes crises successives,
elles nous ont bien aidés quand même
dans ce sens parce que le dirigeant s'est dit
« Ok, Covid, guerre, machin,
politique,
ça va durer combien de temps? »
Longtemps. Longtemps.
Et c'est maintenant que tu dois être performant.
Et c'est au moment où ça va tomber dessus que tu dois
être prêt. Mais tu ne sais pas quand ça va te tomber dessus.
Donc, il l'intègre
un peu plus. Mais on partait de très, très,
très, très loin.
C'est assez dingue. C'est un bon exemple.
Ce truc de la société
t'éduque à être fort et à ne pas
vouloir montrer de la vulnérabilité.
Moi, j'ai mis des années à accepter
que le repos faisait partie de la performance,
à mettre en place un cadre autour de moi
justement pour pouvoir
prendre soin de ma santé
tout simplement et puis d'être plus performant.
Et ça me permet de
rebondir sur ma prochaine question.
Qu'est-ce que tu identifies que certains
entrepreneurs qui durent, qui performent
font bien que d'autres
ne font pas? Alors certes, après tous les
échanges qu'on vient d'avoir ici, j'imagine que
certains font un check-up,
vont à consulter. un psy vont pouvoir justement mettre en place les bons compléments alimentaires et puis suivre ces
marqueurs pour pouvoir améliorer en conscience les choses, adapter son alimentation, pas boire
d'alcool, mais est-ce qu'il y a d'autres choses qu'on n'a pas forcément citées dans le cadre de cet
échange qui pourraient être mises en place chez les entrepreneurs qui nous écoutent et qui feraient
une vraie différence? La priorité c'est la qualité de tes relations, l'entourage et pas seulement qui
est autour de toi. Moi je suis radicale sur les gens qui amènent du drame et du chaos, c'est d'or,
je n'ai pas une seconde. Non je peux pas. Pourquoi? Parce que ça te pollue, ça te pollue. Donc c'est
pas seulement qui est près de toi, mais quelle est la qualité de la relation que tu as avec les gens.
Ça se travaille, il n'y a rien de naturel dans une relation de couple, il n'y a rien de facile dans
une relation avec tes enfants, il n'y a rien de facile dans une relation avec tes amis, ça se
travaille. Et la qualité de tes relations elle va être plus influente dans ta bonne santé que ton
alimentation. Le premier déterminant de la santé c'est l'activité physique, première chose. Donc moi
j'ai eu une journée difficile, je vais marcher trente minutes à la maison devant un super podcast avec un
tapis de marche pour que mon corps évacue. Donc activité physique, on est extrêmement sédentaire,
on le voit dans mon étude. Deuxième, tes relations et les dirigeants, qu'est-ce qui se passe? Ils font
le vide autour d'eux ou alors ils laissent de la place pour des personnes qui ne soutiennent pas
leurs valeurs. L'une de mes valeurs très importantes c'est l'apprentissage continu,
donc j'essaye de m'entourer des personnes qui aiment apprendre. Si tu as des personnes qui te
parlent d'un nouvel iphone, des fringues, des machins, et bien ça va forcément être des
conversations qui t'apporteront pas forcément, si ça t'intéresse pas, qui t'apporteront pas grand
chose. Donc moi il faut pas m'appeler pour me raconter que machin, une nouvelle copine ou qu'il
y a un nouvel iphone ou je sais pas quoi, ça m'intéresse pas. Et les gens ils peuvent faire
ce qu'ils veulent, c'est juste pas ma vie, c'est juste pas quelque chose que je veux. Donc deux,
la qualité, on a dit activité physique, deux, la qualité de tes relations. On parlait de l'alimentation,
mais j'irai même plus loin. On parlait en préambule de performance. Si tu t'es construit comme ton produit, ta boîte,
ta marque, et tu n'es rien d'autre que ce produit, cette boîte, cette marque, ton identité c'est que
ce projet. Si ça va pas, tu n'es plus là. Donc si tu t'es construit comme ton produit, ta boîte, ta marque,
et tu n'es rien d'autre que ce produit, cette boîte, cette marque, ton identité c'est que ce projet. Donc si tu t'es construit comme ton produit, ta boîte, ta marque, et tu n'es rien d'autre que ce produit, tu n'es plus rien. Et tu te sens comme étant plus rien. Donc ce que je peux conseiller, c'est de se construire une identité où tu as une vie en dehors de ton travail, de ton projet. Ton projet qui te donne de l'énergie, c'est même pas un boulot, c'est une passion, d'accord. Mais ça alimente autre chose. Et tu es un père, un mari, un enfant, un copain, un citoyen. Tu es plein de choses autres que cet entrepreneur engagé.
Et tu es plein de choses autres que cet entrepreneur engagé. Et donc comme ils sont passionnés, ils oublient ça. Et ils se renferment un peu dans leur projet. Et cette souffrance identitaire, elle va être terrible. Terrible. Donc pas oublier, alors prendre soin de son corps, prendre soin de sa tête, mais travailler sur son identité. Et qui suis-je vraiment? Qu'est-ce que je veux? Moi, je me rappellerai toute ma vie que quelqu'un m'avait dit quand j'ai lancé Step, quand est-ce que tu sauras que tu as réussi? Je peux répondre aujourd'hui.
Quand ce job sera totalement aligné avec qui je suis. On construit des systèmes, mais il faut construire un système qui nous ressemble. Sinon, tu vis la vie de quelqu'un d'autre. Tu vis pas ta vie. Et ça fait vraiment mal, ça fait souffrir. Tu vis une vie qu'on t'a imposée. Il y a beaucoup de gens qui parlent de lever de fond, de machin, de faire un super projet, de boîte. Nickel. Est-ce que ça te plaît? Est-ce que c'est toi? Est-ce que c'est ta vie? Est-ce que t'es encore dans ta flamme?
Non, c'est pas un bon projet. C'est un job. Et tu réussis ça en ayant un salaire, sans prendre les risques.
Très clair. J'ai une autre question pour toi, c'est par rapport à l'intelligence artificielle. Tu évoquais tout à l'heure le fait de chercher à se faire accompagner, aider, et pas vouloir interpréter ou mettre en place des choses soi-même. Qu'est-ce que tu penses de ceux qui vont faire une sorte d'autodiagnostic grâce à l'IA? Parce que moi, je le vois de plus en plus.
Ouais, je me sens pas forcément bien. Qu'est-ce que j'ai? Ou ils vont faire une prise de sang, ils la mettent dans ChatGPT ou dans Claude. Diagnostique-moi cette prise de sang. Quel type de complément alimentaire je pourrais reprendre? Prends les compléments. Ouais, là, je me sens un peu moins bien ou autre. Est-ce que c'est quelque chose que tu diabolises ou abolis et ne recommandes pas du tout? Est-ce que c'est quelque chose que tu recommandes, mais dans une certaine mesure, avec parcimonie comme beaucoup de choses? Ou est-ce que ça peut être un excellent complément?
En parallèle d'un accompagnement déjà mis en place pour peut-être augmenter sa lucidité sur certains sujets, ou la boucle de rétrofeedback quand on veut chercher à ajuster quelque chose ou améliorer quelque chose, comment tu perçois la chose, toi, en tant que professionnel de la santé mentale d'abord, mais la santé en général aussi?
Ce qui soigne, en premier, c'est la qualité de la relation que tu vas avoir avec le soignant.
D'accord.
On dit souvent, comment choisir le bon psy.
Il faut une alliance thérapeutique, ou même ton médecin, ou même un cardio, peu importe.
Si tu as une bonne relation, ça va déjà mieux marcher.
Avec l'IA, tu vas avoir quelque chose de très rationnel, très épuré, très bien, pas biaisé.
J'ai fait une émission qui s'appelle La médecine en 2050, et j'avais dit, le médecin en 2050, il sera psychologue.
Il aura de l'IA pour faire la partie technique.
Diagnostique, etc.
Et il va se consacrer à la relation.
J'espère que je ne vais pas me tromper.
Rendez-vous en 2050, si je suis encore là.
Donc, comme outil, excellent.
Mais ça ne peut pas substituer les choses.
Tu vois, à l'ère de l'IA, j'ai recruté 4000 partenaires.
Je ne veux pas d'un rapport de biofonctionnel que les gens reçoivent et doivent se retrouver face à leur marqueur seul.
Je veux que quelqu'un leur explique.
Je veux que quelqu'un soit sympa avec eux au moment où on leur explique.
Et je veux qu'il y ait une relation qui se crée avec cette personne.
Chez Step, on a. Il y a énormément de proximité.
Nos directeurs vont aller voir chaque client dans leur territoire.
Ils vont les suivre, ils vont les accompagner, ils vont les rappeler, ils vont avoir un plan.
Ils vont s'intéresser à eux.
On ne veut pas de quantité.
On veut avoir des gens avec lesquels on travaille de manière participative.
Donc, oui, l'IA, super pour aider les praticiens.
Super pour faire gagner du temps.
Mais elle ne peut pas remplacer la relation.
Pourquoi?
Tu as quand même. Tu as quand même une vingtaine de zones de ton cerveau qui ne s'allument qu'en présence d'autrui.
Et donc, si tu es déjà très isolé et qu'en plus, pour te soigner, pour aller bien,
tu vas te mettre face à une machine, comment tu veux te développer?
On s'appauvrit terriblement d'un point de vue cognitif.
Et on a besoin de cette relation thérapeutique.
Donc, oui, en complément, pas à la place d'eux.
Intéressant.
Je l'évoquais tout à l'heure, tu as créé six boîtes en sept ans.
Qu'est-ce qui fait que tu as créé autant de boîtes en si peu de temps?
Quel type de boîte?
Je suis presque venu te demander, est-ce que ce n'est pas ton propre mécanisme compensatoire
de workaholic et que tu as envie de créer plein de choses?
Mais en même temps, dans l'entretien, dans notre échange, tu disais que toi, ton travail,
c'est ta passion et tu aimes ça.
Donc, ce n'est pas forcément. Ça te stimule, ça te remplit.
Ça peut être intéressant.
Comment tu abordes la chose te concernant?
Alors, je suis arrivée en France en 2009.
Je vais fêter ma dix-septième année.
Je suis née à Cuba et je voulais faire des études.
Ma mère est médecin.
Je voulais faire des études.
Je voulais faire des études de psycho.
Quand tu es étudiant en tout ce qui est médecine médicale ou paramédicale à Cuba,
tu ne peux plus quitter le pays.
Donc, moi, je voulais payer mes études, mais être libre de faire ce que je voulais après.
Donc, je suis venue faire mes études en France.
Quand j'étais à l'université, très rapidement, j'ai eu des problèmes
parce que mon titre de séjour n'était plus valable.
Et au bout de quatre ans, j'ai obtenu la nationalité française.
Mais pour avoir la nationalité française, il fallait avoir un très haut niveau d'études.
Mais aussi un bon revenu.
À l'époque, il y avait le statut étudiant entre entrepreneurs.
Donc, j'ai lancé ma première société.
Je n'avais pas encore fini mes études à 26 ans.
Donc, quand tu parlais de créer plusieurs boîtes, ça a été une façon de vivre, d'être libre, d'avancer.
Pour moi, ça a toujours été un moyen de faire face à plein de difficultés que j'ai vécues.
Donc, comme j'étais entrepreneur, que j'étais psychologue du travail experte,
que j'ai fait des études, que j'ai fait des études, que j'ai fait des études.
J'ai fait des études sur, en tant qu'expert, 1 000 euros, 1 500 euros par jour d'expertise.
C'est du chiffre d'affaires.
Tu donnes quand même une bonne partie à l'État.
Mais quand même, pour un étudiant entrepreneur, c'était très intéressant.
Grâce à ça, j'ai obtenu la nationalité française.
Donc, à l'excellence de mes études, mais aussi à mes revenus en tant qu'étudiante entrepreneur.
Donc, première boîte.
Ensuite, je me suis dit, je ne vais jamais réussir à avoir une retraite si je n'investis pas.
Très vite, j'ai compris que. La boîte dépendait de moi.
Et que s'il m'arrivait quoi que ce soit, je n'avais rien.
Voilà, je n'avais pas de filet de sécurité.
Donc, j'ai commencé à investir.
Et j'ai des cabinets médicaux.
Donc, j'achète des locaux, en fait, des bureaux,
où j'installe, toujours dans une cohérence,
des professionnels de santé avec lesquels je vais travailler et changer.
Je voulais avoir un lieu où. On pouvait échanger avec les autres,
mais je ne voulais pas être responsable des autres.
Donc, c'est des indépendants qui louent des bureaux
avec lesquels je travaille.
Donc, cette activité, elle a grandi,
elle est devenue intéressante.
Et puis après, pas mal d'activités immobilières, etc.
J'ai lancé Step en 2021, qui est encore autre chose.
Au début, je pensais que ça allait être une petite échelle.
Au bout de six mois, j'avais fait des publications scientifiques
et des interviews, et ça a commencé à pousser dans tous les sens
parce que les besoins des entrepreneurs,
ils n'étaient pas à tour, ils étaient partout.
J'avais eu une demande en Suisse six mois après l'ouverture.
Et ensuite, j'ai créé une autre société d'investissement.
Donc aujourd'hui, par exemple, j'investis dans des technologies.
Par exemple, là, j'ai investi chez Shipiron,
qui est une technologie d'IRM à champ ouvert.
Aujourd'hui, c'est très difficile d'avoir une IRM.
Il faut que tu sois dans un endroit fermé, c'est très coûteux.
Et eux vont démocratiser énormément la technologie IRM
dans des champs ouverts.
Donc c'est portatif, c'est petit, c'est plus facile.
Et donc, c'est la passion dans une cohérence,
mais c'est aussi l'un de mes leitmotivs,
c'est cette liberté financière de se créer également des actifs
un peu plus indépendants de ton temps et de ton état de forme.
Parce que j'ai conscience qu'en étant moi la personne qui pousse,
il y a des moments où je peux être moins performante.
Donc les créations des autres sociétés,
elles viennent un peu soutenir ce métier passion en
en assurant les bases arrières.
Complètement.
Et comment tu trouves l'équilibre aussi avec toutes les activités que tu as?
Parce que ça, c'est une vraie question que beaucoup d'entrepreneurs se posent
et auxquelles ils font face déjà pour eux-mêmes.
Parce que là, aujourd'hui, tu es ici, mais tout à l'heure, tu es sur le Figaro.
En même temps, tu as des activités de chercheuse, de recherche.
Et je dors et je mange.
Tu dors, tu manges, tu es aussi professeur, tu fais du sport.
Tu as ces boîtes, tu as cette passion, cette envie de contribuer.
Comment tu trouves l'équilibre derrière?
Quand j'ai lancé Step,
j'ai pris un coach en gestion du temps qui avait fait un audit de tout ce que je faisais.
D'accord.
Combien de temps je passais à me brosser les dents, combien de temps je passais…
Très détaillé.
Tout.
Et il m'a dit : voilà, quelles sont les activités qui soutiennent tes objectifs?
Mes objectifs, c'est toujours les mêmes : augmenter les revenus de mes sociétés,
les développer, passer plus de temps en famille et faire plus de sport.
Donc, tout ce qui ne va pas dans le sens de ces trois objectifs
ne trouve pas de place dans mon agenda.
Pas de place.
Donc, c'est une organisation assez stricte.
Donc, j'ai des couleurs : vert pour cet objectif, rouge parce que là, il ne faut pas y aller.
Et donc, je vais avoir un côté où je vais être très, très radine de mon temps et de
mon attention, et je vais focaliser mon attention sur certaines choses.
Après, tu parlais d'équilibre.
J'ai renoncé à l'équilibre depuis un siècle parce que l'équilibre, ça voudrait
dire que tu passes autant de temps chez toi qu'au travail.
C'est faux, c'est impossible, c'est même une chimère.
Enfin, tu te dis : je ne vais jamais y arriver, ce truc-là.
C'est quoi vos conseils mignons de trouver un équilibre?
Ça n'existe pas.
Par contre, je vise l'harmonie.
L'harmonie, c'est quoi?
Ça, ça doit être cohérent avec ça.
Et ce n'est pas toujours le même élément qui va être l'ajustement.
Il y a des moments où je vais être avec mon enfant, je vais être en famille,
je vais être en train de m'occuper de quelque chose, passer du temps pour moi.
Tu n'arriveras pas à me joindre.
Il y a des moments où je suis au travail et ma famille sait qu'elle ne peut pas me joindre.
Donc, c'est de dire : ce n'est pas toujours les mêmes qui sont délaissés.
Ce n'est pas toujours ta famille ou toi qui est délaissé, mais il y a un temps pour tout.
Et il y a un côté harmonieux qui, tout le long de la semaine, doit plus ou moins se trouver.
Très clair.
Le concept d'être 100 % on, 100 % off et d'être concentré sur la qualité plutôt que de la quantité et d'être complètement dispersé.
Et de mettre des barrières physiques assez strictes.
Aujourd'hui, tu n'as plus de barrières physiques.
Tu peux bosser n'importe où, tu peux être dérangé n'importe quand.
Donc, moi, je vais…
D'où le fait de couper le téléphone, d'où le fait de…
Ou je vais même programmer des mails ou demander à mon équipe de me dire :
si vous bossez à un moment où moi, je ne suis pas dispo, vous me programmez le mail pour le lendemain matin à 8h.
On parlait du processus perception, traitement, action.
Si je n'ai pas le temps de traiter mon mail, je ne le lis pas.
Je ne le lis pas.
Donc, ça peut m'arriver d'avoir un sac plein de courriers parce que je déteste ça.
Pourquoi l'administration, elle t'envoie quatre courriers pour la même chose?
Quand tu as six boîtes, tu multiplies.
Donc, que je n'ai pas ouvert.
Donc, je vais prendre une après-midi pendant trois heures, je vais ouvrir mon courrier, tu vois.
Mais sinon, tu n'y arrives pas parce que tu es constamment dérangé.
Et ton cerveau, il n'arrive jamais à se focaliser.
Et en fin de journée, tu es dans un état de fatigue, tu ne sais même pas de quoi.
Sinon, tu vas les ouvrir tous les uns après les autres.
Tu vas les poser à côté parce que tu n'as pas le temps.
Puis, tu vas constamment te dire : je dois les traiter, je dois les traiter.
Tu vas y penser.
Donc, si je ne peux pas agir, je préfère ne pas savoir.
Merci Iris pour tous ces sujets qu'on a pu évoquer.
J'aurais pu parler encore des heures de tout ça.
C'est vraiment passionnant.
J'ai une toute dernière question à te poser.
Mais avant ça, si vous avez eu autant de plaisir à écouter cet épisode
que je n'en ai eu à l'anime, faites-le nous savoir comme à chaque fois.
Partagez cet épisode autour de vous.
Également, dites-nous en commentaire ce que vous avez pensé de cet épisode.
On le partagera aussi sur tous nos différents réseaux.
Et ma dernière question pour toi, elle est simple.
Est-ce que tu peux nous partager le déclic qui a fait toute la différence dans ta vie?
Ça peut être lié à ton pro comme ton perso.
Ça peut être une anecdote, quelque chose de positif, quelque chose de moins positif.
Peu importe, tu as carte blanche pour le mot de la fin.
Je me suis aperçue, je te disais à la naissance de mon enfant,
qu'on n'allait pas faire à ma place, qu'on n'allait pas prévoir des choses pour moi.
Si j'avais un problème, c'était à moi d'avoir anticipé les choses.
Et le déclic, c'est devenu une mission.
Et c'est devenu ce que je fais avec Step.
C'est vraiment de se dire la première chose que je dois garder,
sauvegarder, c'est cet état de santé et c'est ma responsabilité.
Je ne dois pas demander à la société de le faire.
De toute façon, elle ne l'a pas prévu.
Si je ne fais pas ça, rien d'autre ne sera possible.
C'est la base.
C'est-à-dire que si ma tête ne va pas bien, si mon corps ne va pas bien, ma motivation n'est pas là,
tous mes projets ne peuvent pas avancer.
Parfois, il y a des gens qui me disent :
« Mais qu'est-ce que tu voudrais d'autre? Quels sont tes objectifs? »
Et souvent, je réponds : « Aujourd'hui, je veux profiter de ce que j'ai. »
Beaucoup d'entrepreneurs, au moment où ils vendent leur boîte,
au moment où ils vont à la retraite, ils sont malades.
Au moment où ils ont passé leur vie à construire quelque chose,
ce qu'ils ont construit, ce n'est même plus du plaisir.
Ça devient quelque chose qui est mauvais.
Ils sont esclaves de leurs projets.
Et ils ne profitent plus de ce qu'ils ont construit, alors qu'ils en ont donné énormément.
Moi, ce que je souhaite et ce que je fais avec STEP,
c'est que les entrepreneurs soient fiers, soient bien, soient en forme,
et ils puissent profiter de ce pour quoi ils ont toujours travaillé.
Voilà le déclic.
Merci Iris.
Sous-titrage Société Radio-Canada
Podcast Summary
Key Points:
Les entrepreneurs confondent souvent usage ponctuel, comportement compensatoire et addiction, cette dernière se caractérisant par la négligence de la santé et de la famille.
Les comportements compensatoires (alcool, sport, travail) servent à gérer le stress chronique, mais l’alcool épuise la vitamine B, affectant la mémoire et la prise de décision.
Une personnalité contrôlante et l’hyper-vigilance exposent particulièrement les dirigeants, qui négligent la récupération et consultent rarement.
Les tests salivaires de cortisol montrent que beaucoup de dirigeants ont une courbe plate le matin, signe d’épuisement, les poussant à chercher des stimulants.
Les données révèlent qu’un dirigeant sur trois est en mauvaise forme psychologique, ne consulte pas et recourt à l’automédication, par peur de savoir et par culture du contrôle.
La prévention est cruciale, car des maladies comme le diabète sont irréversibles et peuvent réduire la capacité à diriger, comme illustré par des témoignages d’AVC.
Summary:
Dans cet épisode, Iris Ramos, fondatrice de STEP, un service de santé dédié aux dirigeants, explique les mécanismes d’addiction chez les entrepreneurs. Elle distingue trois niveaux : l’usage ponctuel, le comportement compensatoire (pour gérer la fatigue ou le stress) et l’addiction, qui se manifeste par la priorité donnée à une activité au détriment de la santé et des proches. Les dirigeants, souvent dotés d’une personnalité contrôlante, vivent en hyper-vigilance et négligent la récupération, ce qui épuise leurs ressources.
Les tests salivaires de cortisol révèlent que beaucoup n’ont plus d’énergie le matin, les incitant à consommer de l’alcool ou d’autres substances pour compenser. L’alcool, banalisé socialement, épuise la vitamine B, altérant la mémoire et la prise de décision, un risque majeur pour leur lucidité. Les études menées montrent qu’un dirigeant sur trois est en mauvaise forme psychologique, ne consulte pas et s’automédique, par peur de découvrir des problèmes de santé et par une culture du contrôle qui les empêche de demander de l’aide.
Iris insiste sur l’importance de la prévention : des bilans réguliers peuvent éviter des maladies irréversibles comme le diabète, qui diminuent la capacité à diriger. Elle conclut que prendre soin de son corps et de sa tête est un acte d’ambition et d’anticipation, essentiel pour les leaders qui veulent durer.
FAQs
Un usage ponctuel est un plaisir occasionnel, comme boire un verre ou manger du chocolat. Un comportement compensatoire vise à gérer le stress ou la fatigue, par exemple boire le soir pour décrocher du travail. Une addiction survient quand on ne peut plus s'empêcher de faire quelque chose, au point de négliger sa santé, sa famille ou sa vie sociale.
Les signes clés sont l'apparition de problèmes de santé et l'incapacité à s'empêcher de continuer, même au détriment de la famille ou des obligations sociales. Si vous négligez votre santé ou vos proches pour travailler ou pratiquer une activité, cela indique une addiction.
Ils ont souvent une personnalité très contrôlante, ce qui entraîne une hyper-vigilance et un stress chronique mal géré. Leur capacité d'adaptation les pousse à compenser avec des substances ou des comportements, tout en négligeant la récupération, ce qui augmente le risque d'addiction.
Selon ses données, un entrepreneur sur trois se dit en mauvaise forme psychologique, un sur trois ne consulte pas et un sur trois a recours à l'automédication. Ces mécanismes créent un profil à risque, bien que les données spécifiques sur les addictions soient difficiles à collecter.
Ils ont peur de découvrir un problème de santé, ce qui pourrait compromettre leur capacité à diriger leur entreprise. Ils craignent aussi des répercussions sur les prêts ou assurances, et leur culture de contrôle les pousse à s'adapter seuls plutôt que de demander de l'aide.
L'alcool épuise les réserves de vitamine B, ce qui affecte la mémoire et conduit à de mauvaises décisions. Cela peut donc nuire directement à la performance et à la lucidité d'un dirigeant.
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