Speaker 1Si tu attends de bien écrire avant d'écrire ton roman, tu risques d'attendre très longtemps. Et le collègue écrivain, aujourd'hui, on se retrouve pour parler de l'écriture du premier G, de ton roman, de sa première version, des erreurs communes que font 98% des auteurs qui se lancent dans l'aventure, de comment les éviter, surtout les pièges qui vont se présenter à toi et le plan d'action pour éviter de tomber dans les pièges. C'est parti! À quoi sert le premier G? Ah ouais, commençons par là. Le premier G, ce n'est pas écrire tout de suite un beau livre avec un style incroyable. C'est comme si tu te lançais dans un instrument, la guitare par exemple, et qu'avant même de faire des gammes, tu attendes de composer un morceau parfait. En fait, le rôle du premier G, c'est une exploration. Un peu comme si tu jouais de la guitare et que tu faisais des gammes et que tu essayais de voir un petit peu et de trouver ton style, etc. C'est exactement ça. Écrire plein de scènes pour ton premier G, ça va te permettre de trouver. comment tu as envie de raconter cette histoire, ton style, comment tu as envie d'explorer les différentes pistes que tu avais en tête, etc. J'aime bien comparer ça au cinéma. Au cinéma, le réalisateur, il ne va pas filmer tout de suite la bonne scène. Il va faire plein de rushs, plein de tests, des différents angles de vue, etc. Et c'est pareil avec ton premier G. Ça peut en tout cas vraiment être une étape d'exploration où tu vas tester différents angles d'attaque pour les scènes que tu as envie d'écrire, etc. L'idée, c'est de créer les fameuses. comme rushs, et tu t'occuperas du montage à la réécriture. Ce n'est pas le moment où tu vas prouver ton talent d'écrivain et où tu vas écrire une histoire captivante. Ça, on s'en occupera à la réécriture, ok? Là, l'idée, c'est d'avoir un bloc de terre que tu pourras ensuite venir sculpter à la réécriture. J'arrête avec les métaphores bizarres. Juste, si tu n'es pas convaincu par ce que je suis en train de te dire, dis-toi que J.K. Rowling a supposément réécrit intégralement Harry Potter. C'est d'ailleurs mon cas avec mon premier roman. Delphine de Vigan, elle, elle a beaucoup aussi réécrit ses romans en jetant parfois même la moitié. Et Pierre Lemaitre, lui, il dit qu'il jette 70% de ce qu'il écrit. Et je ne te parle pas d'Amélie Nothomb qui écrit plusieurs romans par an et en choisit un le meilleur. On n'est pas non plus dans cet extrême-là. Bien sûr, je ne suis pas en train de te dire que tu vas tout jeter, mais n'oublie pas en tout cas que tes scènes, c'est normal que ce soit moche, c'est normal que ce ne soit pas parfait, c'est normal que tu trouves plein de trucs qui ne vont pas. Là, pour l'instant, on fait nos gammes. Et le but d'un premier jet, c'est d'exister, pas d'être beau. Parlons maintenant des pièges qui vont se présenter sur ta route quand tu vas te lancer dans l'aventure du premier jet. Il y en a plein, tapis dans les buissons. Mais on va se concentrer sur ceux que je n'ai pas encore traités dans d'autres vidéos. Je te mettrai les pistes pour les autres dans la description. Le premier, on en a déjà parlé dans cette vidéo, c'est le style d'écriture. Et je te garantis que c'est un problème quand on écrit son premier jet de son premier roman. Mais là, je suis en train d'écrire mon cinquième roman et je me casse la tête aussi avec le style. Pourquoi? Parce qu'on a toujours un point de comparaison. Moi, dans le cas de mon cinquième roman, c'est les autres romans que j'ai écrits. Je me dis : "Mais non, mais là, dans ce cas-là, je pourrais peut-être faire mieux, etc." Sauf que non, il faut que j'écrive, il faut que je trouve, parce que c'est un genre différent. Toi, sans doute que tu compares aux livres que tu as l'habitude de lire. Et c'est pas la meilleure idée. Parce que les livres que tu as l'habitude de lire, c'est pas des premiers jets du tout. C'est des livres qui ont été écrits une première fois par l'auteur, puis réécrits sans doute plusieurs fois, puis un éditeur est passé par là peut-être plusieurs fois, puis un correcteur est passé par là, et tu vois ce que je veux dire, c'est plutôt du 8ème, du 9ème jet, au moins. Et ça, c'est comme si tu comparais toi qui fais tes gammes de guitare à un solo de Jimi Hendrix. Bah non, on compare pas le comparable. Ce que je te recommande pour essayer d'ignorer tout ça, c'est simplement d'écrire sans trop te relire. Et j'en ai parlé dans la vidéo sur les hacks pour écrire un roman, des petites techniques un peu marrantes pour éviter de trop se relire. C'est ce qui m'amène à ton deuxième piège, c'est justement le fait de se relire, parce qu'en fait, on en a des fois besoin pour se souvenir de ce qu'on a écrit. Et comme je viens de te dire qu'il faut éviter de se relire parce qu'on va voir toutes les choses qui vont pas, tous les défauts, et être probablement découragé, qu'est-ce qu'on fait, chef? Et bien, ce que je te propose, c'est déjà d'essayer de ne pas te relire. Essaye de te souvenir de ce que tu as écrit plutôt que d'aller le relire. C'est l'étape 1. Si tu n'y arrives pas parce que tu ne sais plus trop ce que tu as mis pour tel point, à ce moment-là, ce que je te conseille : relis juste les deux dernières phrases de la page d'hier, de ta dernière session. Alors, est-ce que ça te rafraîchit la mémoire? Non. Si les deux dernières phrases, ça marche pas, essaie de lire en diagonale un peu, genre les derniers paragraphes. En diagonale, tu vois, pour chercher l'information que tu cherches. C'est un peu bizarre de dire ça comme ça, mais en te relisant de cette manière, c'est là que tu éviteras justement de tomber dans tes paragraphes. Et j'aime vraiment bien dire qu'on tombe dedans et qu'on voit tout ce qui va pas, et tout ce qui va pas, ça nous enterre encore plus, et on se retrouve complètement submergé par le manque de confiance, par le syndrome de l'imposteur, par le "tout est nul, je vais devoir tout recommencer". Et ça, on n'a pas trop envie de se confronter à ça quand on écrit le premier G. On est d'accord? Alors, il y a quand même des gens qui écrivent le premier G comme ça, en se réécrivant à chaque fois, tu vois. C'est possible. Il y a Lydie Felton qui fait ça, notamment, une autrice de fantastique française. Mais c'est quand même très particulier. C'est un fonctionnement qui va pas à tout le monde, notamment si on a peu de temps pour écrire, parce que du coup, on écrit très lentement en faisant ça. C'est vraiment pas le plus motivant. Il faut vraiment avoir des épaules bien solides, alors que mettre un point final, je te garantis que ça va te donner un boost de motivation. Pour le reste, tu n'as pas idée. C'est une vraie grosse victoire. J'ai un dernier truc à te dire par rapport à ça, sur le fait de se faire relire par des alphalecteurs. Ça existe, je l'ai déjà testé. Il y a un gros piège aussi avec le fait de se faire relire par des alphalecteurs, c'est qu'effectivement, ça peut être hyper motivant d'envoyer ces chapitres au fur et à mesure pour se donner un objectif. Là, je suis absolument d'accord. Par contre, quand les alphalecteurs commencent à faire des commentaires, même positifs, c'est là que le bas blesse, parce que tout ce que dirait un alphalecteur, que ce soit du positif ou du négatif, peut impacter ton écriture et peut te bloquer. Je suis formelle par rapport à ça. J'ai accompagné à peu près 600 auteurs, et là-dessus, tous ceux qui ont tenté l'alphalecture en sont revenus pour me dire que finalement, les alphalecteurs, le problème, c'est que quand ils disaient ça, ça les orientait pour la scène d'après, mais du coup, ils perdaient la direction, etc. Bien sûr, c'est quelque chose que tu peux essayer, et dans ce cas-là, ce que je te conseillerais, ce serait de dire à tes alphalecteurs de ne pas te faire de commentaires, ou alors de mettre des émojis. Alors, on passe au piège d'après. J'aurais pu te parler du manque de temps, mais j'en ai déjà parlé ailleurs. J'aurais pu te parler de la motivation et de la confiance, mais j'en ai déjà parlé ailleurs. Par contre, il y a un piège que je trouve horrible et que je n'aime pas du tout. Et d'ailleurs, tout ce que j'ai construit autour de l'écriture, je l'ai fait pour combattre ce piège. C'est la solitude supposée de l'écrivain. Ouais, on est comme ça ici. On dégomme des idées reçues. L'écrivain n'est pas un homme solitaire en peignoir à carreaux dans sa caverne, comme dans le film, la fenêtre secrète. Mais ouais, il n'est pas dans sa caverne. Il n'est pas tout seul. C'est complètement stupide de croire que les écrivains, aujourd'hui, ne confrontent pas leurs idées à leur entourage, à leur éditeur, à des amis, etc. Par exemple, Stephen King, il confiait tout à sa femme qui participait. Il participait vraiment activement au projet d'écriture. Il le dit dans tous ses romans, d'ailleurs. Parce qu'on a besoin de confronter nos idées, en fait. Tout seul, on va beaucoup moins loin qu'avec un cerveau collectif, en partageant nos idées avec un groupe d'auteurs, en partageant nos idées avec nos proches, etc. Surtout, pour moi, le principal moyen de te débloquer, c'est d'aller voir des collègues auteurs, d'aller expliquer ton problème. Déjà, rien qu'expliquer le problème, en général, ça marche bien. Je sais pas si t'as déjà remarqué. Et du coup, de dire, voilà, je suis bloquée sur tel truc, j'ai pris telle direction dans mon histoire, je n'ai pas d'idée de comment faire ensuite, etc. Ou alors, je bloque parce que si tel personnage me cause des problèmes. Et ensuite, d'en discuter, en général, dans la quasi-totalité des cas, c'est ça qui résoudra le blocage. J'ai aussi envie de te dire que ce côté communauté d'auteurs, c'est pas que pour se débloquer dans son histoire, c'est aussi pour aller mieux dans sa pratique de l'écriture tout court. Tu l'as déjà remarqué, au travail, on a aussi la machine à café où on parle un petit peu de nos problèmes, où on parle de ce qu'on a réussi, de ce qu'on a raté, etc. Et le fait de discuter avec les collègues, ça fait un bien fou. C'est pareil pour les auteurs. T'as des collègues auteurs avec qui tu peux parler de tes victoires, de tes râleries, ce genre de trucs. Si t'en as pas, je propose ça sur mon école d'écriture. Je trouve vraiment que c'est primordial. Rien que de dire à quelqu'un qui comprend ce qu'on dit, qui comprend ce qu'on vit, qu'on a justement surmonté un blocage ou qu'on a écrit une scène dont on est fier, c'est quand même vachement plus impactant. Revenons à nos pièges. Du coup, on en a déjà évacué pas mal. J'en ai un petit dernier quand même. C'est notre estime de ce qu'on est capable de faire en quelques jours. Tu connais sûrement la citation qu'on surestime ce qu'on est capable de faire en une semaine et qu'on sous-estime ce qu'on est capable de faire en un an. C'est complètement lié. Dans un de mes posts Instagram, je te présentais un petit peu le fait de se surestimer comme un garde du corps mis en place par notre cerveau pour nous protéger. Parce qu'en nous mettant un objectif inatteignable, ton cerveau, en fait, il trique un peu le jeu et il se dit que du coup, si tu rates, ça sera pas de ta faute, ça sera de la faute de l'objectif inatteignable. Malin, hein? Parce que l'idée, c'est de rester dans ta zone de confort, de ne pas faire ce qui fait peur, à savoir écrire ce fameux premier G. C'est pour ça que ton cerveau a toujours tendance à te faire mettre des objectifs plus élevés. Comme ça, t'as plus de chances de rater. Je te jure que c'est vrai. C'est tout à fait vrai. Mais bon, on va ignorer ça et on va se mettre un objectif atteignable, un truc vraiment qu'un humain peut faire en une semaine, par exemple. Et d'ailleurs, à ce sujet, sur Instagram, tous les lundis, je te demande quel est ton objectif de la semaine et le lundi ou le dimanche d'après, on fait le bilan. Donc si ça t'intéresse, c'est là. C'est fini pour les pièges. Maintenant, comment on fait? Quel est le plan d'action, chef? Puisqu'il y a tous ces pièges. Alors, numéro un, justement, je te propose d'abord de te fixer un objectif atteignable, un truc vraiment que tu peux faire. Rajoute même un peu de marge. Si tu te dis que tu peux le faire en un mois, dis-toi deux mois pour être sûr. Ensuite, on va écrire notre premier G tranquillement, comme si on racontait l'histoire à un ami ou comme si on disait : On écrivait, voilà, librement et que personne ne nous reliera jamais. Mais on va éviter de se relire. Vraiment, on va essayer d'écrire les scènes. Et pour ça, j'ai un outil infaillible, c'est de faire des sprints d'écriture. C'est-à-dire de choisir un chronomètre, par exemple 15 ou 20 minutes, et de dire pendant 15 ou 20 minutes, j'écris, j'avance et je ne me relis pas. Si déjà t'arrives à faire ça, je te garantis que ton premier jet va prendre un gros coup d'accélérateur. Ensuite, on va garder à part nos idées pour la réécriture, c'est super important. Et enfin, ton histoire. Parce que oui, il serait peut-être temps de parler de l'histoire, madame. Ce n'est pas vraiment un sujet pour le premier jet. C'est-à-dire que je pense que tu l'as soit préparé avant l'écriture, c'est le cas de la moitié des auteurs, ne panique pas si ce n'est pas ton cas, peut-être avec un plan extrêmement détaillé, ça c'est le cas du quart des auteurs. Alors quand je fais des statistiques comme ça, c'est le cas de la moitié, un quart des auteurs. Non, ce n'est pas sur des études sourcées, faites par des laboratoires, parce que je n'ai pas forcément les moyens de financer ce genre d'études. Par contre, j'ai accompagné à peu près 600 auteurs depuis 5 ans, et c'est des statistiques basées sur ça, sur le fait que je le vois au quotidien. Donc ce n'est pas trop trop dégueu quand même. Donc je disais, la moitié des auteurs ont besoin de préparer, et un quart a besoin de préparer un plan vraiment détaillé. Qu'est-ce qui se passe si on dévie du plan, ou si on dévie de notre préparation? Pour la moitié des auteurs qui ne font pas un plan détaillé, il n'y a pas de problème. Mais ce que j'ai envie de te dire, c'est que c'est une excellente chose que tu aies fait un plan détaillé ou pas, que tu aies des idées différentes. Ça veut dire que l'histoire prend forme dans ton esprit, ça veut dire que les personnages sont vivants, concrets, réels. Et donc que les idées que tu as en cours d'écriture du premier geste seront en général meilleures que celles qu'il y avait dans le plan. Donc dans tous les cas, suis-les, tu as ma bénédiction, vas-y. Et si du coup ça fait des trous dans ton plan, tu peux toujours appeler tes collègues auteurs à l'aide pour faire un brainstorming. Ou juste mets-le dans les commentaires, là, en dessous. Dis-nous, je suis bloqué là, il se passe ça, qu'est-ce qui peut se passer ensuite? Et n'oublie pas de célébrer les petites victoires. Plus tu entretiens un état d'esprit positif, avec ce premier geste, plus tu auras l'énergie de continuer et d'aller jusqu'au point final. Conclusion, le premier geste n'a pas à être parfait, on s'en fout des fautes, des répétitions, des incohérences. Ce qui compte, c'est qu'il existe. Et c'est cet état d'esprit-là que je voudrais que tu cultives pendant toute l'écriture du premier geste. Et dis-moi où t'en es dans ton premier geste dans les commentaires.