Speaker 1Salut à toi et bienvenue dans Le Confessionnal, le podcast diabolique de Vadé Retro. Au sein du Confessionnal, on parle marketing du livre, stratégie réseau sociaux et marque-auteurs sans bullshit. Salut à toi et bienvenue dans ce tout nouvel épisode du Confessionnal de Vadé Retro. Et cette semaine, on va parler de présence sur les réseaux sociaux. Tu l'as peut-être vu cette semaine si tu t'es baladé sur Instagram, une maison d'édition a pris la sauce parce qu'elle a clairement pris position sur la nécessité ou non, pour un auteur ou une autrice, d'être sur les réseaux sociaux pour se faire éditer chez elle. Je ne vais pas citer la maison puisque, comme d'habitude, je ne suis pas là pour relancer des polémiques et citer explicitement les gens. Je pense que vous voyez tous de qui je parle. La slide en question disait « Voici les cinq choses qui me font décrocher avant même de lire votre texte. » Et la première chose que la maison a citée, c'était « Pas de présence sur les réseaux. » « Une autre époque, une auteur qui ne bouge pas sur les réseaux, c'est un signal. » « Pas besoin de 10 000 abonnés, après je ne dis pas non bien sûr, mais un compte actif, une communauté qui se construit, ça montre que vous avez envie de vous investir dans votre carrière. » « Publier un livre, c'est du travail à deux et j'ai besoin de sentir que vous êtes partante pour la route. » Alors, on va décrypter ça ensemble parce que je trouve que ce débat est super intéressant. Il a enflammé les réseaux et, plutôt que de réagir à chaud, j'ai choisi vraiment de décortiquer le sujet sous plusieurs angles que je vais détailler dans l'épisode. Est-ce que c'est beaucoup plus complexe que ça en a l'air ? Avant de rentrer dans le détail, je te rappelle de bien penser à t'abonner au Confessionnel pour ne pas rater les prochains épisodes et à t'abonner également au Grimoire, la newsletter de Vade Retro. Je t'ai mis le lien en description. Prevenons à notre épisode. Aujourd'hui, la question à laquelle on va essayer de répondre, et cette question-là, je trouve qu'elle est quand même assez centrale dans le monde du livre en ce moment, surtout quand on voit comment le marché évolue, c'est « Est-ce qu'une présence sur les réseaux sociaux est devenue obligatoire pour être éditée ? » de répondre à cette question. Je t'avoue que moi, intuitivement, si je ne réfléchissais pas, j'aurais répondu oui. Ça ne t'étonne pas, je pense, je suis dans le marketing, je sais à quel point c'est important. Et vraiment, pour moi, intuitivement, je m'étais dit « Mais si j'étais une maison d'édition, demain je monte une maison qui s'appelle Vade Retro Édition, je dois éditer des auteurs, comment je sélectionne ? Est-ce que la présence sur les réseaux, ça devient un critère éliminatoire ? » Franchement, je ne vais pas vous mentir, c'est un truc que je vais regarder. Mais je me suis dit que j'allais quand même creuser un peu plus loin, parce que c'est vrai qu'il y a des très bons arguments sur les réseaux quand on regarde un petit peu ce que les auteurs ont souligné. Et je me suis dit que finalement, je n'avais peut-être pas non plus la vision complète du sujet, donc j'ai pris le temps de me poser dessus et c'est mes conclusions que je vais te donner aujourd'hui. Une des premières choses qui est ressortie chez les auteurs et les autrices, c'est que, en fait, non, communiquer sur le roman, c'est le job de l'éditeur. Et je pense que ce premier point, déjà, il mérite d'être questionné et d'être regardé sous différents angles. Clairement, historiquement, c'est en effet le job de l'éditeur. L'auteur, son rôle, c'est d'écrire un roman, de l'envoyer à l'éditeur, et c'est l'éditeur derrière qui gère sa mise sur le marché. Sa mise sur le marché inclut notamment la communication. Donc, la communication autour du livre, historiquement, ce n'est pas le job de l'auteur ou de l'autrice. Ça n'en fait pas partie. Il y a un autre argument qui a été avancé aussi, c'est que, en fait, souvent, les auteurs, ils ne sont pas à temps plein sur le métier. Ils ont un job à côté, un CDI, et ils n'ont pas le temps d'animer leurs réseaux sociaux. Ils ont déjà à peine le temps d'écrire des livres. Ils n'ont pas forcément le temps non plus d'animer des réseaux sociaux. Et le dernier point qui a vraiment déchaîné les passions, c'est surtout celui de la rémunération. Le point, et il est très juste, c'était de dire, en fait, vu ce que touche un auteur sur son propre livre, je crois que c'est l'équivalent à peu près d'un euro cinquante sur un livre imprimé, donc un café en gros, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il fasse la communication lui-même non plus. Merci, au revoir. Je trouve que c'est quand même assez limité comme manière de voir les choses. Le fait que ce ne soit pas le job de l'auteur, que l'auteur, son rôle, ce soit juste finalement d'écrire le livre et quelque part de plus en occuper, je trouve que ça, déjà, ça mérite d'être challengé et on va y revenir dans l'épisode. Parce que ma vision, c'est que le marché aujourd'hui a tellement évolué que ce postulat-là n'est plus valable. Le deuxième point, c'est qu'un auteur qui n'a pas le temps de faire sa communication parce que ce n'est pas son job principal, pour moi, ce n'est pas forcément la préoccupation de la maison d'édition, en fait. J'ai envie de te dire, si vraiment je suis une mauvaise foi et que je me fais l'avocat du diable, que ce n'est pas forcément le problème de la maison si tu n'as pas le temps de faire la com sur ton propre livre, en fait. Et je comprends le point de vue qui consiste à dire, attends, si tu n'as même pas le temps toi-même de parler de ton propre roman, comment veux-tu finalement que les lecteurs aient envie de l'acheter ? Et je pense que c'est vraiment une question qu'il faut que vous vous posiez, parce que je sais qu'on râle tous en disant les réseaux sociaux, ça prend du temps, communiquer, ça prend du temps. Je ne vais pas vous mentir, c'est vrai. Mais est-ce qu'on peut considérer que l'auteur peut se dédouaner complètement de la communication sur son livre ? Franchement, je ne suis pas sûre. Et j'avoue qu'extérieurement, moi, je ne comprends pas qu'un auteur ou une autrice qui a écrit un roman ne prenne jamais le temps de communiquer dessus. C'est-à-dire que tu as écrit un livre et tu n'en parles jamais, tu ne fais pas la démarche de le mettre en avant. Pour moi, en 2026, ce n'est plus possible. On va y revenir. Je ferme la parenthèse ici. Le dernier point, je ne suis pas payée pour ça. Ça, clairement, on est d'accord. Aujourd'hui, la rémunération des auteurs, elle est vraiment insuffisante par rapport à tout ce qu'on leur demande de faire de plus en plus. Et ça, c'est un point qu'il faut revoir. Je vais en parler en dernière partie d'épisode. Donc, ce que j'ai fait pour creuser un petit peu tout ça, c'est que j'ai regardé les chiffres. Parce qu'en fait, moi, ma vision, clairement, je te la donne tout de suite, c'est qu'aujourd'hui, il n'est plus possible pour un auteur ou une autrice que tu sois en maison. Et encore plus si tu es auteur ou autrice indépendante, il n'est plus possible de faire l'impasse sur la communication. C'est ma vision. Si tu veux percer, il faut que tu mettes la main à la pâte. Mais je me suis dit que comme il y a des réfractaires et certains qui ne vont pas être d'accord avec moi et c'est votre droit, je suis quand même allée chercher quelques chiffres pour appuyer un peu mon propos et voir finalement ce marché, notre marché du livre en France, il en est où. Parce qu'on entend partout que le marché est saturé, on voit qu'il y a des maisons qui ferment. Donc, j'ai voulu mettre quelques chiffres derrière pour étayer un peu mon propos, mais surtout aussi pour avoir une vision un peu plus précise du contexte dans lequel on évolue. Et vous allez voir que c'est intéressant. Moi, ma vision, comme je te l'ai dit, c'est que c'est plus possible de faire l'impasse sur la com parce qu'en fait, ça revient à méconnaître la réalité du métier et du secteur aujourd'hui. On voit qu'il y a des maisons qui ferment et on voit que de plus en plus, les petites structures ont du mal à s'en sortir, ont du mal à être visibles, ont du mal à vendre. Donc, en fait, pour moi, c'est plus possible de dire c'est à la maison de porter tout ça. Les chiffres que j'ai trouvés, que je trouve intéressants, c'est que déjà, le marché est en train de se concentrer de manière assez flagrante. En 2024, les quatre plus grosses maisons d'édition faisaient 55% du marché et les douze premières, 87%. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si tu prends les plus grosses maisons d'édition, elles seules, elles font 87% des ventes. Ça veut dire que toutes les petites maisons d'édition indépendantes qui ne sont pas parmi les douze premières, en gros, en dessous, c'est un bain de sang. Ça veut dire qu'elles doivent se marcher les unes sur les autres pour être visibles, pour avoir des places, pour avoir du temps d'attention. C'est la guerre, en fait. Et en l'occurrence, il me semble que la maison dont on parle depuis tout à l'heure, elle ne fait pas partie des douze premières. Donc, on peut tout à fait comprendre qu'une petite structure demande à ses auteurs et à ses autrices de mettre la main à la pâte. C'est un mécanisme qui se comprend. Et cette tendance de concentration du marché, elle va à la hausse. Ce que j'ai trouvé, c'est qu'en 2025, donc toutes les données que je te donne, c'est des choses qui sont basées sur actualité. Je te mettrai les liens dans la description de l'épisode. Actualité, GFK, le syndicat du marché du livre, le ministère de la culture. Donc, ce n'est pas des chiffres que j'invente. La concentration des maisons d'édition, c'est une tendance qui se poursuit puisque les gros représentaient 2,1% de plus en 2025. Donc, en gros, plus tu es une grosse maison, plus tu vends, plus tu es visible. Et les petites maisons en dessous, finalement, leur part du gâteau, elle diminue. Donc ça, c'est un fait. C'est chiffré. Ce qu'on remarque aussi, c'est qu'il y a la même tendance du côté des titres qui sont sortis. Si tu prends le top 10 des titres les plus vendus en France, ça représente 3% des ventes en 2025 contre 1% en 2024. Ça veut dire que les gens vont acheter des titres qui sont connus. Ça, c'est une tendance qu'on remarque sur tous les marchés. Je regardais un décryptage très intéressant de Gaëlle Garcia Diaz sur le marché de la cosmétique, où elle décrypte en gros son marché, les marques qui ont échoué, qui ont disparu. Elle explique pourquoi. Et en fait, ce qu'on remarque, c'est que les gens sont prêts à mettre de l'argent dans les choses. Quand ils vont faire beaucoup plus attention sur où ils mettent leur argent, est-ce que ça vaut le coup ? Et ils ont beaucoup plus besoin de se rassurer sur leurs dépenses. Typiquement, ça se remarque quand on regarde les ventes. On voit que les 10 livres les plus vendus en France, eux seuls, ils représentent 3% des ventes. Et on a le livre de Frida McFadden qui représentait à lui seul 1,9 million de ventes en France. Ce titre-là s'est tellement vendu que s'il n'avait pas été là, le marché aurait été en déclin. Pour vous dire, Astérix et Frida McFadden, à eux seuls, ont tiré le marché du livre en 2024. Donc, ce qu'on peut retenir de ce chiffre-là, c'est que les gens sont de plus en plus frileux quand il s'agit de mettre son argent dans des titres d'auteurs ou d'autrices qu'ils ne connaissent pas. Si tu n'es pas connu, si tu n'appartiens pas à une grosse maison, tu vas devoir faire un travail de construction d'audience. Et de création de confiance qui va être essentiel pour vendre tes livres. C'est les chiffres qui le disent, c'est le marché qui est comme ça. Et quand tu vois que l'essence est à 2,50 euros, très honnêtement, ça se comprend. Les gens qui achètent un livre, ils veulent être sûrs qu'ils vont en avoir pour leur argent, qu'ils vont passer un bon moment et qu'ils ne jettent pas leur argent par les fenêtres. Et ça, c'est une variable cognitive qu'il faut absolument que tu aies en tête. Les gens n'achètent plus au pif. Soit ils vont acheter parce que le livre est beau et ça, ils l'ont sous les yeux et ils savent qu'au pire, ça leur servira de décoration. Soit ils achètent parce que le livre, c'est un best-seller et ils se disent au moins si c'est un best-seller, il y a de grandes chances que ça me plaise, je vais sur une valeur sûre. Ou alors ils achètent parce que le livre, c'est un best-seller et ils se disent au moins si c'est parce qu'ils connaissent l'auteur ou la maison et que le lien de confiance, il est là. Ça se voit même au niveau du comportement des maisons d'édition. Il y a un autre chiffre que je trouve super intéressant que j'ai trouvé dans mes recherches. Depuis 2019, le nombre de nouveautés, donc le nombre de nouveaux titres qui sortent en maisons d'édition a baissé de 20%. Par contre, les réimpressions, elles, ont augmenté de 13%. C'est exactement la même mécanique, en fait. Les éditeurs se dirigent vers des titres qui fonctionnent déjà, pour lesquels il y a un public et sur lesquels ils savent qu'ils vont pouvoir générer des ventes. Ils prennent de moins en moins de risques parce que les risques, ça coûte très cher. Donc, pour moi, aujourd'hui, dire la communication pour faire connaître le livre et animer, finalement, la vie du livre, dire tout ça, c'est le rôle de la maison, pour moi, c'est plus tenable. C'est plus tenable parce que, déjà, tu considères qu'en gros, la maison toute seule peut encore s'en sortir et, on l'a vu, ce n'est plus le cas. Factuellement, ce n'est plus le cas. On se rend bien compte que le marché, aujourd'hui, n'est plus capable de porter, d'accueillir tout seul des nouveaux titres comme ça et que l'auteur, en gros, n'est plus qu'à se contenter d'écrire son livre et, finalement, se dire la maison s'occupe du reste. Ça, c'est encore valable si tu as la chance d'être résité dans une des douze premières maisons d'édition dont on a parlé tout à l'heure. Si tu es parmi les douze plus grosses, on peut considérer, vu qu'elles ont 87% du marché, on peut considérer que ces maisons-là, elles ont les moyens de porter ton livre toute seule. Mais pour moi, si tu es chez une petite maison d'édition, il faut être réaliste quant à la situation du marché et aux capacités réelles de ta maison à porter ton roman. Ce n'est même pas une question de « je ne suis pas payée pour ça, ce n'est pas le rôle de l'auteur », c'est qu'en fait, factuellement, la maison ne peut pas s'en sortir toute seule. Le marché fait que ce n'est plus possible, en fait. Et c'est pour ça qu'à mon sens, aujourd'hui, dire « c'est le rôle de la maison de porter le livre tout seul, ce n'est pas le rôle de l'auteur », moi, ça, je n'y crois pas. Pour moi, c'est plus tenable. Le marché, il évolue. Les pratiques aussi, elles doivent évoluer. Attention, elles doivent évoluer à tous les niveaux, y compris pour moi, la rémunération va y venir. Mais c'est plus tenable aujourd'hui de juste dire « ce n'est pas mon job, en fait. Je ne m'en occupe pas, ce n'est pas mon job ». Donc, comment est-ce qu'on se sort de cette situation, finalement ? Parce que peut-être que toi, aujourd'hui, en effet, tu préfères écrire et tu considères que tu ne sais pas et que tu n'as pas envie de communiquer sur ton livre. Donc, comment est-ce qu'on se sort un peu de ce cul-de-sac si toi, tu as envie d'être édité en maison, que la maison, elle est petite et que tu veux que ton livre se vende quand même ? Eh bien, pour moi, déjà, il faut se rappeler d'une chose et elle est, je pense, essentielle en ce moment où on se rend bien compte que les lecteurs sont de plus en plus frileux. C'est que pour moi, l'objectif numéro un, c'est la confiance. Les lecteurs, ils sont frileux parce que la vie coûte de plus en plus cher. Ils font de plus en plus attention à où est-ce qu'ils mettent leur argent et est-ce que ça va leur apporter vraiment une expérience, quelque chose dont ils vont se souvenir du plaisir, de la dopamine. Comment, finalement, est-ce qu'on génère ça chez un lecteur et on lui assure qu'il va en avoir pour son argent ? On voit d'ailleurs que le marché raffole, des collectors, etc. Les gens achètent compulsivement en salon. Mais parce qu'en fait, il y a vraiment cette notion de je me fais plaisir et j'achète quelque chose qui vaut le coup. Et ce qui vaut le coup, eh bien, pour moi, ça passe par la confiance. Quand tu achètes un collector, le collector, tu l'as sous les yeux. Tu vois les dorures, tu vois le jaspage, tu ressens le prestige et l'image que tu vas pouvoir acheter quand tu achètes le livre. Si jamais tu sors un petit peu des collectors et tout, quand tu vas te retrouver avec un relier d'un auteur que tu ne connais pas, en fait, le choix, il est plus difficile à faire. Le risque, il est plus grand parce que tu ne connais pas l'auteur, tu ne sais pas si l'histoire va te plaire et donc, tu hésites potentiellement. Et ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que la maison toute seule ne peut pas construire, à mon sens, la confiance autour d'un livre. Ça va passer de plus en plus par les auteurs en eux-mêmes. N'oubliez pas que vous êtes les meilleures personnes pour promouvoir vos livres. Personne ne peut incarner votre livre mieux que vous. J'en suis persuadée. Même si vous êtes timide, même si vous pensez que vous êtes trop différent, les gens ont besoin de connecter avec des gens. Ils ont besoin de connecter avec les personnes qui ont écrit le livre. Ils ont besoin de comprendre pourquoi vous avez mis telle ou telle émotion dedans. Et ça, ça passe par vous, en fait. Et dans un milieu où les lecteurs se posent beaucoup de questions, hésitent beaucoup et ont tendance à se rabattre sur des best-sellers parce que, justement, ils savent qu'ils vont en avoir pour leur argent, la différence, c'est vous. C'est vous qui allez aller voir les gens dans des salons, qui allez leur faire des sourires, qui allez échanger avec eux sur les réseaux sociaux, répondre à leurs DM, créer du lien dans vos newsletters. Ça passe par vous. Et aujourd'hui, sur un marché comme ça, qui est de plus en plus volatile, de plus en plus disparate, finalement, je pense qu'on oublie un peu trop ça. Les réseaux sociaux, c'est pas juste être derrière un écran. C'est aussi connecter avec des gens, faire passer des émotions, échanger des messages. Et les gens sont en demande de ça. Ils ont besoin de vous sentir derrière le livre. On ne peut plus, en 2026, en tant qu'auteur ou en tant qu'autrice, que vous soyez en maison ou indépendant. Même si vous êtes en maison, c'est plus possible de penser que la maison peut vendre votre livre tout seul, sans passer par vous. Les gens ont aussi besoin que vous incarniez votre communication. Après, tu vas me dire « Lucie, t'es gentille. Toi, c'est ton métier. Moi, ça l'est pas, en fait. Moi, je ne sais pas faire de la communication, poster, etc. » En fait, je pense qu'il faut considérer, à partir d'aujourd'hui, que les réseaux sociaux et la communication, ça fait partie intégrante de ton métier d'auteur. Et qu'est-ce qu'on fait quand on ne sait pas faire quelque chose, mais qu'on sait qu'on en a besoin pour son métier ? Oui, on se forme. On se forme aux réseaux sociaux. Ou alors, tu sous-traites. Si vraiment, tu n'as pas envie de gérer tes réseaux sociaux, il y a plein de community managers qui se lancent. Ça reste quand même plutôt abordable, en termes de tarifs. Surtout si tu ne postes pas beaucoup et que tu fais par exemple deux postes par semaine. Tu peux trouver quelqu'un qui va faire tes posts tout seul avec des photos de toi, etc. Ça reste gérable. Il faut vraiment dédiaboliser un peu ce sujet-là. Arrêtez de voir ça comme le mal absolu. Les réseaux sociaux, ça s'apprend. Vous avez le droit de faire des erreurs. Et au contraire, les gens vont connecter avec vous parce que vous êtes des êtres humains, vous avez des failles. Mais vraiment, à mon sens, c'est important de se former aux réseaux sociaux et de gérer son propre compte parce que ça fait partie intégrante aujourd'hui du métier. Et que comme ça, tu restes aussi en maîtrise de ton image et de ta carrière. Même si tu es en maison, tu ne peux pas. Laisse ton image de marque dépendre de la maison d'édition. Ce n'est pas possible. Il faut accepter que la communication et la représentation, ça fait partie du job, en fait. Et que les lecteurs en ont besoin. Et ça, on l'oublie un peu trop. Mais les lecteurs, ils ont besoin de vous voir, de discuter avec vous, de vous envoyer des messages, d'avoir des réponses. Je crois que vous oubliez à quel point c'est hyper valorisant quand on a adoré un livre, quand on a adoré une œuvre, d'avoir des réponses en direct. Imagine, tu écris à ton chanteur ou ta chanteuse préférée, tu le tags dans un poste ou j'en sais rien, tu lui envoies un DM et la personne te répond. Je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point c'est important, à quel point c'est valorisant, à quel point c'est précieux. Et ça me rappelle cette phrase qu'on avait dit un jour à la reine Élisabeth II, elle en avait parlé, je crois que c'était son père qui lui avait dit ça, qui lui avait dit, tu croiseras beaucoup de monde dans ta vie, tu ne te rappelleras pas tout le monde, mais chaque personne que tu vas croiser, elle, elle se rappellera du moment qu'elle a passé avec toi. Et donc, il faut que chaque interaction, elle soit précieuse, elle soit sincère et tu sois vraiment présente avec la personne avec qui tu vas interagir. Et bien, en fait, vous, c'est pareil. Ne sous-estimez pas la relation et l'intensité du lien que ça crée quand vous pouvez échanger en direct avec les gens qui vous lisent. Bref, je referme la parenthèse. Autre point qu'on oublie aussi, c'est que quand tu as tes propres réseaux sociaux, ta communauté, elle t'appartient à toi. Et ça, dans un monde et dans un marché où les maisons d'édition indépendantes ont quand même plus ou moins tendance à fermer, à la voler en ce moment et plus ou moins du jour au lendemain, je pense très honnêtement que c'est un critère qu'il ne faut pas sous-estimer. Avoir ses propres réseaux sociaux, au-delà en effet du temps que ça prend et de l'énergie que ça prend, encore une fois, je ne sous-estime pas ça, mais il ne faut pas oublier que ça, c'est un actif qui t'appartient. Non seulement qui t'appartient, et en plus qui se valorise. Parce que si tu te dis « Bah non, c'est la maison qui fait la com' sur mon livre, de toute façon, moi, c'est pas mon job », et bien le jour où la maison, elle ferme, je suis désolée, tu l'as dans le cul. Alors que si tu as tes réseaux, tu restes quand même en lien avec tes lecteurs, tu peux continuer à communiquer avec eux, à les tenir au courant d'où est-ce qu'ils peuvent acheter le livre, tu vas les tenir informés quand tu vas le rééditer ailleurs ou quand tu vas rattraper tes droits pour repasser en indépendant par exemple, ta communauté, elle t'appartient. Donc, c'est plus possible, encore une fois, en 2026, de tout faire dépendre d'une maison d'édition, surtout quand on voit comment ça se passe sur le marché. Ta maison, elle peut fermer du jour au lendemain. Et même des maisons de taille moyenne qui étaient installées depuis des années, une quinzaine d'années, comme le Héron, la Céaltère Réale, la semaine dernière, qui a annoncé sa fermeture, en fait, c'est plus possible de faire l'impasse dessus. Tu dois reprendre la main sur ta communauté, sur ta carrière et sur ta base de clients. C'est pour ça que je vous dis de faire des newsletters et que je vous casse les pieds avec ça. C'est pour ça que je vous dis qu'il faut avoir des comptes d'auteurs. Je ne vous demande pas de poster 5 fois par semaine, de m'envoyer une newsletter toutes les semaines, ce n'est pas ça que je vous demande. Ce que je vous demande, c'est de reprendre le pouvoir sur votre image et sur votre communication et de ne pas dépendre d'un tiers qui soit n'a pas forcément les moyens de bien faire le job, soit peut disparaître du jour au lendemain et donc, finalement, s'évanouir avec toute votre image, toute votre base client et toute votre crédibilité. C'est essentiel de l'avoir en tête, ça, parce que le marché aujourd'hui, il a tellement évolué qu'on ne peut plus faire sans. Un dernier point que je trouve intéressant et je trouve que, finalement, on l'oublie trop, c'est que ce qui va faire la différence, c'est la relation de long terme que vous allez entretenir avec les gens. Au début, on est moins connus, mais par contre, ce qui compte, c'est la relation que vous allez construire d'années en années avec vos lecteurs, des gens qui vont revenir vous voir en salon, des gens qui vont vous écrire à chaque fois qu'ils ont lu un de vos livres. Je prends un exemple que j'ai vu, une fois de plus, passer sur les réseaux cette semaine. Le chanteur Youngblood, que vous connaissez peut-être, qui est un chanteur anglais de rock un peu alternatif, ce mec-là, il a un lien avec sa communauté qui est absolument incroyable. Le mec ne rentre dans aucune case, les médias ne savent pas où le mettre, mais par contre, il a tout construit en partant de zéro avec sa communauté. Aujourd'hui, il est rempli des stades entiers, mais parce qu'il a tout construit avec ses fans, en fait. Par contre, le lien qu'il a aujourd'hui avec ses fans, il est indéfectible. Et il est d'ailleurs reconnu pour ça, pour la proximité qu'il a avec ses fans. Et on sous-estime à quel point les gens ont besoin de ce sentiment d'appartenance. Et en fait, finalement, laisser la maison d'édition gérer la communication autour de son livre, c'est aussi lui laisser la main sur votre communauté, alors que votre communauté, c'est votre actif le plus précieux, humainement déjà, parce que c'est ce qui va vous porter dans votre travail, mais aussi financièrement, parce qu'une communauté, c'est ça finalement qui va vous faire rentrer des sous, parce que c'est potentiellement une communauté engagée. Bien évidemment, je ne parle pas d'avoir 15 000 personnes, c'est aucun qui suit votre travail, on est bien d'accord, mais votre communauté, le lien sincère, de confiance que vous allez créer avec les gens, c'est ça qui va tenir votre carrière, en fait. C'est des gens qui vont être là, même si tel livre, il est un petit peu moins bon, c'est un lien qui va durer dans le temps, c'est la proximité humaine que vous allez avoir avec les gens. On parle de réseaux sociaux, mais en fait, on en revient toujours à ça. Avoir des réseaux sociaux, c'est garder du lien avec ces gens-là, de la manière que si vous avez une newsletter, vous restez en contact avec eux. Et c'est pour ça que je pense qu'on se trompe un petit peu de sujet quand on dit que ce n'est pas le rôle des auteurs d'animer leurs réseaux sociaux. Ce n'est même pas une question de ce n'est pas mon métier, c'est à quel point c'est devenu essentiel en 2026 pour préserver ta carrière et pour construire ta carrière. Et je pense, en tant qu'autrice, mais aussi en tant que professionnelle du marketing, je pense que tu ne peux plus t'en passer. Et donc, le dernier point, en effet, et celui-là, il est réel, c'est est-ce que les auteurs sont payés pour ça ou pas ? Factuellement, aujourd'hui, non. Les maisons d'édition, il y en a peut-être certaines qui commencent à le faire. Ça serait intéressant de leur poser la question. Mais aujourd'hui, les auteurs ne sont pas rémunérés assez pour qu'on considère que ce travail-là est payé. Quand tu touches 1,50 € par livre, on ne va pas se mentir, tu touches déjà pas suffisamment par rapport au temps que tu as passé à l'écrire. Alors si, en plus, tu rajoutes les réseaux sociaux, clairement, ce n'est pas beaucoup rentabilisé. Donc, c'est là où il faut réfléchir à d'autres manières de faire. Exemple, est-ce qu'on peut considérer dans le futur qu'on va arriver sur un mode un petit peu hybride où les auteurs qui vont vendre aussi par leurs propres moyens, vont toucher à un pourcentage supplémentaire ? Est-ce qu'on peut considérer que si tu as une communauté Instagram, tu vas pouvoir vendre des side products, d'autres produits en parallèle de ton livre, ou des boxes spéciales qui n'existent que chez toi, sur lesquels tu vas toucher beaucoup plus de droits ? Est-ce qu'on peut considérer que quand tu fais des ventes, par exemple, via ta boutique, tu vas toucher beaucoup plus que si c'est ta maison d'édition qui vend sur son site ? Peut-être qu'il faut être beaucoup plus souple aussi dans les modes de vente et faire en sorte que finalement, quand c'est l'auteur qui ramène du monde et quand c'est l'auteur qui vend, ce soit logique que ce soit l'auteur qui touche plus. Voilà, donc pour conclure sur cet épisode, je te redonne mon avis. Je pense qu'aujourd'hui, oui, c'est essentiel qu'un auteur ait des réseaux sociaux en 2026 et ne se repose pas entièrement sur une maison pour le faire. Pourquoi ? Parce que le marché est tel que factuellement, aujourd'hui, ce n'est plus possible pour une petite maison de s'en sortir tout seul et de défendre tous ses titres suffisamment pour que tous les titres se vendent, sauf si tu fais partie des douze premières maisons d'édition dont on a parlé. Et ça, ce n'est pas juste une take de ma part, c'est les chiffres du marché qui nous montrent bien que le marché est en train de se concentrer et donc factuellement, dire non, je refuse de m'occuper des réseaux sociaux parce que je considère que c'est le rôle de la maison, en effet, c'est méconnaître un petit peu la situation dans laquelle notre marché se trouve. Par contre, le second point, et ça, il est très juste, qui est de dire mais en même temps, si je vends plus, moi, je ne touche pas plus d'argent, je ne suis pas forcément payée pour ça. Ça, c'est peut-être un point qu'il faut négocier dans ton contrat, de dire par contre moi, si je vends par mes propres moyens, je touche un peu plus de redevances que si ça passe par la maison, par exemple. Ça, c'est des choses, je pense, qui doivent être de plus en plus rediscutées et challengées dans les contrats d'édition pour que, finalement, tous, des deux côtés de la chaîne, on intègre le fait que la communication, elle fait désormais partie du métier d'auteur, elle fait partie du métier d'auteur à part entière et donc, elle doit être rémunérée en tant que telle, à sa juste valeur. Et le dernier point, vraiment, si tu dois, pour moi, retenir une seule chose de cet épisode, c'est qu'il faut cesser de voir les réseaux sociaux comme une contrainte. Vraiment, vois-le comme un actif qui t'appartient, que tu peux valoriser et qui va te permettre de tenir ta carrière sur le long terme parce qu'elle va te permettre de construire un lien direct avec ta communauté qui va te porter sur tes prochaines sorties, sur tes futurs projets, etc. La communauté, c'est ce qui fait que ta carrière, elle va tenir. C'est absolument essentiel, ça doit être ton obsession. Les réseaux sociaux, ça fait partie des médias qui sont à ta disposition pour construire ça. Donc, plutôt que de dire « mais, mais, mais, c'est pas à moi de m'en occuper, j'ai pas le temps, je sais pas faire kékéké », forme-toi, prends du temps, entoure-toi des bonnes personnes, mais garde en tête que ce que tu fais, c'est pas pour la maison que tu le fais, c'est pour toi, pour ta carrière, pour ton roman, pour ton futur. Voilà, c'est tout pour cet épisode. J'ai vraiment hâte d'avoir ton avis en commentaire ou sur Instagram cette semaine parce que je sais que c'est un sujet qui a vraiment déchaîné les passions. Je pense que ma prise de position, elle, t'étonne pas aujourd'hui parce que tu te doutes bien que j'allais pas te dire l'inverse. Par contre, est-ce que t'avais cette vision-là au niveau des chiffres ? Qu'est-ce que toi t'en penses ? Est-ce que tu te sens prêt ou prête à gérer tes réseaux sociaux ? Qu'est-ce qui te bloque aujourd'hui ? Voilà, n'hésite pas à me partager tout ça dans les commentaires et je serais intéressée qu'on puisse discuter de tout ça tous ensemble sur les réseaux cette semaine. Je te remercie dans tous les cas de m'avoir écoutée. Pense bien à t'abonner à la newsletter et au podcast pour ne pas rater les prochains épisodes. Et dans tous les cas, je te souhaite un très bon lundi, une très bonne semaine et on se donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Ciao ! Merci d'avoir écouté cet épisode. Si tu l'as trouvé utile, n'hésite pas à le partager autour de toi et à me laisser un commentaire pour m'encourager. Quant à moi, je te donne rendez-vous très vite dans le confessionnal Le Vadet Retro.