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336. Comment passer de "celle qui veut" à "celle qui fait"

7m 57s

336. Comment passer de "celle qui veut" à "celle qui fait"

Cette transcription explore le coût réel de l'attente du « bon moment » pour réaliser un projet, à travers l'exemple personnel d'une chaîne YouTube repoussée pendant des années. L'autrice identifie trois conséquences majeures de l'attente. D'abord, elle nous désapprend à désirer, au point de confondre l'envie perdue avec une absence d'envie initiale. Ensuite, elle crée une identité confortable : celle de la personne au potentiel, qui n'a jamais été confrontée à l'échec. Enfin, chaque promesse non tenue envers soi-même envoie un message silencieux mais récurrent : « tu ne peux pas te faire confiance ». Elle révèle ensuite un mécanisme plus profond : les projets futurs servent de bouclier pour supporter un présent insatisfaisant. Planifier, faire des tableaux, regarder des vidéos de réussite donne l'illusion d'avancer sans jamais affronter le regard des autres ni le sien. Ce n'est pas de la flemme, mais de la protection. La vraie peur n'est pas l'effort, mais la question inconfortable : « et si mon maximum ne suffisait pas ? » Commencer exige aussi de faire le deuil d'une version idéalisée de soi-même, parfaite car jamais testée. L'autrice confie avoir préféré la douleur « noble » de ne pas avoir essayé à la douleur brute et humiliante de l'échec. Le jour où elle a publié sans être prête, elle a ressenti la fierté d'avoir fait, pas d'avoir réussi. Tenir ses promesses envers soi-même reconstruit la confiance, et c'est ce qui transforme une personne qui planifie en quelqu'un qui agit.

Transcription

1951 Words, 10490 Characters

French
Speaker 1Est-ce que tu te rappelles de la dernière fois où tu t'es dit « je le ferai quand je serai prête »? Parce que moi ça a duré des années. On va prendre l'exemple de cette chaîne YouTube. J'avais envie de lancer une chaîne YouTube, mais j'arrêtais pas de repousser, mais pas pour des mauvaises raisons. Enfin, ça c'est ce que je pensais. J'attendais d'être une personne beaucoup plus confiante. J'attendais d'avoir une meilleure peau, d'être plus à l'aise devant la caméra, et tout simplement de me sentir prête. Des années ont passé, et moi j'avais pas changé d'un poil. Ce jour-là, j'ai compris un truc qui m'a mis une claque. Ce que je faisais, c'était pas de la préparation, c'était de l'attente déguisée en préparation. Et aujourd'hui, j'ai envie qu'on parle de ça. De ce que ça nous coûte vraiment d'attendre le bon moment, parce que je pense qu'on le dit pas assez. Le coup le plus évident, tout le monde le connaît, c'est le temps. Mais je trouve que ce n'est pas le plus grave, parce qu'il y a autre chose qui m'a marquée personnellement. Le premier coup que j'ai remarqué, c'est que l'attente nous désapprend à désirer. Parce que quand on reporte quelque chose depuis tellement longtemps, inévitablement, il arrive ce moment où on se demande si on a encore envie de tout ça. Et il m'est même déjà arrivé de confondre le « j'ai plus envie » avec « peut-être qu'en fait, j'ai jamais eu envie de tout ça. » Et que c'est juste une influence extérieure qui m'a fait considérer ce projet. Et ça, c'est un mensonge confortable. Mais ça reste un mensonge, attention. Le deuxième coup, c'est que l'attente, ça crée une identité. Et ce que je veux dire par là, c'est qu'on a tendance à se dire qu'on est quelqu'un qui va faire les choses. Et je trouve que c'est une idée qui est hyper confortable, parce que tant que tu n'as pas commencé, tu restes dans ton potentiel. Et on a tout le plaisir de se dire « si je m'y mettais vraiment, bien sûr que ça marcherait. » Parce que le fait d'attendre et de repousser comme ça, ça nous protège cette image-là. Commencer, c'est risquer de découvrir qu'en fait, c'est beaucoup plus dur que ce qu'on avait imaginé. C'est aussi prendre le risque d'être nulle, voire médiocre, avant de maîtriser la chose, avant d'être bonne à cette tâche, à cette compétence, ou à n'importe quoi. Donc ce qu'on a tendance à faire pour éviter tout ça, c'est qu'on va attendre et qu'on va repousser. Et le troisième coup, qui je trouve fait particulièrement mal, c'est qu'à chaque fois qu'on se promet quelque chose qu'on ne fait pas, on s'envoie de manière indirecte un message. Un message qui est tout petit, qui est silencieux, mais qui est récurrent. Tu ne peux pas te faire confiance. Tu ne tiens même pas ta parole envers toi-même. Évidemment, nous, on ne va pas le formuler comme ça dans notre esprit, mais c'est ce qui va s'installer et qui va s'accumuler petit à petit. Promesse après promesse qui n'est pas tenue. Lundi après lundi qui n'arrive jamais. Et à force, on ne se croit même plus quand on se dit que cette fois, c'est la bonne, parce qu'il y a eu tellement de fois où on a repoussé et où on n'a pas tenu notre parole, que du coup, on n'y croit plus vraiment. Et je trouve que ça là, c'est trois choses. Le fait de désapprendre le désir, de se créer une identité de la personne qui a du potentiel et de ne plus se faire confiance à soi-même, je trouve que ça, c'est le vrai coup de l'attente. Ce n'est pas le temps qui est perdu, parce que ça, c'est le plus évident. Mais c'est vraiment tout ce qu'il y a derrière et notamment la confiance en nous qu'on est en train de perdre et ça, petit à petit, sans même s'en rendre compte. J'ai mis du temps à comprendre un truc sur moi-même. Mon cerveau n'attendait pas vraiment. En fait, il utilisait mes projets futurs comme une sorte de bouclier. Et je me servais de bientôt, je vais lancer ma chaîne pour supporter les journées qui ne me plaisaient pas. Tu vois un petit peu ce truc où tu es au travail ou en cours et tu te dis, bon, ce n'est pas grave parce que bientôt, je serai dans telle situation ou je ferai telle chose. Et en fait, cette pensée-là, elle te permet de tenir. Elle te donne de l'air, sauf que le piège, c'est qu'elle crée une sorte de dépendance. Si tu réalises vraiment ce projet, tu perds ton bouclier. Tu n'as plus cet endroit ailleurs dans lequel tu peux te rassurer. Tu n'as plus cet horizon dans lequel tu peux fantasmer. Et tu dois faire face à ce qui est là vraiment devant toi. Donc inconsciemment, ce que tu vas faire, c'est que tu vas entretenir l'attente. Et tu vas l'entretenir comme on entretiendrait un jardin. C'est-à-dire que tu vas arroser tes idées. Tu vas regarder les jolies fleurs qui se forment dans ta tête. Mais tu ne veux pas que les autres regardent ton jardin. Parce qu'en vrai, il y a des mauvaises herbes. Il y a des doutes. Il y a des zones qui ne sont pas terribles. Des petits. Et si ça ne marchait pas, en fait, ce que je suis en train de faire? Et c'est là que Pinterest entre en jeu. Tu passes des heures à faire des tableaux, objectifs, devis, nouvelles visions, à sauvegarder des citations, à regarder des vidéos aussi de gens qui ont réussi à faire ce que toi, tu veux faire. Et ça, ça te donne l'illusion d'avancer. Mais faire un tableau, c'est gratuit. C'est gratifiant immédiatement. Ça te permet de devenir cette femme dans ta tête sans jamais avoir à affronter le regard des autres. Ou pire encore, ton propre regard dans le miroir le jour où tu te plantes. Et ça, ce n'est pas de la flemme, c'est de la protection. Et puis la vraie question, ça devient et si ce que je pouvais faire de maximum, en fait, ce n'était pas suffisant. Et c'est ça qu'on a tendance à éviter. Ce n'est pas l'effort, ce n'est pas le travail. C'est cette question hyper inconfortable qui, en plus, fait super peur. Il y a une autre chose qu'on ne dit pas sur le fait de commencer, c'est que quand tu commences, tu dois faire le deuil d'une certaine version de toi-même. Parce que tant que tu n'as rien essayé, tu peux encore croire dans ta tête que si tu te lances, tu seras exceptionnel. Tu seras la meilleure dans ton domaine. Cette version que toi, tu imagines dans ta tête, par définition, elle est parfaite puisqu'elle n'a fait face à aucun doute, elle n'a rien testé, elle n'a rien raté. Tout ce que tu imagines, ça se passe en fait. Et ça, de manière fluide. Personne ne peut la contredire, cette version de toi. Et dès que tu essaies, tu deviens juste une personne qui essaie. Il y a une forme de dégradation de statut, de manière intérieure, qu'on vit, et avec laquelle on peut avoir un petit peu de mal. Parce que mine de rien, on passe de la personne qui a un super potentiel à celle qui fait des trucs un petit peu bizarres sur Internet et que personne ne comprend. Ou alors, celle qui a quitté son CDI et un super taf pour un projet qui ne marche pas encore. Et entre nous, c'est là que ça pique vraiment. On nous a répété pendant des années qu'on pouvait tout faire, qu'on était spécial. Donc on attend. En fait, on attend le projet qui sera assez spécial pour nous. On attend le moment qui sera à la hauteur de l'image qu'on a de nous-mêmes. Sauf que la vie, elle s'en fout de notre égo. Et tu sais, j'ai réalisé un truc en creusant à ce niveau-là. C'est que je préférais la douleur de ne pas avoir essayé plutôt que la douleur d'avoir essayé et que ça n'ait pas fonctionné. Parce que je trouvais que dans la douleur, dans le fait de ne pas avoir essayé, il y avait quelque chose de noble là-dedans. On pouvait un petit peu se prendre pour un artiste maudit et se dire que la vie est injuste, qu'on n'a vraiment pas de chance et que de toute façon, toutes les conditions n'étaient pas réunies pour qu'on réussisse. Et tout ce qui se passe là, c'est juste une protection de l'image. C'est une douleur qui est un petit peu esthétique. Alors que la douleur de l'échec, elle est brute. Et elle peut même être humiliante parfois. Parce que ça nous met devant nous-mêmes. On se regarde dans le miroir et on se dit en fait, je ne comprends pas, j'ai tout donné. J'ai donné le meilleur de moi-même, je me suis surpassée. Et pourtant, ça n'a pas fonctionné. Pourtant, ce n'était pas suffisant. Et je pense que c'est ce face-à-face-là qu'on suit. Parce qu'en vérité, on n'attend pas que la vie commence. On veut juste la certitude qu'on ne sera pas humilié. Cette garantie, elle n'existe pas. Et surtout, elle n'existera jamais. Et moi, tu sais, le jour où j'ai arrêté d'attendre de la voir. Le jour où j'ai allumé ma caméra sans être prête. Sans avoir ma peau parfaite. Sans être hyper confiante. En fait, j'ai publié. Et j'ai reçu des retours que je ne m'attendais pas du tout à avoir. J'ai ressenti quelque chose que des années d'attente ne m'avaient jamais donné. C'est la fierté d'avoir fait. Pas d'avoir réussi, hein. Mais de l'avoir enfin fait. Bon, je ne vais pas te dire que tout devient simple après. Parce qu'il n'y a pas de retour en arrière et il ne se passe rien de magique. Mais il y a quelque chose qui change progressivement et qui a bien plus de valeur. Et c'est la relation que tu as envers toi-même. Parce qu'à chaque fois que tu tiens une promesse que tu t'es faite, qu'elle soit petite ou grande, en fait, tu reconstruis quelque chose en toi. Tu réapprends, petit à petit, à te faire confiance. Et il n'y a rien de plus solide que ça. Le fait d'avancer, pas à pas, étape par étape. Avec le temps, c'est ça qui va t'aider à passer de « je suis la personne qui envisage de faire des choses et qui planifie » à « je suis quelqu'un qui fait les choses. Quand je dis un truc, je le fais. J'ai un projet qui me tient à cœur, je le mène à bien. Je n'ai pas le plan exact, mais j'aviserai en cours de route et en attendant, je me prouve à moi-même que je suis capable de faire des choses et que je ne reste pas paralysée par ma peur d'être humiliée, par ma peur de ne pas réussir. Et ce changement-là, c'est ce qui fait toute la différence. Et dans cette vidéo, je ne vais pas te donner un plan en cinq étapes pour arrêter de procrastiner. Par contre, je vais te poser une question. Qu'est-ce que tu attends de faire depuis trop longtemps maintenant? Et honnêtement, pourquoi? Je vois la vraie réponse, pas le truc en surface. Parce que souvent, c'est depuis la réponse à la deuxième question que tout commence. Dis-moi dans les commentaires si cette vidéo t'a aidé ou en tout cas, si ça t'a donné envie d'enfin donner vie à ce projet que tu as en tête.

Podcast Summary

Key Points:

  1. L'attente est souvent une préparation déguisée qui empêche de passer à l'action pendant des années.
  2. Attendre nous désapprend à désirer et peut nous faire confondre le manque d'envie avec une influence extérieure.
  3. L'attente crée une identité confortable de « personne au potentiel », protégée du risque d'échec.
  4. Chaque promesse non tenue envers soi-même érode silencieusement la confiance en soi.
  5. Les projets futurs servent de bouclier pour supporter un présent insatisfaisant, créant une dépendance à l'attente.
  6. Planifier et fantasmer donne l'illusion d'avancer sans affronter le regard des autres ni le sien.
  7. Commencer implique de faire le deuil d'une version idéalisée de soi-même et d'accepter le risque d'humiliation.
  8. Tenir de petites promesses envers soi-même reconstruit progressivement une confiance solide et une nouvelle identité d'action.

Summary:

Cette transcription explore le coût réel de l'attente du « bon moment » pour réaliser un projet, à travers l'exemple personnel d'une chaîne YouTube repoussée pendant des années. L'autrice identifie trois conséquences majeures de l'attente. D'abord, elle nous désapprend à désirer, au point de confondre l'envie perdue avec une absence d'envie initiale. Ensuite, elle crée une identité confortable : celle de la personne au potentiel, qui n'a jamais été confrontée à l'échec. Enfin, chaque promesse non tenue envers soi-même envoie un message silencieux mais récurrent : « tu ne peux pas te faire confiance ».

Elle révèle ensuite un mécanisme plus profond : les projets futurs servent de bouclier pour supporter un présent insatisfaisant. Planifier, faire des tableaux, regarder des vidéos de réussite donne l'illusion d'avancer sans jamais affronter le regard des autres ni le sien. Ce n'est pas de la flemme, mais de la protection. La vraie peur n'est pas l'effort, mais la question inconfortable : « et si mon maximum ne suffisait pas ? » Commencer exige aussi de faire le deuil d'une version idéalisée de soi-même, parfaite car jamais testée.

L'autrice confie avoir préféré la douleur « noble » de ne pas avoir essayé à la douleur brute et humiliante de l'échec. Le jour où elle a publié sans être prête, elle a ressenti la fierté d'avoir fait, pas d'avoir réussi. Tenir ses promesses envers soi-même reconstruit la confiance, et c'est ce qui transforme une personne qui planifie en quelqu'un qui agit.

FAQs

Parce que ce que l'on croit être de la préparation est souvent de l'attente déguisée. On repousse sans jamais changer, et des années peuvent passer sans avancer.

L'attente nous désapprend à désirer, crée une identité de « personne qui va faire » et érode la confiance en soi à force de promesses non tenues.

Tant qu'on n'a pas commencé, on peut croire que si on s'y mettait, ça marcherait forcément. Commencer, c'est risquer de découvrir que c'est plus dur et d'être médiocre au début.

C'est gratuit, gratifiant immédiatement et ça permet de se projeter sans affronter le regard des autres ni son propre échec. C'est une forme de protection, pas de la flemme.

La peur d'être humilié et de découvrir que son maximum n'était pas suffisant. On préfère la douleur de ne pas avoir essayé, jugée plus « noble », à celle de l'échec.

Il faut faire le deuil de la version parfaite et idéalisée de soi-même. On passe de « potentiel exceptionnel » à « personne qui essaie », ce qui peut être inconfortable.

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