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6.4 Comment Claire Duvivier cultive ses romans

52m 15s

6.4 Comment Claire Duvivier cultive ses romans

Dans cet épisode, Claire Duvivier, autrice et éditrice, partage sa vision de l'écriture et de la création littéraire. Elle revient sur son parcours, depuis la co-création des éditions Asphalt jusqu'à la publication de son sixième roman, La Dame de la Seine, en passant par la saga La Tour de Garde écrite à quatre mains avec Guillaume. Elle explique comment chaque projet naît différemment : Un long voyage est parti d'un twist central, tandis que La Tour de Garde a débuté par deux villes inspirées de Sienne et d'Amsterdam. Elle décrit sa méthode en deux phases : une longue période de germination mentale, où le projet mature sans être écrit, suivie d'une phase d'écriture plus concrète. Elle insiste sur l'importance de la rêverie, de l'ennui et des moments de vie quotidienne comme sources d'idées et d'émotions. Elle recommande de lire énormément, y compris en dehors de ses genres de prédilection, et d'adopter un regard critique et professionnel sur les œuvres. Pour son roman historique, elle a fait relire son texte par un historien afin d'éviter les anachronismes. Elle évoque aussi ses projets futurs, notamment un roman jeunesse et peut-être de la science-fiction.

Transcription

10634 Words, 59087 Characters

French
Speaker 1et je pense que c'est un bon baromètre quand on commence vraiment à plus s'amuser avec son roman c'est peut-être qu'il y a un truc qui va pas
Speaker 2oui il y a peut-être un truc qui cloche peut-être qu'il faut le remettre un peu dans le germinateur et le laisser un peu de côté pour voir un peu s'il continue de pousser ou pas Hello collègues écrivains
Speaker 1aujourd'hui je te retrouve avec une autrice que j'admire particulièrement et qui en plus a été un réel bonheur à avoir dans le podcast, il s'agit de Claire Duvivier qui a écrit de l'imaginaire atypique et de la grosse saga imaginaire qui s'appelle La Tour de Garde que tu connais sans doute, ainsi qu'un roman historique qui vient de sortir, La Dame de la Seine je voulais discuter avec elle de comment on navigue entre des projets aussi différents, mais aussi tu vas voir on parle beaucoup de sa façon d'écrire je suis très en phase avec sa vision des choses le fait de se laisser le temps mais aussi de se nourrir et de se professionnaliser, je te laisse avec notre épisode, juste une petite info il y a quelques petits bugs de son au tout début mais ça se résout très très vite, tu verras
Speaker 2Bonjour à tous, je suis Claire Duvivier je suis autrice, je suis éditrice j'ai publié mon sixième roman, qui vient de paraître aux éditions Forge du Vulcain, La Dame de la Seine donc j'écris depuis je suis publiée depuis 2020 mais avant, j'ai une carrière dans le monde du livre en tant qu'éditrice
Speaker 1et justement, si tu étais éditrice en plutôt contemporain, pas d'imaginaire il me semble, et comment d'éditrice en contemporain, tu es venue à publier un roman d'imaginaire?
Speaker 2Moi j'ai été éditrice aux éditions Asphalt que j'ai co-créé avec Estelle durant 2010, ça remonte et justement, chez Asphalt nous, on essaie justement de se libérer des contraintes de genre en fait donc moi je me considère plus comme une éditrice de fiction et c'est vrai que même si mes premiers romans appartiennent, on va dire plus strictement au genre de la fantaisie c'est quelque chose qui n'a jamais été une influence dans mon écriture je ne me suis jamais dit, en écrivant je vais faire un roman de fantaisie c'est plus une histoire que j'ai envie de raconter
Speaker 1Je pense que c'est très rassurant à entendre pour les personnes qui ont très peur de ne pas rentrer dans la bonne case et que du coup la maison d'édition leur dise ben non, mais après c'est vrai que je pense que selon les genres littéraires on va avoir des codes plus ou moins rigides
Speaker 2Oui, des genres qui sont très codifiés et puis des maisons qui sont attentives à justement en fait entrer dans ces codes là justement pour un lectorat qui aime ça
Speaker 1Du coup, ce roman "Un long voyage" avec lequel tu as commencé même s'il y a eu la tour de garde qui arrivait un peu pendant il a quand même un postulat un peu différent effectivement de la fantaisie classique de j'ai mon héros, j'ai un univers je vais aller me balader dedans il y a quand même une intrigue qui est particulière Comment ça t'est venu comme idée? C'était quoi la source? Et comment s'est passée l'écriture?
Speaker 2Alors chaque roman je m'y prends vraiment différemment à chaque fois justement j'essaye de pas trop répéter la façon de faire autant pour la tour de garde je suis partie des villes enfin on est parti des villes avec Guillaume pour arriver au personnage et donc à l'intrigue ce qu'on voulait raconter ce qu'on voulait faire de cet univers autant pour "Un long voyage" c'est l'inverse moi ce qui a motivé en fait ce roman c'est le petit twist dont on va rien dire qui est à peu près au milieu du roman et c'est ça qui a motivé du coup qui a présidé à la création de l'univers dans lequel quelque chose comme ça pouvait passer et des personnages qui allaient le porter donc ça ça a été la phase de création de comment j'ai réfléchi au truc mais après quand je me suis mise à écrire à reprendre ce projet du coup l'idée c'était vraiment finalement je pense que ça a chargé d'émotion aussi les personnages ce temps d'attente, ce temps de repos ça a aussi donné mon intention était effectivement de partir vraiment du personnage de partir de l'intime de partir d'un personnage qui n'est pas héroïque qui n'est pas épique, qui n'est pas un guerrier qui n'est pas un jeune élu qui va changer le monde tout ça et d'avoir une histoire plus intime ne serait-ce que dans la façon dont c'est écrit c'est écrit comme une longue lettre ou comme un journal intime de liesse à cette mystérieuse "J'y mets tous" dont on ne sait pas exactement de qui il s'agit mais que finalement au fur et à mesure tout cet univers et tout ce background finalement il revient par une porte dérobée c'est-à-dire on a l'impression que c'est un univers de fantaisie un peu type dont on s'y fait un peu parce qu'on a une fantaisie qui est quand même très intime très tournée sur la vie de famille de Liès son travail très administratif des choses comme ça et finalement l'Empire, quand j'ai retravaillé le texte a repris une dimension qui a nourri même le twist du début qui était l'idée initiale en plus donc finalement d'avoir laissé ce texte de côté et de le reprendre ça m'a permis de le faire sous un autre point de vue finalement ce côté épique il revient quand même finalement à la fin mais peut-être pas de façon qu'on aurait eu dans un roman de fantaisie classique en fait
Speaker 1Et peut-être que si tu avais écrit que ça dès le début et s'il n'y avait pas eu la tour de garde un peu qui arrive il aurait été très différent tu serais peut-être vraiment resté sur cette intrigue très resserrée je trouve qu'effectivement ce côté univers peut-être est venu foisonner un petit peu comme tu dis l'Empire etc ça apporte beaucoup
Speaker 2Le roman était complètement différent surtout qu'il y avait une grosse importance des compagnies commerciales dedans ce qui est quelque chose un élément que j'ai repris pour le mettre dans Capitale du Nord parce que ça me plaisait bien et finalement c'est le fait d'avoir enlevé ces compagnies commerciales qui est un élément assez important du roman et de développer l'Empire justement pour avoir cette puissance un petit peu arbitraire qui envoie les gens à gauche à droite qui les mute qui. prend très administrative façon un peu chine impériale c'est ça qui finalement a donné plus de relief à ce pas grande et donc au twist du milieu quoi
Speaker 1Du coup quand on s'est lancé dans un roman comme Un long voyage qui était le tien qui était une histoire un personnage etc et qu'on passe à une saga à quatre mains avec un immense univers comment l'idée vous est venue comment ça s'est créé?
Speaker 2Pour la tour de garde ça s'est créé vraiment à partir des deux villes donc la tour la capitale du nord la capitale du sud ces deux villes on les avait créées à partir de voyages qu'on a fait donc c'est à dire qu'elles ont vraiment des inspirations réelles de base c'est vraiment la capitale du sud c'est Sienne la capitale du nord c'est Amsterdam mais effectivement on les a un petit peu enrichies ces deux villes ces deux modèles qu'on avait pour Gemina la capitale du sud on a ajouté d'autres villes un peu du sud d'autres inspirations renaissance italienne il y a beaucoup de Marseille aussi qui est présente que Guillaume connaît bien et il y a même aussi un peu de Hong Kong par des voies super détournées dont il a déjà parlé et la capitale du nord donc il y avait Amsterdam j'ai ajouté tout ce qui était villes anséatiques les villes commerciales du nord de l'Europe j'ai ajouté aussi tout ce qui était grande puissance coloniale type l'Angleterre et un peu de Londres aussi il y a pas mal de références à cette histoire là aussi donc on avait ces deux villes qui avaient une histoire qui avait un ancrage dans le monde et au bout d'un moment on s'est dit qu'est ce qu'on fait de ces deux villes c'était vraiment on s'amusait à discuter de ces deux villes on créait des choses à ce propos on créait des choses en parallèle mais est-ce qu'on va en faire un décor de jeu de rôle est-ce qu'on va le confier à d'autres créateurs ou des choses comme ça et au bout d'un moment c'était on a ces deux villes mettons des gens dedans peuplons les deux personnages et le premier personnage pour commencer ça va être le protagoniste celui qui va raconter l'histoire sur le mode roman d'apprentissage et ce sera un personnage à l'image de la ville dans laquelle il vit donc Nox à Gemina qui a vraiment l'image même de Gemina solaire, chaleureux et Amalia à The Haven donc l'image de The Haven organisée, rationnelle et à partir de là tout le reste est découlé et effectivement on a eu d'abord cette phase de création de la direction générale du projet donc dans quelle direction on va aller on va sortir des villes on va aller vers la tour de garde et ensuite chaque intrigue avait sa propre ses propres grands axes et ça a été on a des histoires de base on les fait avancer on se fait relire au fur et à mesure pour être sûr d'avancer au même rythme histoire qu'on ne fasse pas trois mois plus tard d'un côté et qu'il rattrape de l'autre et surtout donc travailler faire en sorte qu'au fur et à mesure ce qui est juste des petits clins d'oeil thématiques ou alors des petits personnages secondaires qui vont passer d'une ville à l'autre au bout d'un moment les intrigues se rapprochent de plus en plus et travailler au moment où elles vont se croiser vraiment dans les tomes trois avec des scènes en commun en fait où pour le coup on a les mêmes dialogues du point de vue de Nox ou d'Amalia selon la trilogie qu'on est en train de lire donc vraiment ça s'est fait en se mettant d'accord sur à peu près tout en ayant une chronologie détaillée et surtout en se faisant lire au fur et à mesure pour être sûr qu'on était toujours en accord il y a des choses qui ont sauté au cours de ces relectures-là donc
Speaker 1je me dis déjà c'est des univers énormes et en plus on lit l'autre côté de l'univers où il y a tout un autre monde toute une histoire ça faisait peut-être un peu beaucoup non?
Speaker 2Oui surtout qu'en le lisant effectivement ça ajoutait des idées en fait genre ah bah oui tu lui as donné une sœur bah attends moi j'ai un frère et tout je vais développer ça je pensais que c'était juste un élément et ouais il y a un côté un peu mais c'était surtout stimulant en fait surtout que comme on partait d'un projet qui n'était pas fait pour être publié qui était un projet qu'on faisait pour s'amuser qui était un projet de couple qui était finalement enfin en tout cas au début il n'y avait aucune limite donc oui c'était peut-être un peu beaucoup à la fois mais on avait tout le temps du monde et puis en fait on fait ça pour s'amuser donc il n'y avait pas de grave enjeu c'est à partir du moment où la parution a été actée on avait écrit les deux premiers tomes de chaque côté il fallait juste finir en un troisième tome chacun où là pour le coup c'est devenu sérieux donc du coup là l'enjeu ça a été de reprendre ce qu'on avait déjà fait pour lisser pour enlever tous les fils morts qui mènent nulle part et choses comme ça enlever tous les trucs thématiques qui nous paraissaient cool quand on a commencé mais qu'on n'allait pas exploiter et en faire non plus un jeu transformer tout ce matériau qu'on avait créé par jeu pour en faire des romans en fait à proprement parler et réussir à fermer du coup en un tome ce qui était difficile, ce qui est la raison pour laquelle les tomes 3 sont plus gros que les tomes 1 et 2 il me semblait bien mais je ne vous ai pas demandé
Speaker 1oui oui, il n'y a pas de doute en fait c'est intéressant parce que je trouve que vraiment ce côté fun et s'amuser se ressent beaucoup quand on les attaque, je me souviens beaucoup des débuts où vraiment, oui on a l'impression que vous nous ouvrez les portes comme ça de regarde on a fait tout ça, c'était trop fun et tout, puis petit à petit, comme tu dis, l'intrigue globale prend un peu plus de place etc, je pense que ça c'est venu effectivement le côté publication puis même la progression peut-être aussi de remettre une cohérence petit à petit quand vous étiez dans le tome 2 ou ce genre de choses.
Speaker 2Oui, puis ça fait partie de la professionnalisation aussi, on a après appris à lisser, alors quand je dis lisser le récit ça peut sembler négatif, enlever tout ce qui est ben non, on garde quand même toutes les aspérités à ce qui fait l'originalité du projet mais lisser tout ce qui narrativement ne fonctionne pas en fait, et mais je pense que cette notion d'amusement elle est importante là j'ai vu les premiers les premiers retours de libraire sur Adam de la Seine, c'était là, Claire Duvier s'amuse beaucoup ça se sent et tout, et j'étais, oh ben quand même j'ai bossé et tout, j'étais, mais non en fait c'est cool enfin si les gens ressentent à la lecture que c'est un projet important pour moi et que j'y ai pris du plaisir, tant mieux, et effectivement dans la tour de garde c'est complètement ça, je pense que ce qui a bien fonctionné pour la tour de garde et ce qui a parlé au lecteur, c'était déjà le côté, le projet est original donc ça, ça peut en tout cas attirer l'attention mais si les lecteurs sont restés aussi c'est parce qu'ils sont autant amusés que nous et c'est la clé en fait, c'est hyper important
Speaker 1et je pense que c'est un bon baromètre un petit peu, quand on a pu s'amuser avec son roman, c'est peut-être qu'il y a un truc
Speaker 2qui va pas, oui, il y a peut-être un truc qui cloche peut-être qu'il faut le remettre un peu dans le germinateur là, et le laisser un peu de côté pour voir un peu s'il continue de pousser ou pas.
Speaker 1Je me souvenais d'une table ronde aux imaginales où tu avais parlé de tes deux phases d'écriture, la première phase qui est vraiment la création, imaginer tous les possibles, explorer les histoires, etc., mais qui reste mentale et où on n'écrit pas et la deuxième étape, où là par contre c'est l'écriture, j'imagine du premier jet peut-être d'autres choses aussi quand est-ce que tu es arrivée à cette façon de fonctionner?
Speaker 2Dès le début en fait, parce que finalement pour Un Long Voyage c'est exactement ce qui s'est passé c'est-à-dire que j'ai essayé un peu d'écrire le projet dès le début et en fait ça fonctionnait pas parce que je pense que les projets ils ont besoin de de temps pour maturer en fait ils ont besoin d'être médités, d'une certaine manière, peut-être pas dans le sens de faire de la méditation, mais dans le sens y penser, y réfléchir en marchant, d'aller au travail en faisant sa vaisselle, en passant enfin voilà, en vivant quoi un peu comme c'est une comparaison un peu cruche, mais un peu comme une plante finalement une graine finalement elle reste sous terre très longtemps on a l'impression qu'il ne se passe absolument rien et c'est seulement une fois qu'elle a germé que vraiment la plante va pouvoir croître et je pense que cette phase de germination elle est hyper importante pour s'assurer que le projet est bien bien ancré en fait que les racines soient assez profondes en fait et que ça va tenir le coup donc je sais que par exemple pour la Dame de la Seine c'est un projet qui mature pas sous sa forme telle qu'elle est actuellement mais sous une forme ou sous une autre depuis des années ça fait des années que j'y pense, ça fait un roman sur Christopher Marlowe ça fait des années que c'était là en fait, mais que c'était en tâche de fond que ça continuait tranquillement à pousser quoi mais après même en cours d'écriture il y a aussi des moments où j'arrive un peu au bout de ce que j'avais sous le coude on va dire et où le roman a besoin à nouveau de se reposer un petit peu temps pendant lequel je vais retourner en arrière, je vais revoir le début j'ai tendance à éditer au fur et à mesure que j'écris ce qui est peut-être lié à mon passé d'éditrice, enfin je suis encore éditrice maintenant enfin en freelance mais voilà c'est peut-être une déformation professionnelle on va dire mais effectivement quand le premier j'ai du mal à avancer j'ai tendance à retourner en arrière et à remettre un peu de cambouis à tourner un peu les engrenages, à voir un peu ce qui va pas et à laisser un peu reposer pour voir, alors pas laisser six mois reposer mais se dire c'est pas grave si cette semaine j'ai rien ajouté de nouveau à mon premier jet j'y réfléchis quoi voilà c'est encore plus développé chez Guillaume qui lui pour le coup vraiment pense tout en avant avant vraiment de s'y mettre moi j'ai quand même besoin de me laisser un peu des phases d'expérimentation sur le texte de devoir quand même coucher par écrit certaines choses mais oui cette phase de germination reste quand même
Speaker 1extrêmement nécessaire et la métaphore de la plante marche bien aussi pour quand la plante est en train de pousser il y a des moments où on va être enfin on va aussi avoir besoin de la laisser un peu reposer dans un coin etc je trouve que ça marche bien avec ce que tu décris ça résonne beaucoup pour moi le fait de en cours de route de l'histoire bah méditer un peu dessus prendre une petite pause effectivement comme tu le décris je pense que on a beaucoup cette image de l'écriture il y a des challenges d'écriture etc où il faut beaucoup écrire on vient d'en faire un bon mais c'est vrai que parfois on oublie un peu ce côté ou ben comme on dit là cette maturation cette germination peut encore avoir lieu pendant le premier g elle peut encore avoir lieu pendant la réécriture
Speaker 2oui c'est vrai que souvent on pousse un peu la course au premier g c'est ce qui est important c'est de le finir pour pouvoir un peu le retravailler et c'est vrai honnêtement j'ai du mal à vraiment bien retravailler un texte tant que j'ai pas au moins le premier g parce que j'ai les tenants les aboutissants et là au moins tout le reste c'est du rééquilibrage intérieur mais il faut pas se mettre une pression de malade non plus là dessus si vraiment ça avance pas et qu'on a vraiment l'impression qu'on écrit n'importe quoi et que tout va sauter peut-être que c'est le moment de s'arrêter et de réfléchir et de se dire pourquoi je pensais que ça allait partir dans cette direction est-ce que ça fonctionnerait pas mieux autrement est-ce que sans forcément le tester sans forcément écrire sans mettre des phrases mais juste s'arrêter réfléchir je sais pas regarder ça c'est un truc que Guillaume m'a appris que j'avais pas fait moi-même mais regarder des films où il y a le même type de deuxième chise un personnage ou thématiquement il y a un point commun ou alors il y a un traitement d'un point de décor qui peut être intéressant ou un truc comme ça pour ouvrir un peu son imaginaire et d'autres façons de faire ça veut pas dire chercher des idées ailleurs mais chercher voir la possibilité que d'autres choses existent ça ouvre la fenêtre un peu quand ça se sent on peut le refermer dans sa cervelle ce qui arrive souvent en plan premier G aérer avec d'autres lectures d'autres films d'autres d'autres récits ça peut
Speaker 1aider quoi je suis tout à fait d'accord c'est vrai qu'on s'en rend pas toujours compte je trouve c'est j'y réfléchis pas beaucoup mais en fait je me dis mais effectivement tout ce que tu consomme entre guillemets comme oeuvre et histoire tout le long de l'écriture même au début même à la fin et les autres genres littéraires qui vont venir t'apporter d'autres trucs etc je trouve que tout cet ensemble là c'est un peu ton terreau si on reste sur notre
Speaker 2c'est essentiel ouais de toute façon je vois pas comment on peut écrire sans lire enfin c'est la base
Speaker 1ouais je pense aussi parce que on a un peu cette idée de du coup de beaucoup lire et on nous apprend entre guillemets un petit peu ça on dirait si tu veux publier chez les forges de vulcain regarde bien le catalogue regarde bien tout ce qu'ils font mais c'est vrai que j'ai l'impression d'être tout autant enfin d'avoir limite plus besoin d'oxygène et de lire autre chose qui n'a rien à voir pour justement avoir un petit peu plus un dézoom sur l'histoire je sais pas si c'est
Speaker 2c'est même complètement nécessaire moi quand on me demande des conseils pour des gens qui veulent écrire qui travaillent sur leur premier roman ou sur leur deuxième qui sont un peu au début de la carrière et qui demandent des conseils moi mon conseil c'est de lire lisez énormément vous regardez des films des séries enfin ce qui vous plaît mais autant je trouve que pour des lecteurs le lecteur a le droit de lire ce qu'il veut le lecteur a le droit de lire toujours le même genre le lecteur a le droit de pas finir les livres mais si vous voulez être auteur en fait l'approche elle est professionnelle en fait donc oui il faut lire il faut lire énormément et il faut pas lire uniquement ce qui vous plaît et ce vers quoi votre goût vous porte naturellement en fait parce que sinon vous allez avoir une approche hyper étroite de la littérature et en tant qu'auteur vous pouvez pas vous le permettre donc faut lire très largement faut lire des classiques faut lire des choses qui sont pas votre genre de prédilection faut vous nourrir en fait c'est votre carburant tout ça ce que vous allez manger ça va vous donner de l'énergie enfin voilà on est encore dans les comparaisons un peu mais c'est complètement ça en fait et c'est aussi vrai de ce que vous allez lire pendant l'écriture de votre roman que de ce que vous avez lu quand vous aviez 7 ans quoi enfin toutes ces choses là elles ressortent de toute façon ce terreau il est fait de tout ce que vous avez pu le mot est pas beau mais consommer en tant que culture pour toute votre vie quoi
Speaker 1j'aime pas trop le mot consommer non plus mais sinon je suis tout à fait d'accord avec ça et en plus je trouve que c'est même très intéressant et ludique quand je discute avec des auteurs et je leur dis mais par exemple ton livre préféré là de ado justement pour moi c'est le clan des autories le relire maintenant en se demandant pourquoi on l'aimait bien en ayant aussi un regard d'adulte quand c'est un livre qu'on adorait quand on était plus jeune et en voyant les défauts et en disant mais ouais mais les défauts c'est pas grave parce que en fait tout ça c'est des comme tu dis l'approche professionnelle un peu d'essayer de comprendre pourquoi les choses fonctionnent de se former au contact de tout ça oui c'est vrai que
Speaker 2bien sûr c'est de démonter la radio pour voir comment ça fonctionnait et voilà pour pouvoir en faire une quoi c'est et surtout avoir un regard critique sur les oeuvres qui se détache du simple de regard de lecteur en fait en regard de lecteur on a une approche assez simple du livre parce que c'est assez simple c'est j'aime j'aime pas et en fait c'est complètement ok d'avoir cette approche là quand on est lecteur en fait on peut avoir une approche un petit peu plus développée quand par ailleurs on chronique sur les réseaux sociaux ou quand on écrit dans un journal ou des choses comme ça mais effectivement c'est une approche qui est quand même plus sur alors que quand on est auteur et qu'on veut créer soi-même des textes on est obligé d'avoir une approche qui est critique et qui va beaucoup plus loin et qui va dans les mécaniques en fait c'est la différence entre regarder une tapisserie regarder l'arrière de la tapisserie on voit tous les points tous les c'est là qu'on apprend en fait finalement ce qui fonctionne ce qui fonctionne pas le fait que parfois derrière la scène on voit que c'est un peu le bordel ça fait partie aussi du processus
Speaker 1oui et puis ça rassure aussi un petit peu derrière la scène c'est un peu le bordel je trouve que Typiquement, les tables rondes, comme ça, dans les salons littéraires, je trouve que ça. Alors, quand elles sont bien faites, c'est assez passionnant, parce qu'en plus, on se rend compte que chaque auteur a une approche très différente. Typiquement, ces tables rondes-là, je me demande si c'était pas sur les émotions. C'est possible! Justement, il y avait des autrices qui vivaient complètement les émotions pendant le premier G, et toi, tu étais venue avec cet éclairage de « moi, pas du tout, parce que j'ai mes deux phases, et l'écriture, je suis. » Je voyais vraiment plus ce côté technique qui, moi, résonnait beaucoup plus. C'est-à-dire, en fait, les émotions sont pas là. Elles sont à plein d'endroits, dans plein de moments du processus. Mais oui, c'est vrai que, par contre, quand on est dans ce côté « créer une histoire », les personnages, le côté technique, scénario, moi, effectivement, j'ai plus, entre guillemets, j'ai plus les émotions qui arrivent dans ce moment-là. Je pense que c'était ça.
Speaker 2Oui, oui, ça me dit quelque chose, effectivement, où le côté, tout ce qui est. Les émotions, dans un roman, c'est aussi une mécanique, en fait. Alors, c'est. Vous allez me dire « c'est horrible », tu peux pas dire ça, Claire! Mais si, si, en fait, il y a un côté aussi, il y a une façon dont ça fonctionne, et c'est le genre de choses, en fait, où ces émotions, si j'arrive à les retranscrire dans un texte, c'est pas forcément parce que je les ai ressenties au moment de les écrire, mais c'est parce que je les ai ressenties dans ma vie, au cours de ma vraie vie que j'ai vécue, et que, voilà, c'est ça, en fait. Tout ça, ça fait partie aussi du carburant que vous mettez dans vos textes. C'est la vie que vous avez vécue. C'est pour ça qu'il faut pas vous inquiéter. Enfin, si, très jeune, vous avez du mal à écrire un texte qui vous semble avoir un peu de la richesse et de l'épaisseur, mais c'est normal, vous êtes jeune, vous avez encore plein de choses à vivre qui vont nourrir les textes d'après, donc vous inquiétez pas, au fur et à mesure, ça va venir. Mais c'est vrai que ce côté, il faut ressentir le texte de l'intérieur en même temps qu'on écrit. Je dis pas que c'est pas bien, parce que plein d'auteurs font ça, hein, donc, mais il y a plein de façons de faire, et si c'est pas votre cas, ne pensez pas que vous avez un cœur de glace ou de pierre, vous avez une approche tout à fait mécanique et professionnelle, et c'est ok,
Speaker 1vraiment. Et aussi, c'est un peu ce qu'on disait au tout début, là, tu parlais de d'écrire, enfin, aux autres moments, que quand on est devant le clavier, et typiquement, les trucs de faire la vaisselle, marcher, etc., et personnellement, je pense que c'est plutôt là, c'est « Ah! Je pourrais écrire ça! » Et l'émotion, elle est là, mais du coup, effectivement, parce que là, je suis dans un état où j'ai pas la pression d'être devant mon texte, et en plus, il faut que la phrase soit bien, et en plus, n'oublions pas que c'est ça. Et je pense qu'effectivement, se laisser, ne pas oublier qu'en fait, on a toute cette palette de la vie, où c'est là, peut-être, qu'on va avoir l'émotion, l'idée, machin, et que par contre, devant le clavier, on ne sera plus dans cet état-là, ou moins.
Speaker 2Oui, moi, je défends la rêverie envers et contre tout, c'est là que naissent les meilleures idées, et puis surtout quand vous avez les mains occupées, parce que vous êtes en train de faire la bouffe, ou les jambes occupées, parce que vous êtes en train de vous rendre au travail, et que vous rêvassez, franchement, rêvassez, c'est la meilleure chose, en fait, l'esprit, il est complètement libre, en fait. Il n'a pas besoin de quoi que ce soit, enfin, pas pour vous empêcher de vous cogner un arbre, ou un truc comme ça, finalement, il est libre de faire ce qu'il veut, et c'est là, en fait, que c'est les moments où on se fait des films, soi-même, sur sa vie, du « ah, j'aurais dû répondre ça, j'aurais dû. » Ben oui, en fait, votre imagination est en train de travailler, et c'est exactement ce que ça demande d'écrire un travail, d'écrire un roman, en fait, c'est d'avoir cette imagination qui travaille, et qui se défoule complètement, et effectivement, tu as raison, c'est à ce moment-là qu'on ressent les émotions, qu'on va ensuite, mécaniquement, retranscrire de façon beaucoup plus posée, une fois qu'on est devant son écran, où ça fait le papier. Donc, rêvassez! Et en fait, c'est un peu dur,
Speaker 1quand même! Tiens, arrive-toi, ça va!
Speaker 2Oui, et puis c'est difficile d'ordonner à quelqu'un de rêvassez, vas-y, rêvasse! Ça ne fonctionne pas comme ça, mais laissez-vous rêvassez, quoi! Alors, voilà, on a tous des vies où on est sollicité H24, et c'est toujours un peu compliqué de dégager du temps, mais justement, le temps le moins intéressant qu'il soit, les tâches ménagères, les temps de déplacement, c'est les meilleurs moments
Speaker 1pour rêvassez. Mon préféré, alors, c'est quand j'étais salariée, c'était quand tu attends qu'un truc commence, c'est des réunions, des trucs comme ça, tu es à la limite tout seul, tu t'ennuies à mourir pendant un quart d'heure le temps que tout le monde commence, mais alors là, j'avais mes meilleures idées! Donc l'ennui marche super bien, la rêverie! On a beaucoup parlé de ça, comme si c'était toujours le cas pour toi, est-ce qu'il y a des choses qui ont évolué dans comment tu écris, dans tout le processus d'écriture au global?
Speaker 2En fait, j'essaie toujours de faire chaque nouveau projet d'écriture un peu différemment, d'utiliser une méthode un peu différente, enfin, pas complètement différente, mais d'intégrer quelque chose de différent, que ce soit au niveau du décor, du genre, de la contrainte, parce que j'ai l'impression qu'en fait, j'apprends quelque chose à chaque roman. Ce qui me fait s'asseoir les choses, c'est que les choses vont toujours en s'améliorant, finalement, on retire toujours quelque chose du roman qu'on vient de finir. C'est vrai, quand j'ai commencé à écrire en jeunesse, par exemple, je me suis donné à moi-même la contrainte, ce n'est pas quelque chose que mon éditeur m'a demandé, je me suis donné la contrainte de faire des chapitres plus courts que ceux dont j'avais l'habitude, enfin, peut-être durs les chapitres, peut-être interminables, là, je me suis dit, en plus, en jeunesse, j'aimerais bien quand même que ça fasse des tranches de lecture, qu'on puisse un peu reposer son livre sans se dire "je suis au milieu d'une scène", et en fait, j'ai trouvé que ça fonctionnait super bien pour rendre un texte beaucoup plus punchy, avoir un rythme un peu plus soutenu, ce qui fait que du coup, avec moins de. j'ai un peu relâché la contrainte, mais je l'ai quand même gardé, d'une certaine manière, pour la dame de la scène, et je trouve que justement, ça fonctionne bien, parce que ça rend le texte beaucoup plus punchy, en termes de rebondissement, d'action, quand on se dit, là, le chapitre est suffisamment long, il faut que je le ferme, et que si quelque chose d'autre doit être ajouté, il faut que ce soit logé dans le chapitre après, ça m'a aidé à mieux structurer. Là, je pense que ce que j'ai appris avec la dame de la scène, je veux voir un peu comment je vais réutiliser, c'est peut-être comment mélanger, mêler un peu plus tout ce qui est documentation, et imagination, parce que la grosse différence entre les jardins de l'imaginaire, ce qu'on disait tout à l'heure, sur trouver la bonne dose entre le plausible et l'épique, et le souffle, c'est. on a quand même, on va dire, un canon qui est beaucoup plus fixe en histoire, on ne peut pas inventer tout et n'importe quoi non plus, donc comment on se glisse dans les fissures pour réussir à y glisser sa propre histoire, donc j'attends de voir un peu les prochains romans, ce qu'ils vont m'apporter. Après, il y a un truc qui ne change pas trop, c'est que généralement, quand même, je ne structure pas forcément tout par chapitre en amont, je me laisse beaucoup de place pour changer au fur et à mesure, pas complètement radicalement changer l'histoire, mais changer l'ordre des événements, la place qu'ils sont censés avoir, l'arrivée des révélations, des choses comme ça, donc je me laisse de la latitude, parce qu'au fur et à mesure de l'écriture, je me rends bien compte que ce qui me paraissait une bonne idée au moment de rêvasser, finalement, ça ne fonctionne pas tout à fait bien, mais ça va me mener à une autre idée qui va mieux fonctionner, parce qu'elle est étayée par l'écriture.
Speaker 1Justement, c'était une de mes questions, parce que tu as tout de suite, quand tu as parlé des chapitres, c'était "bah oui, je peux du coup finir sur un chapitre, pas partir sur un autre", mais je me suis dit "ah ouais, dès le début des chapitres, puis en fait, non, juste après, tu as dit "bah non, on peut les changer", etc.
Speaker 2Oui, ce n'est pas en amont, alors j'ai quand même un plan, parce que j'aime bien ne pas complètement me perdre et savoir où j'en suis à peu près dans l'intrigue, et c'est ça qui est à côté du genre, je pensais que tout allait rentrer dans le chapitre, mais du coup, ça va faire un chapitre qui est vraiment gonflé et inintéressant, et en fait, je vais plutôt émietter mes révélations, partager avec un autre chapitre, du coup, ça me permettra un changement de décor, du coup, ça me permettra d'introduire autre chose. Donc, il y a toujours, je vois vaguement dans quel ordre les révélations vont arriver, où les personnages vont arriver, mais il faut se laisser un peu de mou, pour se donner la possibilité de rebondir quand on voit que ça ne marche pas.
Speaker 1C'est vrai que, effectivement, ça résonne beaucoup pour moi aujourd'hui, avec le fait que j'écris plusieurs romans, mais c'est vrai que débutant, on est terrifié quand on se fait un plan et on se dit "mais non, si je fais ça, tout mon plan se casse la gueule", et c'est vrai que c'est rassurant de temps en temps de dire, bon, effectivement, peut-être qu'au premier jet, quand c'est notre premier roman, vaut peut-être mieux, peut-être, bon, si on a une super idée, il faut la suivre, mais sinon, je pense que suivre le plan peut être beaucoup plus rassurant, mais garder en tête, effectivement, que typiquement, la réécriture, on peut changer pendant tout le processus, et en fait, en général, si cette idée arrive à ce moment-là, c'est que c'en est une bonne.
Speaker 2Et après, ça dépend aussi des gens, je pense qu'il y a des gens qui sont beaucoup plus rassurés, qui arrivent à fonctionner, en fait, comme ça. Je sais que c'est le cas de Guillaume, mais d'autres auteurs et autrices avec qui j'ai pu discuter en festival, qui ont effectivement un plan extrêmement détaillé, un synopsis vraiment très, très détaillé, très, très étayé, et qui finalement, ensuite, la phase d'écriture est plus mécanique, parce qu'en fait, tout est déjà prévu. Moi, je suis incapable de fonctionner comme ça, mais eux, ça fonctionne très bien pour eux. C'est là qu'il faut trouver sa méthode, il faut trouver sa façon de fonctionner, et c'est ça le vrai défi. Moi, je ne pensais pas que la façon de fonctionner serait aussi chaotique, vu que je suis quelqu'un d'assez un peu ordonné, un peu psychorygique dans la vie. Je pensais justement que dans l'écriture, ce serait pareil. Pas du tout. Je suis dans l'entropie la plus totale. La règle, après, c'est de gérer cette entreprise et de la juguler pour en faire quelque chose de cohérent et qu'aucun fil ne dépasse.
Speaker 1C'est pareil, alors ça fait beaucoup de temps à entendre, même si on est très, très rangé dans la vie, parce qu'au contraire, notre échappatoire créatif, c'est le plus chaotique, changer 15 000 fois d'avis. Donc effectivement, je pense que ça fait du bien aux personnes qui sont comme nous.
Speaker 2N'ayez crainte, tout est possible. Et puis, une autre chose que je m'oblige à faire aussi, c'est d'écrire tout le premier jet de A à Z. Alors les choses vont peut-être changer d'ordre, les chapitres vont peut-être bouger et tout, mais un truc que j'évite de faire, c'est le côté "ici, insérez une scène d'action plus tard", parce que je sais très bien que je vais y retourner. Une scène est désagréable à écrire, que ce soit pour des raisons techniques, ça m'emmerde de faire une bagarre là maintenant, tout de suite, des raisons émotionnelles. C'est une scène beaucoup trop dure. Il y a une scène comme ça dans la date de la scène, justement, où effectivement, je savais que cette scène, elle allait être vraiment horrible. à raconter, que ça allait être très long mais qu'il fallait le faire, moi je m'aimerais de jamais le remettre à la fin parce que sinon il faut rester dans la dynamique du récit et surtout ne pas se contenter des scènes les plus agréables et les plus sympas et les plus chouettes à écrire parce que justement se dire « la fin me plaît beaucoup, la fin est super » en fait ça te fait aussi une motivation à finir le premier jet sans prendre de raccourcis et sans sauter par-dessus les ruisseaux quoi, mais c'est pas facile des fois j'avoue, puis d'un côté « ah et si je sautais cette scène en sachant qu'elle est un peu à part dans le roman et je continue comme ça, je garde la voix » ben ouais mais en fait la voix narrative ne peut pas être la même après cette scène qu'avant donc en fait non, il faut que je reste dans la chronologie et dans la dynamique du récit quand bien même des choses changeraient de place un peu après, mais ça ce sera du travail éditorial, en termes d'écriture j'essaye d'écrire du début à la fin.
Speaker 1Oui. C'est vrai que ça pour le coup, alors effectivement je suis plutôt aussi côté chaotique mais comme toi j'ai un peu ce côté de « mais je ne peux pas écrire la scène d'après là, il faut que j'écrive celle-ci, j'y arriverai pas sinon il y a une logique » et en même temps c'est marrant parce que ça me fait penser à un truc que j'ai souvent dit et que je commence à me dire que c'était vraiment pas le meilleur conseil, c'était de dire « ben normalement quand vraiment tu détestes écrire cette scène, alors c'est plutôt quand t'es débutant je pense, mais c'est que tu t'amuses pas du tout, c'est que ça sera pas très amusant à lire, enfin il y a peut-être un problème quoi, mais finalement non, je pense que tu as raison il y a aussi des scènes où elles sont dures, elles sont vitales et c'est le genre de truc qu'on va peut-être un peu plus facilement procrastiner mais par contre d'un jour ça sortira et on l'aura fait quoi. À propos de la dame de la scène parce qu'on en a un peu parlé mais je mettrai le lien pour le retrouver dans la description de l'épisode qui vient donc de paraître et là c'est ta première incursion dans le genre plutôt historique du coup? Oui. Ouais ouais ouais. Tu as encore fait un petit viral. J'ai fait un petit voyage et exploré d'autres horizons. Est-ce que. Toujours en pas de côté. Ouais voilà. Est-ce que le côté historique, donc est-ce que le fait d'écrire un roman historique quand on vient de l'imaginer donc on en a un petit peu parlé mais par exemple c'est un côté recherche, est-ce que c'était difficile du coup de se mettre dans ce.
Speaker 2Alors non pas trop parce que forcément bah le sujet m'intéressait donc ça c'est aussi la clé je pense alors ce qui est un peu étonnant parce qu'à la base c'est pas ma période historique. En fait ça se passe à la fin du sixième siècle donc on est en plein devant les guerres de religion. En tout cas les premières guerres enfin les guerres de religion du sixième siècle, il y en a eu d'autres aussi au dix-septième. Moi c'est une période historique qui m'a jamais attiré plus que ça parce que c'est une période assez dure, sauvage et c'est une période où enfin je pense de la vie même des historiques qui travaillent dessus personne ne comprend rien il y a beaucoup de choses qui se passent et effectivement après c'est hyper intéressant d'un point de vue romanesque. Et d'ailleurs. On va dire que c'est dur de suivre mais en me penchant un peu dessus je suis un peu passée au-delà des réticences que je pouvais avoir pour une période qui me paraissait vraiment obscure et compliquée et voir un peu les choses et puis enfin c'est un peu le B.A.B. quand on s'intéresse à des périodes historiques on y voit les ferments enfin je le vis maintenant toujours même quand c'est aussi éloigné que le 16e siècle c'est là qu'on voit les liens avec entre l'humanité d'hier et l'humanité d'aujourd'hui et à partir de ce moment on a fait ce lien on voit plus les gens du passé comme des peuplades lointaines mais on se rapproche d'eux et on peut parler d'eux et on peut les mettre en scène donc moi ce qui m'intéressait à la base dans la dame de la Seine c'était donc ce personnage Christopher Marlowe sur lequel je voulais écrire depuis très longtemps Christopher Marlowe c'est un dramaturge anglais et un contemporain de Shakespeare qui a une vie plutôt alors courte et intense on va dire. Donc moi c'est un personnage qui t'intéresse? Donc moi c'est un personnage qui est tellement romanesque ne serait-ce que par sa mort par sa vie le fait qu'au 16e siècle il était athée il était homosexuel ouvertement on sent le personnage complètement anachronique il était espion en plus d'être dramaturge et il est mort tragiquement dans une taverne une soi-disant bagarre de taverne on pense qu'effectivement peut-être qu'on l'aurait fait taire parce qu'il en savait trop donc déjà on lit ça dans un livre de littérature on dit wow c'est l'histoire du roman ou c'est l'histoire de l'auteur? Oui c'est l'histoire de l'auteur d'accord pas mal il y a forcément quelque chose à faire sur un auteur qui a une telle guillot et d'ailleurs je ne suis pas la première à avoir écrit un roman sur Christopher Marlowe il y en a eu d'autres mais ça ne suffisait pas d'écrire je ne voulais pas écrire la biographie de Christopher Marlowe ça ne m'intéressait pas pour moi c'est du travail d'historien ce n'est pas du travail de romancier je voulais mettre en scène Christopher Marlowe mais je voulais le mettre en scène d'une façon qui ne serait qu'à moi en fait. Qui serait assez différent des points de vue qu'ont choisi d'autres auteurs qui correspondent à eux leur sensibilité leur goût et en m'intéressant d'un peu plus près à l'époque à ce qu'avait écrit Christopher Marlowe j'ai vu que sa dernière pièce s'appelait Massacre à Paris donc c'est sur la Saint Barthélémy ce qui est intéressant c'est qu'il écrit sur la Saint Barthélémy 20 ans après la Saint Barthélémy il avait eu les pièces même du théâtre Elisabeth Bétain on porte sur des sujets historiques ou antiques. Là vraiment c'est une scène d'actualité finalement donc avec un peu de propagande ce qui rend ça encore plus intéressant et à ce moment-là en fait vraiment ma réflexion commençait vraiment à prendre corps est sorti le très beau livre de Jérémie Foy qui s'appelle Tous ceux qui tombent je crois je regarde je n'ai plus mon bureau qui s'intéresse aux victimes de la Saint Barthélémy en fait par le biais d'actes notariaux qui sont un peu tout ce que ces gens ont laissé en fait finalement ils arrivent à reconstituer leur vie via des actes notariaux, des procès-verbaux d'interrogatoire des choses comme ça donc des choses qui sont très froides et très administratives mais qui arrivent à faire ressortir des existences bouleversantes et il se penche à la fois sur les victimes mais aussi sur les bourreaux donc j'ai trouvé ça hyper intéressant alors déjà c'est bouleversant à lire et c'était un théoreau incroyable pour un roman quoi.
Speaker 1Effectivement du coup ton point de départ là c'était ce personnage et ensuite tout ces idées qui arrivent par dessus quand tu t'es penché sur son histoire?
Speaker 2Voilà ça m'a amené à m'intéresser un peu plus à l'histoire pas du point de vue anglais mais du point de vue français aidé par le fait qu'il avait écrit justement ses pièces de théâtre sur un événement historique français et du coup la question c'était comment je peux jouer en fait de cette fin coïncidence historique parce que bon on a pas de vie historique c'est quand même une sacrée coïncidence pour en faire un roman qui va lier les deux et ça a été le point de départ. J'ai lu ensuite beaucoup d'historiens de l'époque sur la Saint-Barthélemy mais aussi sur l'époque de la fin du 16ème siècle en général sur la ligue à Paris sur des choses comme ça qui étaient des choses que là pour le coup je connaissais vraiment très mal donc je partais un peu zéro là-dessus donc ça a été une période hyper intéressante et hyper nourrissante en sachant qu'après ça fait partie de la germination du roman et qu'après il faut surtout faire le tri et résister à la tentation de mettre toute chose dans le roman parce que ça n'intéresse pas le lecteur hélas donc la seule personne qui est saoulée par cette documentation c'est mon compagnon parce qu'à chaque fois qu'on se promène à Paris il me dit mais savais-tu que dans cette rue en 1793 en 1593 et voilà j'ai perdu le lecteur et c'est Guillaume qui prend la place.
Speaker 1C'est intéressant parce que je pense qu'effectivement ça c'est un peu comme l'imaginaire mais en plus plus quoi parce qu'en imaginaire aussi on ne va pas tout mettre dans le livre on a des choses exactement je dis tout toujours et j'avais vu une conférence d'une actrice de Rajot qui avait dit tu sais ce que tu as dans tes tiroirs mais le lecteur ne le sait pas et là en historique je pense que les tiroirs sont bien gros bien fournis bien remplis avec plein de trucs qui nous passionnent et qui sont super intéressants à raconter mais maintenant mon intrigue c'est cette histoire là etc ça doit être assez difficile.
Speaker 2C'est difficile mais d'un certain côté c'est aussi il y a aussi un petit côté on évite de faire des erreurs comme ça en fait on évite de tomber à côté on évite de moi de toute façon alors c'est vrai pour de l'historique c'est vrai quel que soit le genre l'édito l'édition la période d'édition d'un texte c'est plus pour enlever que pour ajouter clairement donc très ponctuellement ajouter quelque chose parce que ah là on sait peut-être pas fait peut-être une petite allusion pour qu'on comprenne que machin mais en général c'est retirer ça en fait c'est pas nécessaire ça c'est pas ça c'est discutable en plus est-ce qu'on a envie de non dans ce cas là on retire et on reste surtout sur l'os du récit c'est ça qui compte finalement et c'est ça qui va porter le et je trouve que dans un moment historique enfin en tout cas moi dans ma courte pratique du roman historique c'est ce qui était plus important pour moi c'était ce n'est pas grave si le lecteur n'a pas tous les tenants et aboutissants il n'est pas là pour avoir une leçon sur la ligue parisienne à la fin du sixième siècle il est là pour suivre les aventures de christopher marlowe qui s'attire des ennuis en fait donc c'est un sujet passionnant si vous voulez en savoir plus il y a plein d'historiens qui sont au même temps je pense que parce que pour
Speaker 1le coup il ya beaucoup de théorie historique que j'aime beaucoup et donc j'ai lu des historiens mais clairement par rapport alors c'est pas du tout l'histoire c'est pas le meilleur exemple historique mais là je pense comme ça au pilier de la terre qui par rapport à la résonance de l'information dans un roman historique on se prend les émotions des personnages de plein fouet les tous les éléments qu'on va vivre avec le héros on va bien les retenir alors que clairement les les vraiment livres historiques moi j'ai beaucoup plus oublié du coup parce qu'on connecte moins c'est pareil avec les messages qu'on a envie de faire passer ou ce genre de choses quoi ça le fait la fiction nous ancre bien tout ça
Speaker 2oui après c'est objectif principal objectif secondaire quoi c'est ça c'est effectivement on peut retenir des faits historiques en lisant un roman historique mais en fait c'est l'objectif secondaire l'objectif principal principale du roman, c'est vraiment de raconter l'histoire. En tout cas, c'est mon approche. Et je trouve qu'apprendre des choses en chemin, c'est génial. Mais effectivement, le risque, quand on apprend l'histoire uniquement avec des romans, c'est d'avoir une vision de l'histoire un peu. Enfin, voilà, on va dire que ça résonne un peu à notre époque. A-t-on besoin de cette vision-là de l'histoire romanesque et épique uniquement, et puis forcément un petit peu orientée?
Speaker 1Bien sûr. Et avec le prisme que l'auteur avait, qui n'est pas le même, etc. Ça me fait penser aussi au côté. J'avais interviewé une autrice de uniquement roman historique qui s'appelle Nathalie Debrock, qui avait écrit sur plein de périodes différentes, et qui parlait un peu de la peur qu'on peut avoir que, justement, les historiens viennent dire que notre livre, c'est n'importe quoi, parce qu'on a traité ça comme ça, etc. Je ne sais pas si toi, tu l'as un peu eu? Ça m'a terrifiée.
Speaker 2Non, mais je comprends. En plus, les historiens, ils sont menaçants, ils arrivent. Non, vraiment pas. Mais j'ai quand même eu cette crainte pour de vrai. C'était vraiment. Pour moi, c'était hyper important. Et je l'avais dit à mon éditeur, j'ai envie qu'un historien de l'époque relise. Peut-être pas un historien dans sa spécialité, parce qu'évidemment, lui, il va trouver encore plus à redire. Mais au moins, quelqu'un qui connaisse bien l'époque et qui puisse me dire s'il y a des gros pas. Il n'y a pas un côté du genre, oui, c'est pas possible que ce format le soit là, parce que selon les sources, machin. Non, ça, c'est une liberté que j'assume, en fait. Dans les remerciements, j'en parle à la fin, les petits arrangements et les grands arrangements. En fait, les petits arrangements qu'on peut faire avec l'histoire, les grands arrangements, c'est là qu'on a quand même besoin de quelqu'un qui les dise un problème de vocabulaire ou un problème de. Il y a un truc sur le niveau de langue, en fait, dans La Dame de la Seine, pour rendre le côté historique, l'historicité du langage. J'opte non pas pour un langage très janteux d'âme, oye-oye, machin, mais pour quelque chose d'intermédiaire. Une gouaille plus années 1940, plus tirée de Raymond Chandler, qui lui aussi s'inspire de Christopher Marlowe, mais voilà, on va pas faire dans les détails, parce que pour moi, c'était une façon de rendre l'historicité en ayant un peu une gouaille, en ayant quelque chose d'intéressant à lire, plutôt qu'une fausse historicité, très médiévalisante, pas forcément plus réaliste, qui peut être intéressante aussi, mais qui, moi, j'avais pas envie de faire ça, j'avais l'impression de retourner dans la fantaisie, en fait, si je faisais ça. Donc ça m'intéressait pas. Donc du coup, d'avoir un. J'ai un historien qui a pu relire le texte, qui m'a dit qu'effectivement, qu'il avait bien compris les choix, en fait, de narration, les choix au niveau de langue, mais qui a quand même repéré certaines choses sur l'utilisation de certains termes, du genre, attention, parce que là, c'est utilisé à la fois dans un sens moderne et dans un sens, on va dire, plus classique, tout au long du roman, est-ce que ça risque pas de semer la confusion dans l'esprit du lecteur, c'était tout à fait vrai, enfin, voilà. Et effectivement, pour moi, la lecture historique, c'était vraiment m'assurer que je ne fasse pas d'énormes pains, des choses impardonnables, vraiment, des anachronismes, il y en a forcément, ne serait-ce que d'un point de vue du langage, mais l'anachronisme involontaire de mettre, je ne sais pas, des trucs du XVIIe qui popent au milieu du XVIe, ou des choses comme ça.
Speaker 1Un roman qui n'existe pas et qui est là.
Speaker 2Voilà, ou là, pour le coup, ça gênerait vraiment la lecture, ou des choses comme ça, parce que il y a énormément de choses qui sont quand même inventées, c'est terrible, parce que le Paris du XVIe siècle, tout a disparu, enfin, beaucoup de choses ont disparu, c'est pas comme celui du XVIIIe ou du XIXe, qu'on peut voir encore dans les rues, donc il y a beaucoup de choses qu'on a oublié de complètement inventer, moi, ce théâtre dans l'hôtel de Bourgogne, on en parle dans le roman, je sais qu'il existe, il y a quelques gravures sur comment était la scène, quels étaient les troupes, mais c'est tout ce qu'on a, enfin, on n'a vraiment pas grand-chose, et donc, bon côté, ça ouvre à l'imagination, mauvais côté, ben, il faut quand même pas mal inventer, quoi, donc, est-ce qu'un historien du théâtre ne va pas arriver en disant, vous avez écrit vraiment n'importe quoi et tout, et puis, comme on dit au moniteur, il y a un moment où, en fait, on a fait tout ce qu'on pouvait, avec ce qu'on pouvait, et que, effectivement, il faut aussi lâcher prise, et si quelqu'un dit attention, à un moment, c'est pas le bon couvert qui est utilisé au moment du repas, on n'a pas pris le couteau à vitre, machin, enfin, c'est comme dans les grands repas, finalement, on a vu dire, oui, c'est pas correct d'avoir fait ça, mais c'est pas grave, en fait. Donc, là encore, on est toujours sur un équilibre, tout à l'heure, je parlais en fantaisie, l'équilibre qu'on avait entre le plausible et puis le souffle, là, c'est l'équilibre entre, ben, encore une fois, le plausible et l'authentique. Est-ce que on doit, pour faire un roman historique intéressant, faire en sorte qu'il soit le plus authentique possible? Moi, j'en suis pas certaine, parce qu'effectivement, c'est des mœurs quand même super différentes, il y a des choses qu'on ne risque pas de comprendre, on n'exprimait pas les sentiments de la même manière, les émotions, les choses, le langage, enfin, on ouvrait montagne, enfin, on comprend pas, en fait, enfin, ça demande vraiment un grand effort, donc, non, on peut pas rendre exactement la façon de parler des gens de l'époque, ou sinon, ben, en fait, ça va pas être intéressant, ou alors, on va pas accrocher, quoi. Donc, réussir à trouver comment rendre ça plausible, comment rendre ça intéressant, comment rendre ça goyeur, sans trop trahir l'authenticité non plus. Toujours sur la brèche, quoi.
Speaker 1C'est intéressant, et en même temps, je pense qu'effectivement, c'est clairement intimidant, je pense, quand on démarre, je sais pas si tu l'as vécu comme ça, du coup, de se dire, ben, alors, attends, est-ce que, du coup, c'est assez digeste, c'est assez correct, etc., enfin, je pense que, peut-être, ouais, au début, c'était un petit peu plus intimidant, le temps de trouver un peu notre façon de le raconter.
Speaker 2Oui, oui, ouais, c'est. Et encore, peut-être pas dès le début, parce qu'au début, on se penche dans l'histoire, on fait connaissance avec le personnage, on laisse le au fur et à mesure, il arrive à Paris, et j'étais, hum, j'essayais d'imaginer Paris au 16ème, du haut de Montmartre, et je suis, hum, ça demande quand même beaucoup d'imagination, je. Est-ce que tu devrais écrire un autre roman historique, par exemple? Oui, je pense, ouais, ouais, pas la même période, j'aimerais bien me pencher sur une période que, pour laquelle j'avais plus d'affection, déjà, de penchant, enfin, qui m'intéressait plus, j'adore le 18ème siècle, donc, je me verrais bien écrire quelque chose du 18ème siècle, peut-être pas tout de suite, là, tout de suite, j'ai envie de repartir déjà en jeunesse, et je suis plus sur un projet de science-fiction, à nouveau, mais oui, oui, moi, j'aimerais bien refaire de l'historique, ouais, complètement, et puis même autre chose, enfin, pour le coup, moi, je m'interdis absolument rien, tant que c'est un genre que j'apprécie, que je lis aussi, ou que je sens aussi accessible, voilà, il y a des choses plus codifiées, où j'aurais peut-être plus de mal, ou peut-être que l'envie m'en viendra peut-être plus tard, quoi, mais oui, l'historique, ça fait partie des choses qui m'intéressent, et sur lesquelles je me repencherais volontiers, ouais.
Speaker 1Et le jeunesse, c'est un peu comme une petite respiration un peu différente au milieu d'un groupe de gros projets comme la Tour de Garde et le roman
Speaker 2historique? Alors, pour l'instant, j'en écris qu'un seul, et c'était un peu ça, c'était un peu, enfin, disons que ça m'a permis un peu de sortir de la Tour de Garde, parce que c'est quand même un univers dans lequel j'avais vécu cinq ans, donc j'avais besoin de faire vraiment quelque chose de très différent, donc changer de genre, changer de public, c'est, alors après, petite respiration, cool, je dirais pas ça, parce qu'en fait, je trouve ça très difficile d'écrire pour la jeunesse, c'est, je trouve que c'est des, ouais, enfin, à la fois, il y a un côté, il y a une liberté totale, il faut pas se brider sur des questions de style, sur des questions d'écriture, de vocabulaire, enfin, mais d'un certain côté, en fait, on peut pas s'empêcher de penser aussi que c'est pas tout à fait les mêmes lecteurs, en fait. Moi, dans la Tour de Garde, si je voulais, voilà, Jean Chapitre, il fait 75 000 signes, on y va gaiement, on suit les personnages, on change nos points de vue, on perd le lecteur, on s'amuse à le perdre, on joue à cache-cache avec, c'est peut-être pas des choses qu'on peut se permettre plus facilement, ou en tout cas, dans le même contexte, avec de la littérature jeunesse, et ça veut pas dire, je vais simplifier, non, c'est pas ça, c'est, si je dois faire les mêmes choses, m'amuser avec le lecteur, changer de point de vue, lui faire des surprises, comment je fais pour que il me suive?
Speaker 1C'est un processus un peu différent, sans interdit non plus, mais, accessibilité. Pour l'instant, ça me vient pas encore naturellement, mais j'y travaille. Est-ce que t'écrirais un contemporain ou un polar?
Speaker 2Alors, un polar, pourquoi pas, j'en ai pas mal publié, on a publié vraiment, pas mal de romans d'or et de polar chez Asphalt, contemporain, c'est-à-dire hors genre, en fait, ouais, littérature blanche, oui, bon oui, pourquoi pas, en fait, c'est vraiment trouver la bonne idée. C'est vrai que pour l'instant, j'ai jamais trop écrit vraiment dans notre monde, on va dire, et notre époque. Et j'aimerais bien, c'est juste qu'effectivement, j'ai pas réussi à trouver la bonne histoire, le bon ton, le bon. J'aime beaucoup parler de notre époque et de notre monde, mais je trouve que le pouvoir de la littérature, c'est la métaphore, en fait, et finalement, quand on écrit sur la fin du XVIe siècle, moi, j'ai plutôt l'impression d'écrire sur aujourd'hui, en fait, écrire frontalement sur aujourd'hui, dans une entrée qui se passe aujourd'hui. J'ai pas encore l'angle pour l'instant, en tout cas, j'ai rien qui germe dans cet esprit-là, mais ça viendra, j'espère.
Speaker 1On a parlé pendant tout le long, là, un peu des conseils que t'avais, notamment lire beaucoup, se faire confiance aussi, je pense, ne pas avoir peur du chaos pour certains. Est-ce que t'aurais un conseil que tu donnerais à Claire qui s'attaque tout doucement à un long voyage, tu lui dirais quoi?
Speaker 2Ouf! Ne fais pas ça! Oh si, si! Bah, prends le temps, mais ouais, c'est toujours difficile de se dire. Parce que finalement, ça s'est bien copié, donc je lui dirais pas de changer quoi que ce soit, en fait. Je dirais juste ça, puis qu'elle a l'air. Attends, tu verras. Débrouille-toi d'une seule. C'est quoi, c'est « trust the process »? Ouais, « trust the process ».
Speaker 1Confiance. Merci beaucoup, Claire, pour tous ces coulisses, un petit peu, de l'écriture. J'aime beaucoup quand tu dis qu'on regarde l'arrière de la tapisserie, là, je pense que je vais te piquer ça. Je vais te mettre cette métaphore pour plus tard. Est-ce que, du coup, après « La dame de la Seine », tu as déjà des projets qui se profilent? Tu nous as parlé d'un jeunesse, du coup, ce serait le moment.
Speaker 2Oui, oui, oui. Je suis en train de travailler sur un projet jeunesse qui sera a priori le prochain, mais je ne sais pas quand, je suis encore en plein dedans, donc c'est la phase chaotique. La phase de la création là? Oui, c'est… Alors toutes les portes ouvertes.
Speaker 3Voilà. Merci encore. Sous-titrage Société Radio-Canada © Sous-titrage Société Radio-Canada © Sous-titrage Société Radio-Canada © Sous-titrage Société Radio-Canada

Podcast Summary

Key Points:

  1. Claire Duvivier est autrice et éditrice, publiée depuis 2020, avec un sixième roman intitulé La Dame de la Seine paru aux éditions Forge du Vulcain.
  2. Elle a co-créé les éditions Asphalt et se considère comme une éditrice de fiction plutôt que de genre, refusant les cases rigides.
  3. Son roman Un long voyage est né d'un twist central plutôt que d'un univers préexistant, avec une approche intime et non héroïque de la fantasy.
  4. La Tour de Garde, saga à quatre mains avec Guillaume, est partie de deux villes inspirées de Sienne et Amsterdam avant de construire personnages et intrigues.
  5. Elle distingue deux phases d'écriture
  6. Elle recommande de lire énormément, y compris hors de son genre de prédilection, et d'adopter une approche critique et professionnelle des œuvres.
  7. Pour La Dame de la Seine, roman historique sur Christopher Marlowe, elle a fait relire son texte par un historien pour éviter les anachronismes majeurs.
  8. Elle défend la rêverie et l'ennui comme moments fertiles pour l'imagination, et prévoit un prochain projet jeunesse ainsi que peut-être de la science-fiction.

Summary:

Dans cet épisode, Claire Duvivier, autrice et éditrice, partage sa vision de l'écriture et de la création littéraire. Elle revient sur son parcours, depuis la co-création des éditions Asphalt jusqu'à la publication de son sixième roman, La Dame de la Seine, en passant par la saga La Tour de Garde écrite à quatre mains avec Guillaume. Elle explique comment chaque projet naît différemment : Un long voyage est parti d'un twist central, tandis que La Tour de Garde a débuté par deux villes inspirées de Sienne et d'Amsterdam.

Elle décrit sa méthode en deux phases : une longue période de germination mentale, où le projet mature sans être écrit, suivie d'une phase d'écriture plus concrète. Elle insiste sur l'importance de la rêverie, de l'ennui et des moments de vie quotidienne comme sources d'idées et d'émotions. Elle recommande de lire énormément, y compris en dehors de ses genres de prédilection, et d'adopter un regard critique et professionnel sur les œuvres.

Pour son roman historique, elle a fait relire son texte par un historien afin d'éviter les anachronismes. Elle évoque aussi ses projets futurs, notamment un roman jeunesse et peut-être de la science-fiction.

FAQs

C'est un bon baromètre : si vous ne vous amusez plus, il y a peut-être un problème. Il faut alors laisser le texte de côté pour voir s'il continue de pousser.

C'est une période où l'on réfléchit au projet sans écrire, en le laissant maturer. Comme une graine sous terre, il faut du temps pour que les racines soient assez profondes avant de commencer à écrire.

Non, il faut lire très largement, pas seulement ce qui vous plaît. C'est votre carburant et cela évite d'avoir une approche trop étroite de la littérature.

Ils sont partis de deux villes inspirées de lieux réels (Sienne et Amsterdam) pour arriver aux personnages et à l'intrigue. Ils ont ensuite construit l'histoire en se relisant mutuellement pour rester cohérents.

Parce qu'il fallait fermer en un seul tome les intrigues qui se croisent. Il a fallu lisser, enlever les fils morts et transformer un matériau créé par jeu en romans aboutis.

Il faut faire le tri et résister à la tentation de tout mettre dans le roman. Le lecteur n'est pas là pour une leçon d'histoire, mais pour suivre l'histoire des personnages.

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