La pensée de Günther Anders, forgée au XXe siècle – siècle de progrès techniques extrêmes et de crimes de masse –, diagnostique une mutation radicale de la condition humaine. Dans *L'Obsolescence de l'homme* (1956), il introduit le concept de "honte prométhéenne" : l'humain a honte de son imperfection biologique face à la perfection des machines qu'il crée. Cette honte nourrit le désir de s'aligner sur la machine, annonçant le transhumanisme, mais au prix de renoncer à sa nature. Parallèlement, Anders analyse la télévision comme une invention paradoxale qui isole tout en uniformisant. Elle livre le monde à domicile, effaçant la frontière entre public et privé, et transforme le spectateur en "travailleur à domicile" produisant l'"homme de masse" par sa consommation. Cet homme n'est plus une personne unifiée, mais une collection de fonctions dispersées (regarder, écouter, mâcher...), perdant toute intériorité. Ainsi, pour Anders, le progrès technique, en nous poussant à rivaliser avec nos créations et en dissolvant notre unité intérieure, rend l'idée traditionnelle d'humain obsolète.
La vie de Gunter Anders, né en 1902 et mort en 1992, se confonte avec le 20e siècle. Le 20e siècle, c'est le siècle des inventions qui ont changé l'histoire humaine, comme aucun siècle ne l'avait fait précédemment. Au 20e siècle, on était inventé l'avion, la télévision, l'ordinateur, l'électronique, les satellites artificielles, les fusées de laser et, bien sûr, l'internet. Au 20e siècle, les moyens de transport et de communication ont connu un développement sans précédent. Les progrès sanitaires ont quasiment permis de doubler l'aspérance de vie. Mais le 20e siècle fut aussi le plus meurtrier de l'histoire. Les conflits armés, les génocides et les épidémies, ont causé la mort de 100 millions de personnes. Et bien sûr, deux crimes absolus contre l'humanité surplombent le 20e siècle. Les camps d'extermination nazi et la bombe atomique, largué par les Etats-Unis sur les villes d'Irochima et de Nagasaki, en outre 1945. Comment la philosophie peut-elle penser une mutation aussi radicale? Nos concepts traditionnels ne sont-ils pas devenus insuffisants pour comprendre le monde et notre nouvelle condition humaine? C'est pourtant d'à cette tâche que va s'atteler Gunter Anders, dans son livre "L'Obsolet Sense de l'Homme", publié en 1956. Gunter Anders a conscience que l'histoire de son siècle le met au défi d'inventer un nouveau style philosophique. L'Obsolet Sense de l'Homme se présente donc comme un livre hybride qui n'hésite pas à mélanger des réflexions très conceptuelles avec des enquêtes qui se base aussi bien sur des faits d'actualité que sur des observations faites directement dans la vie quotidienne immédiate de Gunter Anders. Le livre commence d'ailleurs par un extrait de son journal intime. Gunter Anders ira compte une anecdote qui lui est arrivé quelques années plus tôt en Californie. Alors qu'il visitait avec un ami une exposition consacrée à de nouvelles inventions techniques, Anders remarquait que son ami avait un comportement étrange. Dès que l'une des machines les plus complexes de l'exposition a commencé à fonctionner, il a baissé les yeux et septus. J'ai été encore plus frappé quand il a caché ses mains derrière son dos, comme s'il avait honte d'avoir introduit ses propres instruments balours, grossiers et obsolettes, dans une hotte société composée d'appareils fonctionnant avec une telle précision et un telle raffinement. Gunter Anders comprend que ce que ressent son ami, c'est de la honte. Mais il s'agit d'une honte nouvelle, qui n'a encore jamais observé jusque-là. La honte d'être un humain imperfect en face de machine parfaite. Son ami a honte de son origine. Il a honte d'être né plutôt que d'avoir été fabriqué. Cette honte Gunter Anders lui donne le nom de honte promettienne. La honte promettienne ce sera le concept fondamental de son livre. Pourquoi promettienne? Cette expression est inspirée de la mythologie grecque, où le petit temps promettait, pourrait des les hommes, leur a donné le feu qu'il avait volé au Dieu. Gunter Anders considère que le progrès technique moderne est similaire au feu volé par prometté. La honte promettienne c'est donc la honte qui s'en part de l'homme devant l'humiliante qualité des choses qu'il a lui-même fabriqué. Avant d'aller plus loin, faisons une objection à Gunter Anders. Pourquoi les humains devraient-il avoir honte de machines qu'ils ont eux-mêmes fabriquées? Ne devraient-il pas plutôt en être fier? Gunter Anders anticipent et réfute cette objection. Ce n'est pas nous qui avons fabriqué ces machines. C'est une toute petite minorité de chercheur, d'inventeur et d'experts. Les autres 99 % de la population ne peuvent ressentir aucune fierté d'avoir fabriqué ces machines. Mais le problème principal n'est pas celui d'une inégalité entre ceux qui conçoivent les machines et ceux qui les utilisent. Le problème principal, c'est que tandis que les machines progressent et deviennent de plus en plus perfectionnées, le corps humain lui n'évolue pas. Les machines d'aujourd'hui sont infiniment plus perfectionnées que celles d'hier. Tandis que notre corps est le même que celui de nos parents, le même que celui de nos ancêtres. Le corps du constructeur de fusée et Christ Gunter Anders ne se distingue pas de celui de l'homme des cavernes. Or, plus le fossé se creuse entre les hommes et les machines, plus l'homme souffre d'un sentiment d'infériorité vis-à-vis de ses instruments, et plus la honte promettienne augmente. C'est d'autant plus compréhensible que notre corps imperfecte devient un handicap qui nous empêche d'utiliser pleinement les machines. Prenons un exemple. L'époque, où Gunter Anders publie son livre, correspond au premier volspacio habité par des humains. Or, si les fusées sont parfaitement capables d'aller dans l'espace, il s'agit pour le corps humain d'une tâche très difficile et très éprouvante. C'est pourquoi dès le début des volspacios, l'entraînement des astronautes comprenait de nombreuses activités physiques très intenses, comme des simulations dans des centrifugeuses, qui imitent les forces gravitationnelles qui se produisent lors des lancements de fusées. Cette exemple montre bien que le corps humain n'est pas naturellement adapté au progrès des machines. Qu'il doit subir un entraînement extrême afin de ne pas être un obstacle à ce que la machine peut facilement réaliser. Face à des machines qui ne cessent de s'améliorer, l'être humain n'a pas le choix. Il est forcé d'aligner son corps sur les machines, jusqu'à faire de son corps une machine. En devenant ce que l'on appellerait aujourd'hui, un homme augmenté. Prenons un autre exemple, si nous décidons de main de faire un voyage sur la planète Mars. Ce ne sont pas les machines qui nous en empêchent, puisque nos machines vont déjà sur Mars. C'est la durée de vie humaine qui rend ce voyage difficile. Donc, pour être à la hauteur de nos machines, il nous faudrait allonger considérablement l'espérance de vie humaine, par exemple à l'aide de prothèses. Donc, vous le voyez dès 1956, dans la honte promettienne, il y a déjà l'attentation du transhumanisme, c'est-à-dire le projet de surmonter nos limites biologiques grâce au progrès technologique. Pour bien comprendre cette idée, prononce un autre exemple dans la mythologie, celui d'Icar. Les ailes d'Icar étaient collés avec de la sire. Mais Icar, grisée par le vol, s'est approché trop près du soleil, et la chaleur a fait fondre la sire, entraînant sa chute. Donc, on pourrait dire que si Icar n'a pas pu voler plus haut, ce n'est pas de sa faute, c'est à cause de la sire qui a fondu. Mais Gunter Anders renverse cette histoire. Aujourd'hui écrit-il, ce n'est pas à la sire de ses ailes que l'on imputrait la chute d'Icar. Mais à Icar lui-même. Si le pouvaient se jeter dans le vide, pour se délester de son propre poids, ses ailes pourraient conquérir le ciel. J'adis, c'était ses ailes qui trahissent à Icar. Aujourd'hui, c'est Icar qui trahissent à Icar. Le progrès technique qui était censé nous assister dans la réalisation de nos désirs, c'est en réalité retourner contre nous, en sac apparent nos désirs. Si nous rêvons d'aller sur Mars, c'est parce que les machines que nous fabriquons peuvent déjà y aller. Ce ne sont donc plus les machines qui nous assistent dans nos désirs humains. Ce sont nous les humains qui devront modifier nos désirs pour les accorder avec ce que les machines peuvent faire. Mais même si nous pouvons essayer grâce à des prothèses de plus en plus performantes de mettre nos corps au diapason des machines, nous ne pouvons pas faire de même avec nos sentiments, nos émotions ou notre esprit. Même si nos corps parvenaient un jour à s'accorder aux besoins des machines, nos âmes resteraient toujours très en retard par rapport à la métamorphose qu'on connu nos produits et donc notre monde. Cependant, la honte promettienne que nous ressentons nous pousse à vouloir désespérément nous synchroniser avec le progrès technique, et ce désir fou nous le payons au prix fort, le prix de notre humanité. En effet, si nous voulons nous adapter à nos machines, nous devons renoncer à ce qui n'est pas machine à l'en nous, c'est-à-dire à notre nature humaine. Et c'est pourquoi l'homme augmentait comme on dit aujourd'hui et d'abord un homme diminué, diminué dans son humanité. De plus, il y a un point sur lequel nous ne pourrons jamais rivaliser avec les machines. C'est qu'elles sont contrairement à nous des produits de série, et le fait d'être des produits de série lérants en quelque sorte immortels. Gunter Anders prend l'exemple tout simple d'une ampoule électrique, bien sûr une ampoule électrique a une durée de vilimité. Mais si on la remplace par une autre ampoule, c'est exactement comme si la nouvelle ampoule prolongait la vie de l'ancienne ampoule qui a grillé. Chaque objet perdu ou cassé et grigounteur Anders continue à exister à travers l'idée qu'il lui sert de modèle. Alors, aucun humain ne peut exister en plusieurs exemplaires. Chaque un de nous est un exemplaire unique et périssable. Mais le fait d'être irenplaçable, qui pouvait já d'ici être perçu comme une chance, comme une dignité humaine, devient, à l'heure de la production en série, un motif de honte en face de produits qui nous sont non seulement supérieurs, mais qui existent en de nombreuses exemplaires. Pour remédir à cette impuissance, les humains vont faire appel à d'autres moyens qui leur donneront l'illusion d'être des produits de série immortels et qui peuvent exister en un nombre infinie d'exemplaires. Et c'est ce qui explique ce que Guntar Anders appelle l'iconomanie. L'iconomanie, c'est le fait de vouloir, de manière obsessionnelle et compulsive, prendre des photos de soi-même. Des 1956, Guntar Anders note que l'iconomanie constitue un phénomène sans précédent dans l'histoire de l'humanité et qu'elle a relégué loin derrière elle toutes les autres passions de nos contemporains. Par la reproduction de son image, l'homme s'inventa une chance de devenir lui aussi un produit de série. Grâce à la photographie, il devient une reproduction de lui-même. Mais cette passion pour la reproduction de soi sous forme d'image ne suffit pas encore à nous transformer en produit de série. La plupart des gens peuvent prendre autant de photos de même qu'ils le souhaitent et ils ne s'imprifent pas, mais cela ne signifie pas pour autant que ces images seront diffusées à des millions d'exemplaires comme le son les produits fabriqués en série. La seule façon de devenir réellement un produit, c'est de devenir une star. En effet, réussir à devenir une star, c'est s'assurer que notre image sera reproduite en un nombre d'exemplaires beaucoup plus grand que le commun des mortels. Et c'est pourquoi nous envions les stars? La couronne que nous leur traissons et crée goutteurs en derce, célèbre leur entrée victorieuse dans la sphère des produits de série que nous reconnaissons comme essentiellement supérieure. C'est parce qu'elle réalise, triomphalement, notre rêve d'être pareil au chose, quels ont réussi à s'intégrer au monde des produits que nous en faisons des divinités. Il n'y a plus aucune différence essentielle entre la star de cinéma disséminé dans des milliers de copies de ces films, et le vernis à ongle répartit pour être vendu dans des milliers de flacons. Et il n'y a rien de plus logique que, dans la publicité, la star et la marchandise de masse se soutiennent et fastaliens. La star en recommandant la marchandise, et la marchandise en accueillant des images de la star sur son emballage, qui se ressemble s'assemblent. La deuxième partie du livre de Gunter en Ders commence par une histoire en fantine. Comme cela ne plaisait pas beaucoup au roi que son fils abandonne les centièbatures, et s'en aille par les chemins de travers se faire par lui-même une opinion sur le monde, il lui offrit une voiture et un cheval. Maintenant, tu n'as plus besoin d'aller à pied, telle fur ses paroles. Maintenant, je t'interdit d'aller à pied, telle était leur sens. Maintenant tu n'es plus capable d'aller à pied, tel fur leur effet. Que signifie cette histoire? Que chaque fois que la technologie nous facilite la vie en faisant quelque chose à notre place, elle nous désapprend à faire cette chose, et donc elle nous interdit de la faire. Inutile de citer des exemples, il suffit de regarder le comportement, que nous avons tous adoptés depuis l'apparition des smartphones. Si bien qu'on pourrait se poser la question, à quoi bon vivre, après tout, les machines le font tellement mieux que nous. Mais à l'époque où Gunter en Ders écrit l'obsolescence de l'homme, le phénomène nouveau qui se généralise et change le monde, c'est la télévision. Gunter en Ders analyse l'invention de la télévision comme un paradoxe. Le paradoxe, c'est que la consommation de masse, qui jusque-là se pratiquait en groupe, par exemple dans des salles de cinéma, devient une activité solitaire. Alors on pourrait dire si c'est une activité solitaire, ce n'est pas une consommation de masse. Mais ce n'est pas si simple. Avec l'avènement de la télévision écrit Gunter en Ders, on a plus besoin d'une masse d'hommes pour fabriquer un homme de masse. L'homme de masse est désormais isolé. L'homme de masse est devenu un ermide. Mais cette ermide existe à des milliards d'exemplaires. Chaque télé spectateur a beau être séparé des autres, seul devant son écran, il vite exactement la même angoisque tous les autres. L'angois de rater quelque chose. Dès les années 1950 et alors que la télévision est encore balbuciante, les analyses de Gunter en Ders permettent déjà de prévoir ce que deviendra, un demi-ciecle plus tard, la principale fonction de la télévision, à savoir l'information en continu. Car seule l'information en continu permet de tenir la promesse faite par la télévision dès son événement. La promesse de ne jamais, jamais manquer la moindre bribe de ce qui se passe dans le monde. Seulement voilà, pour que cette promesse de ne jamais rien manquait de ce qui se passe dans le monde puisse être tenu, il va falloir que la télévision change le monde. Quel transforme le monde lui-même en émission de télévision? Quel transforme le monde en spectacle? Vivre et regarder des images doivent devenir une seule et même activité. Prenons un exemple. Lorsque nous regardons une chaîne d'informations en continu par exemple BFM, les présentateurs ne nous disent pas, nous allons regarder les images de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, ou bien nous allons regarder les images du couronnement du Roi d'Angleterre, ou encore nous allons revoir les images de la manifestation qui a eu lieu aujourd'hui. Il ne parle jamais comme ça, il nous diste au contraire, nous allons vivre la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, ou bien nous allons vivre le couronnement du Roi d'Angleterre, ou encore nous allons revivre la manifestation qui a eu lieu aujourd'hui. Cela montre bien que la télévision cherche à transformer la conception que nous avons de la vie. Vivre ce n'est plus existé, vivre c'est regarder, et regarder c'est vivre. Or comment peut-on vivre une image jusqu'à l'invention de la télévision, le monde nous apparaissait comme extérieure. Le monde commençait dès le moment où l'on sortait de chez soi. Mais à partir des années 1950, c'est le contraire. Le monde commence dès le moment où l'on entre chez soi, et où l'on allume la télévision. Puisqu'on nous fournie le monde et crie Gunter Anders, nous n'avons plus en faire l'expérience. Nous n'avons plus besoin de traverser un monde qui vient désormais jusqu'à nous. Ce que nous appelons, j'adise l'expérience et donc devenu superflu. Nous n'allons plus au devant des événements, on nous les apporte. La télévision inaugure donc un nouveau mode de vie dans lequel le monde nous est livré à domicile. Et si le monde nous est livré à domicile, alors cela veut dire que notre domicile cesse d'être notre domicile. Il cesse d'être un espace privé. Le monde extérieure que nous retransmet la télévision, envahit notre domicile et nous fait perdre toute notion d'intériorité et de vie privée. Il était donc logique à partir du moment où la télévision se répondait dans tous les foyers de prophétiser dès les années 1950 la disparition future de la vie privée à laquelle nous assistons aujourd'hui de façon irrémédiable. De plus, le fait que le monde nous soit livré à domicile sous forme d'image change aussi notre rapport à la marchandise. Avant, nous allions vers la marchandise. Aujourd'hui, c'est la marchandise qui vient vers nous. Aussi était-il possible de prophétiser une mutation du commerce qui s'est traduite par la livraison dans nombre toujours plus considérable de marchandise à notre domicile comme nous le voyons aujourd'hui avec Amazon par exemple. Et à partir du moment où le monde extérieur violé notre domicile et notre foyer, il était même possible de prophétiser l'avènement du télé-travail qui correspond aussi à la destruction du foyer, donc de la cellule familiale, donc de la famille. Et à la disparition de l'individu. Car là, où il n'y a plus de chers soi, c'est aussi le soi qui disparaît. Sans même parler de la disparition de la division du temps, entre temps de travail et temps de repos. C'est sur ce point que Gunter Enders va avancer l'idée la plus audacieuse de son livre. Regardez la télévision écritelle, ce n'est pas se reposé. Regardez la télévision, c'est travailler. C'est travailler à la fabrication d'un produit. Ce produit que nous fabriquons lorsque nous regardons la télévision, c'est l'homme de masse. Devant la télévision, nous travaillons à nous transformer nous-mêmes en homme de masse, à nous transformer nous-mêmes en consommateur. On produit des hommes de masse et écrite Gunter Enders en leur faisant consommer des marchandises de masse. Et cela, partout où la consommation a lieu, devant chaque poste de radio, devant chaque récepteur de télévision. Tout le monde est d'une certaine manière occupée et employée comme travailleur à domicile. Un travailleur à domicile d'un genre pourtant très particulier. Car c'est en consommant la marchandise de masse, c'est-à-dire grâce à ses loisirs, qui l'accomplissent à tâches, qui consistent à se transformer lui-même en homme de masse. Mais comment définir précisément ce qu'est un homme de masse? L'homme de masse c'est l'homme qui n'a plus d'âme, l'homme qui a perdu son unité. L'homme qui ne forme plus en tout, mais qui devient en quelque sorte éclaté, divisé, morcelé. Des cartes écrivées qu'il était impossible de concevoir la moitié d'une âme. Gunter Enders lui répond, aujourd'hui, une âme coupée en deux est un phénomène quotidien. C'est même le trait le plus caractéristique de l'homme contemporain. L'homme qui prend un bain de soleil, par exemple, fait bronze et son dos, pendant que ses yeux parcoursent un magasin, que ses oreilles suivent un match à la radio, et que c'est ma chouare, mastique, un chewing-gum. Cette figure d'omorchestre passif est de paraître ce hyperactif, est un phénomène quotidien et international. Si l'on demandait à cet homme en quoi consiste proprement son occupation, il serait bien en peine de répondre. D'une certaine façon, l'unité de cet homme n'existe plus. Ce qui existe, ce sont seulement des organes qui font chacun une chose qui n'a rien à voir avec ses autres organes. Ces yeux qui s'attardent sur les images du magasin, ces oreilles qui écoutent le match à la radio, sa mâchoire, qui mastique son chewing-gum. Bref, son identité est tellement destructurée que si l'on partait à la recherche de lui-même, on partirait à la recherche d'un objet qui n'existe pas. Il est dispersé en une pluralité de fonction séparée. Voilà pourquoi Gunther Anders intitule son livre l'obsolescence de l'homme. À partir du moment où l'être humain n'est plus une personne, mais une pluralité de fonction qui font chacune dans leur coin quelque chose de totalement indépendant quelque chose qui n'a rien à voir avec ce que font nos autres fonctions, alors la notion du main devient obsolète. Il n'y a plus un être humain qui organise l'ensemble de ses fonctions, qu'il est hiérarchise. Chaque fonction de notre corps fait anarchiquement ce que bon lui semble, sans se soucier de ce que fait le reste du corps. Or, à partir du moment où notre personne ne forme plus un tout cohérent, la notion même de personne devient obsolète. Gunther Anders voulait être plus qu'un philosophe, il voulait être un semeur de panique. Justement la dernière partie de l'obsolescence de l'homme est consacrée à la bombe atomique. Selon Gunther Anders, la bombe atomique nous oblige tous à devenir des philosophes de l'apocalypse. Aujourd'hui, à l'heure où la guerre est au porte de l'Europe et où de grands dirigeants menaces de recourir à l'arme nucléaire, nous devons plus que jamais comprendre ce que Gunther Anders a dit sur cette question. Nous avons dit au début de cette vidéo que la honte promettienne, c'est la honte qui s'emparde l'homme, devant l'humiliente supériorité des choses qu'il a lui-même fabriqué. Et s'il y a bien un fait historique qui démontre combien nous ne sommes pas à la hauteur de la nouvelle puissance que nous détenons, c'est incontestablement la bombe atomique. Gunther Anders s'étonne que les philosophes professionnels évitent généralement de penser ce problème et d'en parler. Pourquoi? Peut-être parce que jusqu'à présent les philosophes n'avaient jamais douté qu'ils continueraient à y avoir une humanité dans le futur. Or, avec la bombe atomique, la philosophie est confrontée à une question vertigineuse. L'humanité va-t-elle continuer à exister? Cette question, selon Gunther Anders, change l'axe autour duquel tourne la philosophie. Désormais, il ne s'agit plus de savoir comment l'humanité doit continuer à vivre, mais de savoir si elle va continuer à vivre. Et cette incertitude change totalement notre rapport à notre propre vie et à notre propre mort. Avant la bombe, nous pouvions arriver à accepter notre mortalité individuelle, parce que nous savions que l'humanité nous survivraient. Certes, nous mourions mais le monde ne mourrait pas avec nous. Depuis la bombe atomique, cette certitude a disparu. Si demain une guerre thermonucléaire est clate, nous mourons peut-être en même temps que tous les autres humains. Mais ce n'est pas seulement notre rapport à la vie et à la mort que la bombe a révolutionné. C'est aussi et surtout notre rapport à la puissance. Dans les temps anciens, nous concevions que la puissance absolue était entre les mains de Dieu et que Dieu détenait cette puissance pour créer. Lâge de la bombe atomique a renversé cette perspective. Désormais, nous constatons que ce n'est plus Dieu qui détiens le pouvoir absolu, c'est l'humanité, et que ce pouvoir absolu n'est plus un pouvoir de créer mais un pouvoir d'anéentir. Voilà pourquoi, selon Gunter Anders, l'histoire humaine est coupée en deux, avant et après la bombe atomique. Les hommes qui vécurent avant la bombe avaient encore la liberté de penser comme des hommes. La bombe nous a hauté cette liberté en faisant de nous des titans qui peuvent s'autoanéentir. Cette menace concentre toute l'inquiétude et toute la problématique du livre l'obsolescence de l'homme. On pourrait résumer cette problématique en une phrase. Avec la bombe atomique, ce n'est plus la fin qui justifie les moyens, ce sont les moyens qui justifie la fin. Gunter Anders écrit que cette formule est le mot d'ordre secret de notre époque. Ce n'est plus la fin qui justifie les moyens, ce sont les moyens qui justifie la fin. Qu'est-ce que Gunter Anders entend par là? Il veut dire que si nous avons les moyens techniques de détruire le monde, alors ces moyens techniques justifie que nous détruisons le monde. Le fait d'être parvenu à un tel niveau technique nous donne l'illusion que nous aurions le droit de nous servir de ce moyen technique d'anéentissement. Autrement dit, si j'ai la bombe, alors il n'y a pas de raison pour que je ne l'utilise pas. Le simple fait de l'avoir justifie que je puisse l'utiliser, et c'est exactement ce qu'on fait les Etats-Unis en outre 1945 à Hiroshima et à Nagasaki. Ils avaient les moyens de détruire ces villes et leurs populations, dès lors, il était impensable qu'il ne l'utilise pas. Les moyens ont justifié la fin. Jusqu'à présent, quand on employait l'expression la fin justifie les moyens, c'était surtout pour condamner ce principe. Il est immoral que la fin justifie les moyens. C'est immoral, mais pourtant c'est humain, c'est même banal. Alors que la nouvelle formule, les moyens justifié la fin, n'est pas seulement une formule immoral, c'est d'abord une formule inhumaine, une formule qui veut dire si j'ai les moyens techniques de faire quelque chose, peu importe cette chose, alors je dois la faire. Je le doise à la technique. Je le doise comme un sacrifice à la technique. Ce n'est plus m'amoral d'humain qui fondent mes actes, c'est ma dette envers le progrès technique. Et dès lors, ce n'est plus à mon humanité que je me réfère pour légitimer ou non mes actes, c'est au possibilité technique. Lorsque l'on atteint ce seuil, il n'y a plus vraiment lieu de parler d'humanité. L'humanité est devenu une valeur perimée, obsolette. Et c'est cela, la démonstration la plus irréfutable de l'obsolessence de l'homme. Parole de philosophes.
Podcast Summary
Key Points:
Le XXe siècle, marqué par des progrès techniques sans précédent et des atrocités massives, a radicalement transformé la condition humaine.
Günther Anders, dans *L'Obsolescence de l'homme* (1956), analyse la "honte prométhéenne" : la honte de l'humain imparfait face à ses machines parfaites, qui conduit à vouloir s'y adapter au prix de son humanité.
La télévision et la consommation de masse produisent un "homme de masse" désintégré, dont l'identité éclatée et la vie privée disparaissent, rendant la notion même d'individu obsolète.
Summary:
La pensée de Günther Anders, forgée au XXe siècle – siècle de progrès techniques extrêmes et de crimes de masse –, diagnostique une mutation radicale de la condition humaine. Dans *L'Obsolescence de l'homme* (1956), il introduit le concept de "honte prométhéenne" : l'humain a honte de son imperfection biologique face à la perfection des machines qu'il crée. Cette honte nourrit le désir de s'aligner sur la machine, annonçant le transhumanisme, mais au prix de renoncer à sa nature.
Parallèlement, Anders analyse la télévision comme une invention paradoxale qui isole tout en uniformisant. Elle livre le monde à domicile, effaçant la frontière entre public et privé, et transforme le spectateur en "travailleur à domicile" produisant l'"homme de masse" par sa consommation. ), perdant toute intériorité.
Ainsi, pour Anders, le progrès technique, en nous poussant à rivaliser avec nos créations et en dissolvant notre unité intérieure, rend l'idée traditionnelle d'humain obsolète.
FAQs
La honte prométhéenne est un sentiment nouveau où l'humain a honte de son imperfection face à la perfection des machines qu'il a créées. Elle naît du fossé croissant entre le corps humain, qui n'évolue pas, et les machines, de plus en plus sophistiquées.
Dès 1956, Anders voit dans la honte prométhéenne l'anticipation du transhumanisme. Pour rivaliser avec les machines, l'humain est poussé à surmonter ses limites biologiques, par exemple en allongeant son espérance de vie via des prothèses, au risque de diminuer son humanité.
La télévision fait entrer le monde extérieur dans le domicile, effaçant la frontière entre vie privée et publique. Elle transforme l'expérience de vivre en simple acte de regarder, rendant superflue l'expérience directe du monde.
L'iconomanie est le désir obsessionnel de se photographier pour se reproduire à l'image des produits de série. Elle reflète l'envie de devenir, comme une star, un objet reproductible à l'infini, comblant ainsi un sentiment d'infériorité face aux machines immortelles.
Regarder la télévision est un travail car il s'agit de produire l''homme de masse'. En consommant des marchandises de masse devant l'écran, l'individu se transforme lui-même en consommateur standardisé, accomplissant une tâche qui dissout son unité intérieure.
L'homme de masse est un individu éclaté, dont les fonctions (regarder, écouter, mâcher) agissent de manière indépendante, sans unité. Cette fragmentation rend la notion traditionnelle de personne humaine obsolète, car il n'existe plus d'être unifié, mais un agrégat de parties dispersées.
Chat with AI
Loading...
Pro features
Go deeper with this episode
Unlock creator-grade tools that turn any transcript into show notes and subtitle files.