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L'IA générative et la prolétarisation de la pensée

28m 13s

L'IA générative et la prolétarisation de la pensée

Dans ce podcast, Greg Warbarbet reçoit la philosophe Anne Alonbert, qui analyse l’actualité de l’IA et son livre *La Bêtise artificielle*. Elle affirme que l’IA est une imposture idéologique : le terme, né en 1956 pour attirer des financements, masque les coûts réels (matériels, énergétiques, travail humain) et l’extractivisme des données. Alonbert dénonce une propagande qui compare humains et machines, justifiant la soumission des travailleurs et l’effacement de notre singularité. Elle critique aussi l’hypnose technique (interfaces opaques, usage du « je ») qui empêche la pensée critique et favorise la dépendance émotionnelle. L’actualité illustre ces enjeux : Grokipédia, encyclopédie générée par Grok, biaisée et copiant Wikipédia, et le navigateur Atlas d’OpenAI, qui intègre ChatGPT pour automatiser des tâches, accentuant la perte de contrôle des utilisateurs. L’accord Microsoft-OpenAI (27 % des parts, 135 milliards de dollars) renforce le pouvoir des grandes entreprises. Pour contrer ces dérives, Alonbert propose des régulations : transparence des algorithmes et des données, interdiction des « dark patterns » comme l’usage du « je », et une réflexion politique sur l’impact de ces technologies sur nos esprits et cultures collectives.

Transcription

5032 Words, 31885 Characters

French
Mais dames et messieurs, bonjour et bienvenue dans "Yacca m'expliquait" le podcast du temps qui démistifie les intégions artificielles. Pour cet épisode, j'ai reçu la philosophe Anne Alonbert qui a publié tout récemment un petit livre sur la bêtise artificielle. Elle propose dans cette ouvrage une analyse vitriole de ce qu'elle qualifie de propagande idéologique autour de l'intégion artificielle. Mais d'abord, nous reviendrons sur l'actualité. Entre le logement de "Grokypédia" par Elon Musk et OpenAI qui a enfin trouvé un accord avec Microsoft et lancé son navigateur Atlas, et d'un des jours ont été pour le moins stimulant. Avant de commencer, je vous rappelle que vous pouvez soutenir sur podcast en le partageant avec vos collègues, amis et familles. Et si vous les coûtez sur Apple Podcast ou Spotify, vous pouvez aussi le noter et laisser un commentaire. Ces interactions, eh bien elles sont utiles parce qu'elles ont voie un signal à l'algorithme de cette plateforme qui ensuite est susceptible de proposer. YAKAM XPK à d'autres utilisateurs. Je suis Greg Warbarbet, journaliste autant et vous écoutez le deuxième épisode de la saison 2 de YAKAM XPK. Avant d'entrer dans le vide du sujet, je voulais vous advertir. Le prochain épisode sera un peu particulier puisqu'il va coincider à quelques jours près avec les trois ans du lancement de ChatGPT. Ce sera l'occasion pour nous de revenir avec des collègues du temps sur ces trois folles années qui ont suivi les sortes de l'intelligence artificielle générative grand public. En attendant, je vous propose de passer à l'entretien, nous allons revenir brièvement sur l'actualité et comme d'habitude, vous trouverez quelques liens dans la description du podcast si vous voulez approfondir ces sujets. L'intelligence artificielle générative va t'aille détruire le web tel que nous le connaissons. La question se pose puisque jamais avec le lancement tout récent de gros qui paia. C'est l'ancien clopédie DELLONMOSC qui doit servir à détruire Wikipédia qui l'accusent d'être militants. Il surnomme même la plateforme WOKIPEDIA. GOKIPEDIA c'est donc une alternative à Wikipédia, sauf que son contenu est entièrement généré avec l'aide du modèle de langage GroC, conçu par la startup XCI DELLONMOSC. Les médias du monde entier se sont times musées à consulter certaines pages de GroC, et les résultats, c'est que GroC, il est loin d'être neutre. Certaines entrées font l'impasse sur des faits génants pour Elon Musk par exemple, d'autres sont carrément du copicolais de Wikipédia. Je ne saurais pas vous dire si GroC, c'est vraiment conclurent ces Wikipédia. Ce que je sais en revanche, c'est que Wikipédia est probablement la seule démarche collaborative et contributive à avoir résisté à la plateformisation du web. L'encyclopédie n'est pas exemple de reproche, mais la façon dont son contenu est créé et débattu reste à ce jour une anomalie. Et la diversité, c'est important, donc ça serait dommage que l'il y a génératif finissent par avoir raison de Wikipédia. De son côté, Opénait est continu de lancer de nouveaux produits et services à un rythme effréné. La société dirigée par Sam Altman a récemment lancé Atlas, un navigateur web qui intègre Chage-PT. Si jamais, Perpex City, l'un de ses principaux concurrents en avait fait de même en juillet et le navigateur s'appelle Commette. En fait, pour Opénait, ça lui permet surtout de donner accès à son modèle de langage à toute un tas d'informations supplémentaires pour affiner ses réponses et le rendre encore plus utiles. C'est du moins qu'à firmes l'entreprise qui promet en parallèle que les utilisateurs conservent le contrôle sur leur données. Opénait explique Atlas permet aussi de déléguer certaines taches à Chage-PT comme la réservation d'un restaurant. Et en donné que le logiciel a accès au mot de passe et carte de crédit, il peut valider les transactions de manière autonome. Sam Altman en est convaincu, Atlas va révolutionner la navigation sur le web. C'est encore un peu tôt pour mesurer à quel point cette nouvelle offre dans le domaine des navigateurs web pourrait vraiment changer la donne. Est-ce que les utilisateurs voudront vraiment aller au sillon dans l'intégration de Chage-PT dans leur navigation et peut-être donc encore perdre plus de contrôle sur le fonctionnement de leurs outils? Je pense que la question en reste ouverte. Moi, à titre personnel, je vais continuer d'utiliser Firefox. Mais peut-être que je suis déjà dépassé. Et restons sur Opénait qui a finalement trouvé un accord sur l'évolution du partenariat stratégique qui l'unit à Microsoft depuis 2019. C'est une étape importante pour la transformation de Opénait en entreprises d'intérêts publics qui lui permettra donc ranger des bénéfices sans que ceci ne soit plafonné. Cette transformation, elle doit être acheté d'ici la fin de l'année pour qu' Opénait ne perd pas certaines promesses de financement effectuées lors de la dernière levée de fond de l'éditeur de Chage-PT. Microsoft détient donc désormais 27% de la structure commerciale d' Opénait soit la bagatelle de 135 milliards de dollars. Jusqu'ici, la précédente version de l'accord qui unitait les deux sociétés prévoyait que Microsoft perdrait l'accès aux technologies d' Opénait, lorsque l'éditeur de Chage-PT déclarera avoir atteint le stade de l'intelligence artificielle générale. Vous savez, c'est cette notion un peu flu qui alimentent les discussions scientifiques et philosophiques. Et bien maintenant ce sera différent. Si Opénait est déclarer avoir atteint cette étape, un comité indépendant sera cherché dans évaluer la véracité. Par ailleurs, Microsoft conservera l'accès aux modèles concernés sur réserves de certaines garanties de sécurité. Enfin, Opénait est engagé à acquérir pour 250 milliards de dollars de service auprès d'azures d'affilie à le cloud de Microsoft. De la vie de plusieurs médias, Microsoft sort grand vainqueur de ce nouvel accord. Mais Sam Altman a toujours plus d'intour dans son sac et nous ne sommes pas à l'abri de nouveaux rebondissements. Et voilà, qui conclut ce petit tour d'horizon de l'actualité de l'intelligence artificielle. Comme d'habitude, tous les liens sont en description et les désormais temps de passer à l'entretien. Bonjour, Anne-Alombard. Bonjour. Vous êtes maîtresse de conférence en philosophie française contemporaine à l'université Paris-Huite. Vous travaux portent essentiellement sur le thème de la technique et vous venez d'ailleurs de publier de l'abétise artificielle aux éditions alia. En lisant votre livre, je suis ressorti que le sentiment que l'intelligence artificielle, bah c'est une imposture. C'est vraiment le cas. Alors, une imposture, je ne sais pas, mais ce qui est certain, c'est que c'est une notion extrêmement problématique qui masque beaucoup de questions et de dimensions importantes concernant les technologies numériques contemporaines. Alors, d'abord, cette expression est problématique parce que ce n'est pas une expression scientifique. En fait, en 1956, lors de la conférence de Darmus, lorsque ce terme de "intelligence artificielle" apparaît, c'est un terme surtout promotionnel. On aurait très bien pu parler de traitement automatique de données, de calculs algorithmiques sur des données, mais on parle d'intelligence artificielle pour attirer des financements. En fait, les chercheurs qui montent ce programme de recherche veulent évidemment être financés. Et donc derrière cette notion, il y a toute une mythologie selon laquelle on va parvenir à reproduire ce que l'on considère comme l'intelligence humaine dans des machines électroniques informatiques puis numériques. Mais tout ça n'a pas de fondement scientifique, je le rappelle. Ensuite, il faut bien comprendre que cette notion-là, elle va masquer beaucoup de processus liés aux fonctionnalies des technologies numériques contemporaines. - Lesquelles? Par exemple, le fait que ces technologies ont un coût matérielle, énergétique, considérable, en fait, il n'y a pas une espèce d'intelligence éterrée dans des circuits algorithmiques, mais il y a des systèmes et des réseaux techniques, donc des centres de données, des câbles, des satellites, etc. Et tout ça est un petit peu effacé toutes les matières premières, l'eau, l'énergie, l'électricité, qui vont être nécessaire pour alimenter ce système et ce réseau technique, tant à disparaître. D'ailleurs, c'est vocable de machines pensantes ou de machines spirituelles. Ensuite, il y a aussi du travail humain qui est nécessaire pour faire fonctionner ces machines à la fois l'endexation de données, mais aussi la production de contenus puisque lesillages génératifs contemporaines ne génèrent rien, mais extrait et disons calcul des données qui sont issus de toutes nos contributions sur Internet. Donc c'est un fonctionnement plutôt extractiviste que génératif. Et puis enfin, il y a aussi des algorithmes, il y a des fonctionnements, disons techniques, des chèmes techniques, qui sont à l'oeuvre dans ces machines et qu'on ne voit pas si on leur prête des capacités humaines comme l'intelligence, la pensée, des intentions, des émotions, une volonté ou je ne sais quoi d'autre. Vous pointez aussi dans votre livre une propagande idéologique de l'intelligence artificielle, ça se sont des mots assez forts. Est-ce que vous pouvez nous les expliquer? En fait, je m'appuie sur les réflexions d'un philosophique qui s'appelle Georges Congilème, qui parle de machines de propagande idéologique. Alors lui, il écrit dans les années 80, c'est dans un article qui s'appelle le cerveau et la pensée, et il remarque déjà que toutes ces notions, intelligence artificielle, cerveau artificielle, machine consciente, etc., sont des notions problématiques parce que effectivement les gens qui ont produit ces machines se sont inspirés d'études sur le cerveau ou d'études sur la condition pour développer ce qu'on appelle l'intelligence artificielle symbolique ou l'intelligence artificielle connexioniste. Mais pour autant, cela n'autorise pas à croire que les machines que l'on a produit sont des modèles de ce qu'on a considéré comme le cerveau ou comme la condition. Il y a une sorte d'inversion, dans la notion même de modèle. Et le problème, c'est qu'une fois qu'on parle de cette manière-là, mais on a l'impression que les machines sont des doubles des humains. Que finalement, nous sommes tous des machines à calculer. Alors forcément, si nous sommes tous des machines à calculer, dit Congilème, nous allons tous accepter d'avoir des machines à calculer chez nous, d'être entourées de machines à calculer. C'est la première chose. Mais aussi, nous allons beaucoup plus facilement accepter d'être remplacés par des machines à calculer. C'est-à-dire que nous allons avoir l'impression que nous, les humains, nous sommes simplement des machines à calculer moins performantes que les ordinateurs ou que les générateurs automatiques de textes, etc. Et donc, nous allons forcément nous soumettre un petit peu à ces injonctions qui consistent à devoir travailler toujours plus, toujours plus vite, de manière toujours plus efficace, plus efficiente. Sans quoi, nous serons soit disant remplacés par des machines. Donc ce qui fait notre singularité, ce qui fait notre unitité, unicité tant à ses fassants. quand on se compare en permanence à des dispositifs numériques. Il y a aussi un passage dans votre livre où vous parlez à la fois de ceux qui sont 13 ans tousiestes avec l'intelligence artificielle, qui imagine que demain, il y aura la superintéregence, vous citez notamment Sam Altman, et vous parlez aussi de ceux qui sont catastrophistes, comme peut-être Yoshoa Benjo et Compagnie. Et là, vous dites, en fait, c'est des discours qui peuvent sembler opposés, mais qui se rejoignent quelque part, parce que tous les deux montrent l'idée que l'intelligence artificielle, c'est quelque chose d'inévitable. Si vous voulez, le point commun entre ces deux types de discours, c'est qu'il croit que quelque chose comme l'intelligence humaine existe et qu'on peut la comparer à quelque chose comme l'intelligence artificielle. Or, moi, ce qui m'intéresse, c'est pas tant cette question-là, c'est plutôt la question de savoir ce que ces dispositifs algorithmiques et numériques vont faire à nos esprits individuels et collectifs, c'est-à-dire à la fois à nos capacités mentales, psychiques, de réflexions, d'interprétation et de délibération, de discussion, mais aussi à nos cultures collectives, à nos milieux symboliques. Et je crois que c'est comme ça qu'il faut s'interroger sur ces technologies et non pas en les comparant toujours dans une sorte de schéma, de compétition entre humains et la machines. Ce qui faut se demander, c'est pas qui est le plus intelligent de humains ou de la machine, mais c'est comment ces dispositifs technologiques et algorithmiques transforment nos esprits et nos sociétés, qu'il est possède, qu'il les entraîne, qu'il les développe et il faut poser des questions politiques en fait. Vous vous forgez aussi la notion d'ypnose technique pour qualifier les efforts mis en œuvre par les fabricants de cette technologie, justement pour cacher aux utilisateurs les processus internes à la machine, que ça soit avec chat GPT ou un algorithme d'orcaundation sur une plateforme quelconque, l'utilisateur est uniquement exposé au résultat final. Est-ce que ça participe à empêcher l'exercice d'une forme de pensée critique à l'égard de la machine selon vous? Oui tout à fait. Alors cette notion d'ypnose technique, je la reprends à un philosophe qui s'appelle Gilbert Simondon, qui a écrit lui dans les années 60 et qui s'interrogèl justement sur notre difficulté à comprendre le fonctionnement technique interne des appareils qui nous entourent surtout quand on envoie que la surface, si je puis dire. Alors évidemment, Simondon ne pensait pas la question des intelligence artificielle générative, mais aujourd'hui on voit bien que quand nous sommes face à des dispositifs comme chat GPT, grog ou dipsyc, nous sommes face à une interface et nous ne voyons pas le fonctionnement. D'ailleurs, les algorithmes et l'entraînement de ces machines et puis les jeux de données sur lesquelles les algorithmes ont été entraînés demeure souvent au pack ne sont pas transparents. Donc en fait, nous ne savons pas comment les textes ou les images sont produits, tout ce que nous voyons finalement, c'est un résultat. Et en ce sens, il est très difficile de développer un esprit critique à l'égard de ce résultat puisque nous ne savons pas comment il a été produit. Nous n'avons aucune idée du processus de production. Par ailleurs, il y a beaucoup de l'heure qui sont mis en place pour nous hypnotiser un petit peu. Je donne deux exemples. Le fait que dans les usages grand publics de ces dispositifs, bien souvent, la machine, le logiciel va vous inciter à toujours poser une nouvelle question. Il va vous demander si vous n'avez pas besoin de plus d'informations, si vous n'avez pas besoin de plus de précision. Donc ça, c'est pas que vous avez une intelligence fantasmatique qui s'intéresse à savoir ce que vous pensez ou si vous avez envie de continuer à dialoguer avec elle. Pas du tout, il y a personne derrière ces dispositifs évidemment. Mais par contre, il y a une stratégie de marketing qui consiste à essayer de vous capter le plus longtemps possible pour que vous restiez connecté à un service. Deuxième exemple, très frappant, le fait que ces dispositifs parlent à la première personne du singulier. Il dit "jeun", et évidemment, nous, humains, pauvres humains, quand nous entendons le mot "jeun", nous avons pour habitude de penser qu'il s'agit de quelqu'un qui est capable de faire référence à soi-même, c'est-à-dire qu'il est doté d'une forme de réflexivité. Donc forcément, nous entrons au pommor fison, la machine, nous entrons au pommor fison, le logiciel, nous entrons au pommor fison, le service ou le produit numérique, au point parfois, de nous attacher. Vous savez qu'il y a des phénomènes de dépendance émotionnelle à l'égard de compagnons virtuels, etc. Et tout ça, évidemment, est un grand avantage pour une entreprise privée. Si vous tombez amoureux de son produit, elle va pouvoir vous manipuler d'autant plus. Donc si vous voulez, je pense que ces stratégies-là sont des stratégies qui visent à l'aurer les utilisateurs, alors que nous devrions en fait être en droit de comprendre comment fonctionne ces dispositifs en particulier si nous sommes de plus en plus nombreux à les utiliser au quotidien. Cette question des résultats est aussi très intéressante parce qu'on ne voit pas non plus la part d'incertitude qui inerrente aux suggestions que font ces logiciels. On sait que parfois sur un logiciel, par exemple, de reconnaissance d'image, ce sera jamais un 100% et il y a toujours une part d'incertitude. Et ça, on n'a pas ces résultats. Nous, en tant que utilisateur final, tout ce qu'on voit, c'est la suggestion la plus probable. Mais on sait pas le tout de probabilité. On ne sait pas qu'est ce qu'il avait été mis en comparaison que aurait pu être aussi comme un résultat plausible. Qu'est-ce qu'on peut faire qui ce qui doit être mis en place pour que ça change et qu'on ait justement accès peut-être une meilleure visibilité de ces processus internes de la machine? Parce qu'on peut faire quelque chose d'ailleurs. Oui, tout à fait. Par exemple, vous savez que dans le cadre des réglements européens sur les services numériques, on a imposé la transparence des algorithmes aux algorithmes de recommandations sur les réseaux sociaux. Donc, on pourrait aussi exiger une forme de transparence sur les algorithmes qui nourrissent ces logiciels de générations automatiques. On pourra aussi exiger une transparence sur les jeux de données qui leur sont fournies, puisque après tout, on ne sait même pas sur quelle données ils ont été entraînés. On pourrait aussi, par exemple, s'interroger sur la possibilité pour ces machines d'utiliser la première personne, parce que là encore, le règlement européen sur les services numériques interdit les dark patterns. Vous savez, ces interfaces trompeuses qui sont utilisées pour manipuler les pensées, les comportements des utilisateurs sur les réseaux sociaux et sur d'autres sites. D'ailleurs, on pourrait imaginer que cette usage de la première personne du singulier soit considérée comme un l'heure, comme une technique de manipulation, et on pourrait se demander si on doit l'autoriser ou non. Donc, il y a beaucoup de choses à mon avis que nous pouvons faire ou auxquels nous devons réfléchir du moins pour réguler un petit peu l'usage grand public de ces dispositifs. Et d'autant plus que, comme vous le disiez, ce fonctionnement probabiliste, en fait, il pose aussi d'autres problèmes, puisque il renforce toujours les séquences de signe les plus probable. Comme vous disiez, est-ce qu'il est très improbable? On ne le voit même pas dans les suggestions de la machine. Et donc, les risques d'uniformisation, en fait, des contenus symboliques à la fois textuelle, mais aussi imagées sonore, où ce sont toujours les choses les plus probable, les choses les plus répandues, les opinions majoritaires d'une certaine manière qui sont renforcées. Ça, c'est un risque pour la culture collective, puisque vous savez que la culture évolue, seulement quand il y a des singularités, quand il y a des originalités, quand il y a des écarts par rapport à la norme, c'est ce qui permet de faire évoluer la science, la philosophie. Donc, je pense que là, il y a un certain nombre de risques très importants qu'il faut prendre en charge et au moins, commencer par se poser les bonnes questions. Il y a aussi un phénomène un peu nouveau avec ces intégions scientifiques. C'est al général, c'est qu'ici on avait fait une automatisation des savoirs faire, et aujourd'hui vous dites que tout cette stratégie de en guillemain manipulation, ça permet aussi de masquer l'automatisation des savoirs pensés. Ça veut dire quoi ça? Ça veut dire que je fais un parallèle entre la première et la seconde révolution industrielle, disons, qui ont rendu possible le machinisme industriel, c'est-à-dire l'extériorisation des savoirs faire dans des machines outils, et la division industrielle du travail manuel. Aujourd'hui, nous avons affaire à une nouvelle révolution industrielle, la révolution industrielle numérique, qui implique l'extériorisation des savoirs pensés dans des machines algorithmiques et la division industrielle du travail intellectuel. Donc, qu'est-ce que ça signifie? Ça signifie que nous avons long être tenté de déléguer nos efforts, nos capacités, nos pratiques intellectuelles, dans des machines algorithmiques qui effectuent des calculs statistiques sur des quantités massive de données. Et cela peut donner lieu à un processus de proletarisation, c'est-à-dire de perte de ces capacités, puisque si nous ne les entrer non plus nos capacités intellectuelles, comme la mémoire, l'imagination, la réflexion, la synthèse, etc. Et bien, nous allons tout simplement les perdre. Un petit peu comme si pour vous entraîner à jouer au football, vous envoyez sur le terrain un robot s'entraîner à votre place, vous pouvez être sûr que vous ne serez pas joués à la fin de l'année. Donc là, on est un peu dans cette même situation. Une étude du MIT a été prépublié il y a quelques mois qui montrait que quand nos utilisons ces dispositifs-là, il y a certaines zones cérébrales qui ne sont plus du tout mobilisés, notamment celles qui sont liées aux activités d'intégration du sens et de production du sens. Qu'est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que nos activités symboliques sont en train d'être déléguées à des machines algorithmiques qui, en plus, pour celles qui domine le marché, disons, appartiennent à une poignée d'entreprises privées. Donc, il y a un risque, si vous voulez, de proletarisation, cognitive, linguistique, symbolique et de standardisation des savoir-pensés. Annalon Bère, je reviens sur le titre de votre livre. C'est la bêtise artificielle. Pourquoi ce mot? Pourquoi cette avoir forgé cette idée-là? C'est juste un bon titre ou bien ça va plus loin que ça? Non, pour moi, ça va un peu plus loin que ça. Évidemment, l'idée, si vous voulez, c'était de dire que l'enjeu n'est pas la super intelligence des machines à venir. L'enjeu est la production industrielle de bêtises parmi les sociétés. Pourquoi? Parce que l'usage dominant de ces dispositifs permet de produire toujours, toujours plus de contenu, mais à quoi bon, à quel fin? C'est ça la question qu'il faudrait esposer. C'est la question de la question. sens et de la significience. Nous sommes noyés par des images et des textes produits algorithmiquement à la vitesse de la lumière, mais nous avons beaucoup de mal à retrouver notre chemin dans cet océan de contenu numérique, alors que l'intelligence, si je puis dire, en tout cas le sens, émerge toujours de la sélection des bons contenus, de la pertinence, ce qui nous faut, c'est parvenir à sélectionner des contenus intéressants et pertinents. Qu'il soit généré par des humains ou par des machines, n'est pas la question. Le problème, c'est vraiment l'industrialisation numérique de la culture qui pourrait se révéler très dangereuse à mon avis. Vous avez aussi publié cette même année, puisque vous êtes très prolics, un livre qui s'appelle "Pencer avec Bernard Stigler", qui est un philosophe technocrétique qui a beaucoup écrit sur le sujet de la technique. Qu'est-ce qu'il a à nous apprendre aussi, peut-être vis-à-vis de l'intelligence artificielle? Alors lui, malheureusement, est décédé peu de temps avant la sortie de JPT, mais comment lui, il aurait pu aussi interpréter cette émergence de la machine qui automatise les savoir-penser? Je pense que dans son livre "L'Associété Automatic", Bernard Stigler a beaucoup anticipé ce qui nous arrive aujourd'hui. Il parlait notamment lui d'un cours circuit de ce qu'il appelle les "protensions", c'est-à-dire la capacité à se projeter. Et il soutenait que les algorithmes de recommandation cours circuitent nos potensions. Donc en fait, au lieu de décider par nous-mêmes, nous allons nous appuyer sur les suggestions algorithmiques et nous allons leur déléguer notre faculté de décision. Et bien, je pense que ce qui se passe aujourd'hui avec les liens génératifs, c'est un petit peu la même chose, mais pour les facultés d'expression. C'est-à-dire que, au lieu d'essayer de nous exprimer par nous-mêmes, nous allons déléguer nos capacités expressives à des machines statistiques qui vont s'exprimer à notre place. Donc vous voyez, je pense que Bernard Stigler peut vraiment nous donner les clés et les concepts pour interpréter ce qui nous arrive aujourd'hui. Par ailleurs, je pense que les réflexions de Bernard Stigler sont précieuses, parce qu'il a beaucoup réfléchi à la manière d'adopter ces milieux numériques contemporains. C'est-à-dire qu'il ne se limitait pas à la technocratique, justement. Il proposait des perspectives pour faire en sorte que cette technologie bénéficie au plus grand nombre. Donc il nous en joignait d'une part à envisager un revenu contributif. Donc la rétribution des activités de travail, de la pratique des savoirs, ça, c'est quelque chose qui peut nous inspirer aujourd'hui, on pourrait se demander, "Bah, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas des mécanismes de redistribution des richesses qui sont envisagées?" Puisque on a quelques acteurs privés qui font de l'extractivisme sur la culture collective, puisque toutes ces données avec lesquelles les modèles sont entraînées, ce sont des données que nous nous avons produites. Mais si nous ne renouvelons pas ces activités de production culturelle, si vous voulez, eh bien, ces machines elles-mêmes ne pourront plus fonctionner, parce qu'à force de s'entraîner sur des données automatiquement générées, elles finissent par produire des contenus complètement non-pertinants et indifférents. Donc l'enjeu, c'est de se demander comment redistribuer la richesse dans ce monde-là en valorisant, précisément, les activités de savoir, de savoir faire, de savoir-vive, de savoir penser, qui sont pas automatisables. Parce que ce que vous pouvez faire, c'est les réduire à des procès durs automatiques, algorithmiques, mais vous ne pouvez pas automatiser un savoir, puisqu'un savoir, ça se transmet de génération en génération, ça se pratique et ça se transforme, surtout, ça se renouvel. Or ces machines, précisément, ne renouvelent pas les savoirs, elles les épuies, comme elles épuies, par ailleurs, les ressources naturelles. Ananonbaire pour conclure, ce que je trouve intéressant, en fait, dans ce que vous n'êtes dire, c'est l'idée de repolitiser quelque part la technique. On entend beaucoup cette idée qu'il n'y aurait pas d'alternative, que l'intelligence artificielle telle qu'elle est conçu aujourd'hui, elle est inévitable que la numérisation de nos vies est inévitable que ça a processus, c'est comme ça, il faut faire avec, il faut l'accepter, est-ce que vous êtes d'accord avec ça, et sinon qu'est-ce qu'on peut faire pour lutter contre cette visée un petit peu déterministe de la technique. Alors je ne suis pas du tout d'accord avec ça, bien sûr, effectivement, quand je travaille avec Bernard Stigler, nous travaillons beaucoup sur la notion de technologie airmenutique et contributive. C'est-à-dire des technologies numériques qui sont au service des pratiques d'interprétation, de réflexion, de délibération collective. Alors, on en connaît une, tous, c'est la plateforme Wikipédia, qui est une encyclopédie collaborative sur laquelle chacun peut partager son savoir et surtout, j'insiste, le renouveler. C'est-à-dire qu'on va pouvoir corriger des pages, etc. Les processus sont transparents et donc on peut, si vous voulez, travailler ensemble pour co-construire du savoir tous ensemble. Enfin, tous, n'est jamais tous ensemble. Mais vous voyez ce que je veux dire? C'est complètement impossible du temps du livre ou du temps de la télévision. Ce genre d'encyclopédie collaborative qui permet de faire participer tout un chacun sur les sujets qu'il connaît ou sur lesquels il se sent apte à apporter quelque chose. Ça, c'est la première chose. Vous avez aussi une plateforme délibérative qui s'appelle Polis, P-O-L.I-S, qui permet la délibération collective autour de propositions politiques et qui permet aux individus et aux groupes de faire des propositions eux-mêmes et de tomber d'accord sur des propositions alors même que au départ, ils étaient assignés, disons, à des positions complètement polarisées et qu'il n'était pas du tout d'accord. Donc c'est une plateforme qui permet la délibération et la construction collective de consensus. Donc ce type de plateforme-là, ce sont des plateformes qui ont des usages et des fonctions tout à fait différentes de nos réseaux sociaux actuelles, qui sont fondées sur le modèle de la publicité ciblée ou des yages génératifs qui visent à remplacer la production symbolique. Et puis j'insiste aussi sur la nécessité de transformer ces réseaux sociaux, puisque comme vous savez, les réseaux sociaux sont aujourd'hui devenus une menace pour nos démocratie. Or là encore, il y a des solutions. L'association tourne seul travaille un algorithme de recommandation collaborative qui permet de faire des recommandations sur la base des jugement et des évaluations humaines et non pas sur la base des agendas politiques ou financiers, des entreprises de l'acidicon valley. Nous avons beaucoup insister au conseil national du numérique sur la notion de pluralisme algorithmique, sur la nécessité de pluraliser les algorithmes sur les réseaux sociaux pour mettre en place une nouvelle circulation démocratique de l'information. Donc il y a beaucoup de solutions. Je les explique dans le détail, dans la dernière partie du livre de la Bétise Artificielle. Et je pense que nous devons absolument travailler à ces solutions aujourd'hui, sinon effectivement ce sentiment de fatalité va se répandre très vite. En un point très rapidement, parce que j'ai quand même envie de vous relancer sur ce point. Quand on vous écoute, on se dit, "Mais est-ce que c'est possible dans le système actuel capitaliste aujourd'hui, avec cette propension à mettre la propriété privée en-dessus de tout, d'arriver à cette gestion collective?" Parce que c'est ça que vous proposez finalement. C'est d'avoir une gestion collective des technologies, est-ce que c'est possible aujourd'hui dans un système comme le nôtre? Ce système, il faut le transformer. C'est justement tout l'enjeu. Nous en avons beaucoup parlé avec Géles Giraud dans un précédent ouvrage qui s'entitulait le capital que je ne suis pas. Nous avons essayé de montrer pourquoi ce capitalisme numérique, en fait, il est insoutenable. Il est auto-destructeur. Donc il faut le transformer. Maintenant, évidemment, c'est plus facile à dire qu'à faire. Mais je pense que nous devons œuvrer pour cette transformation et non pas baisser les bras de manière un petit peu lâche et désespérée. Ce sera le mot de la fin, "Anne à l'omber", une dernière question, c'est la question rituelle. Si on en vit de vous suivre sur les réseaux, où est-ce qu'on peut retrouver vos travaux? Alors, vous pouvez retrouver mes travaux académiques sur la plateforme "HAL", "HAL". Vous pouvez me retrouver sur LinkedIn. Et puis, surtout, vous pouvez retrouver mes livres en librérie. Voilà. Merci beaucoup. Voilà qui conclut cet épisode. Si vous avez aimé ce contenu, vous savez ce qu'il vous reste à faire pour nous aider à le faire connaître au plus grand nombre. En attendant, si vous avez des questions ou des remarques, vous pouvez nous écrire à [email protected]. Je vous lis toujours avec grand plaisir. Moi, je vous donne rendez-vous tant de semaines. D'ici là, vous pouvez continuer de nous suivre sur le site du temps et vous pouvez aussi découvrir nos autres podcasts sous la couple "Ebrise Glass".

Podcast Summary

Key Points:

  1. Anne Alonbert critique la notion d’intelligence artificielle comme imposture promotionnelle et idéologique, masquant coûts matériels, énergétiques et travail humain.
  2. Elle dénonce une propagande idéologique qui compare humains et machines, justifiant soumission et remplacement.
  3. L’hypnose technique (interface opaque, usage du « je », incitation à rester connecté) empêche la pensée critique et favorise la manipulation.
  4. L’actualité inclut le lancement de Grokipédia (alternative à Wikipédia par Elon Musk, biaisée et copiant Wikipédia) et le navigateur Atlas d’OpenAI intégrant ChatGPT, avec un accord Microsoft renforçant le contrôle de ce dernier.
  5. Alonbert propose des régulations

Summary:

Dans ce podcast, Greg Warbarbet reçoit la philosophe Anne Alonbert, qui analyse l’actualité de l’IA et son livre *La Bêtise artificielle*. Elle affirme que l’IA est une imposture idéologique : le terme, né en 1956 pour attirer des financements, masque les coûts réels (matériels, énergétiques, travail humain) et l’extractivisme des données. Alonbert dénonce une propagande qui compare humains et machines, justifiant la soumission des travailleurs et l’effacement de notre singularité.

Elle critique aussi l’hypnose technique (interfaces opaques, usage du « je ») qui empêche la pensée critique et favorise la dépendance émotionnelle. L’actualité illustre ces enjeux : Grokipédia, encyclopédie générée par Grok, biaisée et copiant Wikipédia, et le navigateur Atlas d’OpenAI, qui intègre ChatGPT pour automatiser des tâches, accentuant la perte de contrôle des utilisateurs. L’accord Microsoft-OpenAI (27 % des parts, 135 milliards de dollars) renforce le pouvoir des grandes entreprises.

Pour contrer ces dérives, Alonbert propose des régulations : transparence des algorithmes et des données, interdiction des « dark patterns » comme l’usage du « je », et une réflexion politique sur l’impact de ces technologies sur nos esprits et cultures collectives.

FAQs

C'est une notion qui critique la propagande idéologique autour de l'intelligence artificielle, en soulignant que cette expression masque des enjeux matériels, énergétiques et humains, et qu'elle n'a pas de fondement scientifique.

Il s'agit d'un terme promotionnel, non scientifique, apparu en 1956 pour attirer des financements, qui cache des processus comme le coût matériel, l'extraction de données et le travail humain derrière les technologies numériques.

Selon Anne Alombert, cette propagande, inspirée de Georges Canguilhem, fait croire que les machines sont des doubles des humains, nous poussant à accepter d'être remplacés par elles et à nous soumettre à des injonctions de performance.

Ils partagent l'idée que l'intelligence artificielle est inévitable et comparent l'intelligence humaine à celle des machines, alors qu'il faudrait plutôt s'interroger sur comment ces technologies transforment nos esprits et nos sociétés.

C'est une notion de Gilbert Simondon qui décrit comment les interfaces des IA génératives cachent leur fonctionnement interne, empêchant les utilisateurs de développer un esprit critique sur les résultats produits.

Elles utilisent des stratégies comme inciter à poser des questions supplémentaires ou parler à la première personne, ce qui crée une dépendance émotionnelle et avantage les entreprises privées.

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