Speaker 1Vous écoutez le podcast « Devenir écrivain » avec Lucie Castel, épisode 298.
Speaker 2Bienvenue sur « Devenir écrivain », le podcast pour démarrer et réussir votre carrière d'écrivain. Et maintenant, retrouvez votre animatrice Lucie Castel, autrice publiée à l'international, formatrice et conférencière.
Speaker 1Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode, j'espère que tu vas bien. Aujourd'hui, on va parler d'un sujet qui fait rêver mais qui est aussi un piège redoutable. Un sujet où beaucoup d'auteurs se perdent, parfois pendant des mois, voire des années, sans jamais écrire la moindre ligne de leur histoire. Le sujet donc aujourd'hui, c'est comment créer un univers crédible sans y passer six mois. Tu vois de quoi je parle? Cette envie de tout construire. La carte du royaume, l'histoire des trois derniers siècles, les langues inventées, l'arbre généalogique des grandes familles, le système politique, le système magique, la cuisine locale et je pourrais encore durer longtemps. Et six mois plus tard. Tu as un magnifique classeur de 200 pages de notes, un monde entier dans la tête et toujours pas une scène écrite. Alors, comment fait-on pour créer un univers qui sonne juste, dans lequel le lecteur croit et s'immerge, sans s'y engloutir un temps fou et sans repousser indéfiniment le moment d'écrire vraiment? Et attention, petite précision importante dès le départ. Quand je dis univers, je ne parle pas que de fantaisie ou de science-fiction. C'est un univers qui se déroule dans un hôpital, dans un petit village, dans le milieu de la restauration ou de la police, a lui aussi un univers à rendre crédible. Ce dont on parle aujourd'hui concerne absolument tous les genres. Certains pensent qu'il faut tout savoir de son monde avant d'écrire la première phrase, d'autres croient que plus on accumule de détails, plus c'est crédible, et beaucoup sont persuadés qu'un univers solide demande forcément des mois de documentation. Tu vas voir que c'est souvent. Dans cet épisode, on va d'abord comprendre le piège du worldbuilding infini. Ensuite, on verra pourquoi crédible ne veut surtout pas dire exhaustif, puis je te donnerai des leviers d'un univers crédible, ceux qui sont à la fois efficaces et rapides. Commençons par nommer le piège parce qu'il est vachement dangereux. Le worldbuilding, la création d'univers, c'est guérisant. C'est même l'une des activités les plus agréables, de l'écriture. On invente, on dessine, on imagine, on organise. Ça donne l'impression agréable de travailler sur son projet, d'avancer, de construire quelque chose de grand. Sauf que, très souvent, ce n'est pas écrire. C'est se préparer à écrire. Et parfois, se préparer à écrire pour l'éternité. Je vais être direct. Le worldbuilding infini, c'est l'une des formes les plus sophistiquées de la procrastination qui existe. On en a parlé. Dans l'épisode sur l'inspiration, il y a mille et une manières élégantes de ne pas écrire tout en ayant l'impression de travailler. Construire son monde sans fin en fait clairement partie. C'est tellement plus confortable de peaufiner sa carte que d'affronter la page blanche du chapitre 1. Alors, comment sortir du piège? En gardant en tête une règle simple, une hiérarchie, l'univers est au service de l'histoire et jamais l'inverse. Tu ne construis pas un monde pour lui-même tu construis un monde pour qu'une histoire puisse s'y dérouler. La question n'est donc pas comment rendre mon univers complet, mais de quoi mon histoire a-t-elle vraiment besoin. Un détail de ton monde qui n'a aucun impact sur ton histoire, aucun effet sur tes personnages ou ton intrigue est peut-être passionnant à inventer, mais il ne mérite pas six semaines de ton temps. Il mérite au mieux une ligne de notes. Deuxième point et c'est le cœur. C'est le cœur du malentendu. On confond crédible et exhaustif. On croit que pour qu'un lecteur croit à notre monde, il faut tout avoir prévu, tout avoir documenté, avoir réponse à tout. C'est faux, un lecteur ne voit jamais tout ton univers. Il n'en voit qu'une infime partie, celle qui apparaît dans les scènes. Et sa croyance ne vient pas de la quantité d'informations que tu lui donnes, elle vient de la justesse de ce qu'il perçoit. Il y a une image très connue pour ça, celle de l'iceberg. Un iceberg, on n'en voit qu'une petite partie émerger, disons 10%. Mais cette partie visible suffit à faire deviner l'énorme masse cachée sous l'eau. Un univers crédible, c'est pareil. Tu ne montres qu'une petite fraction, mais cette fraction doit être si juste, si concrète qu'elle laisse deviner tout un monde derrière. Et le plus beau, c'est que cette masse cachée, tu n'as même pas besoin de l'avoir entièrement construite. Tu as juste besoin de donner l'impression qu'elle existe. Le lecteur, lui, complète, son imagination fait le travail, à condition que tu lui donnes les bons points d'appui. Quelques détails précis et cohérents créent infiniment plus de crédibilité que des pages entières de documentation que le lecteur ne lira jamais. Ce n'est pas une question de volume, c'est une question de précision et de suggestion. Donc, bonne nouvelle, tu peux créer un univers profondément crédible sans le construire en entier. Il te suffit. Il suffit de bien construire ce qui se voit et de suggérer le reste. Passons au levier concret. Premier levier : le détail concret et spécifique. La crédibilité naît du particulier, pas du général. Ne dis pas : une nourriture exotique montre une soupe épaisse à la racine fermentée et servie brûlante dans un pôle ébréché. Ne dis pas : une cité prospère montre un détail précis de cette prospérité. Un seul détail spécifique, sensoriel, bien choisi. En dit plus long et sonne plus vrai que trois paragraphes de description générale. Le spécifique fait vrai, le générique fait carton-pattes. Deuxième levier, sans doute le plus important : la cohérence interne. Au fond, crédible veut surtout dire cohérent. Ton univers peut être aussi étrange, aussi fantastique que tu veux, tant que ces règles sont respectées du début à la fin, le lecteur y croit. Mais qu'une seule règle soit brisée, c'est une chose. Il faut réaliser, sans raison, qu'une seule incohérence apparaisse et toute la magie s'effondre. La crédibilité, ce n'est pas le réalisme, c'est la cohérence. Un dragon, ce n'est pas réaliste, mais on y croit s'il obéit à des règles constantes. Troisième levier : le point de vue incarné. Fais voir ton monde à travers des personnages qui y vivent, pour qu'il ait l'air normal. Un personnage qui habite ton univers ne s'extasie pas dessus, ne l'explique pas. Il le tient pour acquis, il agit dedans avec naturel. Rien ne tue plus la crédibilité qu'un personnage qui explique à un autre des choses qu'ils sont censés tous les deux connaître, juste pour informer le lecteur. Laisse le monde transparaître par les gestes, les habitudes, les réactions de ceux qui l'habitent. Quatrième levier : les conséquences. Un élément de ton univers n'existe vraiment que s'il a des conséquences sur l'histoire. Une règle du monde, une contrainte, une particularité. Doit peser sur l'intrigue ou sur les personnages. Sinon, c'est de la décoration, et le lecteur sent très bien la différence entre un détail qui compte et un détail posé là pour faire joli. Ce qui rend un monde vivant, c'est que ces règles ont un prix. Cinquième levier : la construction juste à temps. Ne construis pas tout d'avance, construis ce dont la scène que tu écris a besoin, au moment où elle en a besoin. Une scène de marché, invente ce qu'il faut pour ce marché à cet instant. Tu n'as pas besoin de connaître le système fiscal du royaume pour écrire deux personnages qui marchandent des fruits. Cette approche, à la demande, t'évite de construire des tonnes de choses que tu n'utiliseras jamais. Donc maintenant, passons à la pratique. Première étape : pars de ton histoire, pars de ton monde. Avant tout, demande-toi de quoi ton intrigue a réellement besoin. Quel lieu? Quelles règles? Quel milieu? Note uniquement ce que ton histoire va effectivement utiliser. C'est ta boussole, tout le reste est optionnel. Deuxième étape : définis trois à cinq piliers, pas plus. Identifie-les, quelques éléments porteurs qui structurent vraiment ton univers et le rendent unique. Trois à cinq, c'est largement suffisant pour donner une identité forte. Ce sont tes fondations. Concentre ton énergie dessus et laisse tomber les mille détails secondaires. Troisième étape : ancre chaque pilier dans un détail concret. Pour chacun de tes piliers, trouve une image précise, sensorielle qui le rendra vivant à la lecture. C'est ce détail concret que le lecteur retiendra, bien plus que l'idée abstraite qui se cache derrière. Quatrième étape : documente-toi de façon ciblée. Si ton univers s'appuie sur du réel, un métier, tu n'auras pas besoin d'un métier. Tu n'auras pas besoin d'un métier, tu n'auras pas besoin d'un métier. Si ton univers s'appuie sur du réel, un métier, un lieu, une époque, fais des recherches mais uniquement sur ce dont tes scènes ont besoin. Cible, ne ratisse pas large. à la demande, pas par anticipation. Cinquième étape, construis au fil de l'écriture et tiens une petite bible. Invente ce dont chaque scène a besoin quand elle en a besoin et note au fur et à mesure les règles et les détails que tu établis dans un document léger, une bible d'univers. Son but n'est pas d'être exhaustive, il est simplement de te permettre de rester cohérent, de ne pas te contredire d'un chapitre à l'autre. Sixième étape, cache l'iceberg. Résiste à l'envie de tout montrer. Suggère plus que tu n'expliques. Fais confiance à l'imagination de ton lecteur pour compléter la partie immergée. Chaque fois que tu es tenté de faire un gros pavé explicatif, demande-toi si un simple détail bien placé ne ferait pas le même travail en mieux. En conclusion et pour résumer cet épisode, un univers crédible ne peut pas être un univers crédible. Ne se mesure pas à sa taille ni à l'épaisseur de tes notes. Il se mesure à sa cohérence, à la justesse de tes détails et au fait que ces éléments ont des conséquences réelles sur l'histoire. Tu n'as pas besoin de tout construire, tu as besoin de bien construire le peu qui se voit et de suggérer le reste. Le lecteur, avec son imagination, fera la moitié du chemin à condition que tu lui donnes les bons points d'appui. Ne construis jamais un monde pour éviter des écrits. L'univers est là pour servir l'histoire, pas pour la remplacer. Un monde à moitié construit mais dans lequel une vraie histoire se déroule vaudra toujours mieux qu'un monde parfait dans lequel il ne se passe à rien. Merci de m'avoir écouté. Si ça t'a plu, n'hésite pas à commenter et à liker. 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