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5.31 Les conseils d'écriture de Nietzsche

23m 27s

5.31 Les conseils d'écriture de Nietzsche

Cet épisode du podcast explore cinq conseils d'écriture inspirés du philosophe Friedrich Nietzsche, souvent réduit à ses positions controversées alors qu'il était aussi un styliste remarquable pour qui la forme révèle le fond. Le premier conseil invite à laisser Dionysos écrire le premier jet, avec ivresse et excès, avant de confier la révision à Apollon, garant de clarté et de perfection. Le deuxième encourage à écrire « avec son sang », c'est-à-dire à puiser dans l'expérience réellement vécue, corporelle et émotionnelle, plutôt que dans des formules empruntées à d'autres livres. Le troisième reprend le principe du « montrer plutôt qu'expliquer » : faire confiance au lecteur, ne pas céder à la peur de ne pas être compris et laisser des blancs à combler. Le quatrième conseil consiste à fuir le ton neutre et la prudence excessive, à assumer des positions tranchées et des images fortes, car un texte a le droit d'avoir une opinion. Enfin, le cinquième oppose l'écriture nourrie par le ressentiment et le manque à celle qui jaillit de la force, de l'abondance et de ce qui nous fait vibrer. L'animatrice conclut que l'écriture, à l'image de la pensée nietzschéenne, n'est ni confortable ni rassurante : elle exige de regarder en face ses peurs, son vécu et sa puissance créatrice.

Transcription

5337 Words, 29374 Characters

French
Speaker 1Hello collègues écrivains, aujourd'hui je vais te parler d'un auteur un petit peu particulier parce qu'il n'a écrit ni roman ni conseil d'écriture et pourtant il a tellement à nous apprendre sur ce sujet. C'est quelqu'un d'assez difficile d'accès puisqu'il s'agit d'un philosophe très controversé et qu'il a une oeuvre colossale que j'explore à peine. Et déjà rien qu'en effleurant la surface, j'ai trouvé des conseils d'écriture, j'ai trouvé des sources d'inspiration, j'ai trouvé de quoi contempler et me questionner sur mon rapport à l'art. Et donc aujourd'hui je voulais partager un petit peu de ces réflexions avec toi. 5 conseils d'écriture de la part du philosophe Nietzsche. C'est parti! Nietzsche c'est un peu un philosophe qu'on connaît par ses positions controversées, celui qui dit que Dieu est mort, un philosophe un petit peu fou, qu'on cite dans tous les sens et sûrement extrêmement mal et il y a évidemment un petit peu de tout ça. Mais on a tendance à oublier que Nietzsche c'était aussi un styliste, un écrivain avec une patte qui avait vraiment un rapport à l'art très fort, qui pensait que la forme était indissociable du fond, que la façon dont on écrit révèle qui on est, ce qu'on croit, etc. Il écrivait beaucoup en aphorisme, c'était des petites histoires, des petits fragments courts et denses et souvent qui claquent, en paraboles, en images, en métaphores, notamment avec le livre Ainsi parlait Zaratoustra. Et il détestait un peu justement ces philosophes qui s'enferment dans l'abstrait et écrivent des essais, etc. Pour lui, c'est un peu comme ça. Pour lui, la philosophie c'était vivant, incarné, même dangereux, un peu comme un roman qui brûle finalement. Et c'est pour ça que ça m'a beaucoup parlé quand j'ai commencé à découvrir son oeuvre. J'en suis, comme je te le disais tout au début, mais j'ai déjà trouvé pas mal de choses que je peux partager avec toi aujourd'hui. Et le premier conseil, c'était un coup de foudre et c'est celui qui m'a donné envie d'enregistrer cet épisode, c'est qu'il faut laisser Dionysos écrire et Apollon corriger. Dans le premier grand livre de Nietzsche sorti en 1872, La naissance de la tragédie ou l'origine de la tragédie, il a 27 ans. Et dans ce livre-là, il propose quelque chose qui va au-delà de toutes les philosophies de l'art qui existaient, une façon de comprendre un peu la création. Il pense qu'il y a deux forces antagonistes qui s'affrontent dans tous les actes créatifs, deux dieux grecs un peu, qui se complètent, Apollon et Dionysos. Apollon, c'est la lumière, la raison, la perfection. Il dit vraiment ça, la perfection, la clarté, la phrase bien construite, le beau style d'écriture, la contemplation, etc. Vraiment trouver la petite cerise sur le gâteau. Sauf que c'est pas comme ça qu'on écrit un livre. Souvent. Il nous faut aussi Dionysos. L'ivresse, l'excès, le débordement créatif, la métamorphose, l'énergie, quand on écrit un premier jet jusqu'au bout, quand on est en flot créatif, etc. La scène qu'on n'avait pas prévue et qui arrive toute seule, l'état un peu second. Bref, pour Nietzsche, en fait, les grandes œuvres d'art naissent de la tension entre ces deux forces-là. Pas l'une qui gagne sur l'autre, mais vraiment une espèce de dialogue, d'équilibre instable entre les deux. Et du coup, comme je te le disais, quand tu écris ton premier jet, c'est Dionysos qui est là, théoriquement. C'est un élan, un excès peut-être même. Tu pars dans des directions un petit peu farfelues, etc. Tu ne sais pas du tout si c'est bon et ce n'est pas le moment de savoir. Tu laisses sortir, tu déroules un petit peu tout ça. Quand j'ai invité Aurélie Wellenstein pendant le sommet du premier roman, elle nous a vraiment décrit ce côté un peu thérapeutique, même de se jeter dans un premier jet, de sortir toutes les émotions qu'on a, toute l'inspiration, et ensuite de venir se pencher dessus pour se demander qu'est-ce qu'on en fait. Et le problème, parfois, c'est qu'on a Apollon qui s'invite un petit peu trop tôt dans cette histoire. On cherche le mot parfait, qu'on est encore en premier jet en train d'écrire un chapitre qu'on ne sait même pas s'il restera. On relit les phrases qu'on vient d'écrire en se demandant si c'est bon. On corrige déjà alors qu'on ne sait même pas où on va. On met un peu une cage autour de notre force brute, de notre inspiration. Alors bien sûr, il n'y a pas très longtemps, je t'ai fait un épisode qui s'appelle « Les fausses étapes de l'écriture » parce que parfois, on fait un mix entre l'écriture et de la réécriture. Mais tu vois un petit peu ce que je veux dire. N'oublie pas Dionysos, n'oublie pas ta force créatrice. Ce serait dommage de commencer déjà à chercher la perfection à ce stade. Parce que quand on commence à chercher la perfection, quand on commence à mettre Apollon dans cette histoire, Dionysos, il peut disparaître. Il n'aime pas attendre l'ivresse, l'élan. Ça va se heurter un peu contre de l'analyse et le fait de décortiquer ton style, ton histoire, etc. Donc vraiment, moi, c'est quelque chose que j'embrasse beaucoup. C'est de dire que le premier jet appartient à Dionysos. Le débordement, l'excès, le flot créatif, etc. Et que la révision, la réécriture, la recherche d'une super histoire, d'une super forme, la clarté dans l'histoire, tout ça, c'est Apollon. Et ça vient dans un deuxième temps. Quand Dionysos a eu toute la puissance de s'exprimer, mais les deux sont tout à fait nécessaires. Par contre, travailler les deux en même temps, c'est un peu compliqué. Alors, la prochaine fois que tu te poses pour écrire, demande-toi si l'un des dieux est en train de prendre le contrôle. Si c'est Dionysos ou Apollon. Et si c'est Apollon, qui a envie que ce soit parfait, qui a envie que ce soit mieux, etc. Dis-lui peut-être d'attendre un petit peu et laisse Dionysos venir. Mon deuxième conseil est encore mieux que celui-là. Tu vas voir, là, t'as vu, on met la barre assez haut. Nietzsche, c'est toujours ça. Il nous régale. Ainsi parlait Zaratoustra, il y a un chapitre hyper court qui s'appelle « Du lire et de l'écrire ». Et dans ce chapitre, il y a une phrase que je n'oublierai jamais. Nietzsche écrit « De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'on écrit avec son sang. Écris avec ton sang et tu apprendras que le sang est esprit. » Il avait l'art de la formule, en plus. Je te laisse un peu avec ça. Écrire avec son sang, ça veut dire quoi? Ça ne veut pas dire d'écrire avec un style, comment dire, que tu vas chercher ailleurs, avec le style de ton auteur préféré, avec la voix d'un auteur que tu admires, avec des formules que tu ressors, etc. C'est avec ton sang. Et ça, ça veut dire que tu écris avec ce que tu as vraiment traversé, ressenti, compris et intégré en toi. Quand je bétalie des manuscrits, vraiment, on voit les formules qui sont un peu, j'aime pas dire ça, mais un petit peu copiées-collées, qu'on retrouve dans beaucoup de livres, et on voit celles qui ont été vraiment ressenties par les auteurs. Parfois des métaphores un peu lunaires, un peu bizarres. Et c'est ça, c'est ton corps qui s'exprime. C'est pas ta tête qui a retenu que dire « Blanc comme les blés », c'était cool. Bon, j'exagère mais tu auras compris. C'est pas une invitation à l'autofiction obligatoire, etc. Nietzsche n'a jamais dit d'écrire sur sa vie. Il dit quelque chose de plus subtil et de plus exigeant. Il dit que la vraie matière d'un texte, c'est l'expérience réelle. Pas racontée, empruntée, lue et ressortie, ou imaginée à partir d'autres trucs, mais l'expérience vécue. Émotionnellement, intellectuellement, physiquement, le corps, c'est le meilleur outil pour moi, parce qu'on intègre ce qu'on a vécu. Et du coup, l'écriture passe par le corps, pour moi, dans tous les romans. Alors, posons-nous la question maintenant. Si tu écris une scène de deuil, par exemple, est-ce que tu écris depuis une perte que tu as connue toi, et on a tous une expérience particulière du deuil, ou est-ce que tu reproduis ce que tu as pu lire dans d'autres romans, voire dans d'autres films, entendre de la bouche de quelqu'un? Quand tu écris un personnage qui doute, est-ce que c'est le doute que tu ressens au fond de toi, ou que tu peux ressentir, ou tu te dis j'ai une certaine idée, j'ai vu, j'ai lu ça, etc. Je suis pas du tout en train de te dire que c'est pas bien, mais c'est un très bon moyen d'aller dans la justesse, d'aller trouver une façon plus juste de faire ça. Et ce qui est intéressant, c'est que tu n'es pas obligé d'avoir connu ça pour arriver à écrire ton expérience à toi pour moi. Tu n'es pas obligé d'avoir vécu un deuil, d'avoir vécu un voyage au milieu du désert, ou d'avoir vécu cette peur-là pour l'écrire. Par contre, on a toujours en nous, pour moi, justement, des portes, des choses qui nous font peur, et c'est par là, par exemple, la peur de perdre quelqu'un, justement. C'est plutôt par là que j'irais creuser, plutôt que de dire, de décrire un petit peu ce qu'on s'imaginerait. Creuse vraiment en toi, à partir des choses qui te font peur, qui vraiment pourraient te paralyser quand ils pensent, qui au contraire t'émerveillent, etc. Même si on s'éloigne un petit peu du sujet, je pense que c'est un moyen, en tout cas, de trouver les mots plus facilement, de trouver des sensations plus facilement, ou encore des péripéties pour ton histoire, par exemple. Ce qui est sûr, c'est que le lecteur sentira la différence. Il ne va pas forcément pouvoir nommer un petit peu ce qui sonne moins vécu, mais c'est sûr qu'on sent quand ça sort directement des tripes de l'auteur. Il y a une vraie texture dans les textes écrits comme ça. D'ailleurs, je te parlais d'Aurélie Wellenstein, et je trouve que c'est vraiment ça. Elle écrit un peu avec ses tripes. Elle dit qu'écrire, c'est courir avec les loups. Il y a vraiment beaucoup d'émotions dans ses récits, et de peur, justement, d'émotions un petit peu négatives, des choses un peu terrifiantes, et ça rend ses textes vraiment réels, parce qu'on sent qu'elle explore ce qu'elle-même ressent. Et donc, tu t'en doutes, Nietzsche, il n'aimait pas trop les écrivains qui écrivaient des trucs imaginaires, très théoriques, depuis des livres, etc. Lui, c'était un grand lecteur, mais il voyait la différence entre quelqu'un qui transformait vraiment sa vie pour écrire, et quelqu'un qui régurgitait un petit peu ce qu'il avait pu lire. Il y a un petit piège, je trouve, dans cette histoire. C'est justement qu'on est influencé par les livres qu'on a lus, et qu'on est influencé aussi par ce qu'on aime, en fait, et ce qu'on identifie comme, par exemple, un bon style, ou une belle façon de décrire quelque chose, ou encore une bonne péripétie, une bonne scène. On a tellement l'habitude, on baigne tellement dedans, surtout les grands lecteurs, que ça peut nous empêcher d'écrire notre façon, à nous, de décrire ça, cet événement-là, ou encore cette sensation-là. Écrire avec son sang, c'est vraiment essayer de contourner ce truc-là, d'aller chercher en nous comment écrire, plutôt que se dire, ah, ben théoriquement, si je devais écrire cette scène d'enterrement, je mettrais ci et ça, parce que c'est un peu comme ça que je le vois, j'ai vu ça dans tel roman, et ça faisait super bien, etc. Alors bien sûr, je te dis ça, mais c'est plus facile à dire qu'à faire, c'est beaucoup plus difficile de ressentir que d'imiter, mais je pose cette graine-là en toi. Prends la dernière scène que t'as écrite, et demande-toi honnêtement d'où elle vient, ou comment elle pourrait venir plus de ce qui brûle en toi, de tout ce que tu as vécu, plutôt que, oui, ben il faut mettre cette scène, parce que c'est une transition entre telle scène et telle scène, etc. Les réponses, un petit peu, quand je demande ça aux auteurs, quand les auteurs sont un petit peu mal à l'aise, quand il y a une friction, une petite gêne, etc., souvent, c'est qu'on est sur la bonne voie, c'est qu'il y a quelque chose à creuser dans ton inconscient, dans ta personnalité, qui peut alimenter cette écriture. Troisième conseil, et tu vas trop rire, parce que j'aime pas ce conseil, et je le dis très régulièrement, mais là, c'est Nietzsche qui le dit, alors je m'incline. Il parle de faire confiance au lecteur et de supprimer les explications. Et ça te dit pas un truc, ça? Est-ce que ce serait pas montrer plutôt que d'expliquer? Est-ce que Nietzsche ne serait pas en train de nous consacrer? de faire du chaud dans le tel non pas toi et si dans le crépuscule des idoles en 1888 c'est une des dernières oeuvres de niche d'ailleurs et il est tu sens l'intensité la fièvre dans ce qu'il a écrit il sort une formule qui m'a beaucoup marqué il parle du péché contre le saint-esprit de l'art déjà quelle formule et ce péché en fait pour lui c'est justement ça c'est d'essayer de convaincre le lecteur au lieu de le faire vivre de lui montrer les choses c'est vraiment le chaud dans le tel merci nick alors je t'en parle souvent parce que moi je trouve que c'est un conseil difficile à appliquer mais en fait dans la version expliquée par niche c'est vraiment de ne pas essayer de convaincre le lecteur et ça je trouve que c'est bien d'attaquer les choses cet angle là parce que oui moi je suis pas une grande fan de ce conseil du chaud dans le tel en temps normal ça veut tout et rien dire de dire bah montre au lecteur fait lui vivre les choses oui bah écrit quoi un livre c'est pas une idée c'est un personnage qui traverse des choses prend le lecteur balancé là dedans fait lui vivre tout ça ça on est tous d'accord et c'est pour ça que je trouve que c'est un mauvais conseil de conseiller le chaud dans le tel à toutes les sauces en gros on est en train de conseiller d'écrire un livre quoi on est en train de dire que c'est mieux de trouver une scène où on voit la tristesse on la vie dans la peau du personnage par exemple un personnage qui a perdu quelqu'un et qui a une photo de cette personne qui est posé chez lui dans un cadre photo et il prend le cadre photo il le pose face contre terre ça ça dit beaucoup plus la perte que elle était si triste d'avoir perdu machin d'accord non et il ya un autre conseil d'ailleurs là dessus que j'aime bien aussi petite parenthèse dans le conseil c'est que tu sais j'adore cette citation en anglais qui dit cool guys don't look at explosions en fait dans les films d'action j'ai pas si tu as fait attention mais le héros qui fait exploser tout le bâtiment ne regarde pas en arrière derrière lui et en fait moi je vis ça un petit peu comme quand on va décrire les sentiments justement les héros qui vont dire je t'aime tu es l'amour de ma vie c'est tellement moins fort qu'un héros qui a pas le temps de le dire ou qui va s'empêcher de le dire pour pas faire souffrir la personne en face ou tu vois tout ce genre de truc bref ça c'est le show don't tell un peu classique version niche qu'est ce que ça veut dire pourquoi Nietzsche dit ça Nietzsche dit qu'il faut faire confiance au lecteur pour pas expliquer parce qu'expliquer c'est priver le lecteur du plaisir de la découverte on veut pas lui expliquer on lui fait confiance en fait il va vivre ce truc et il va créer sa propre explication et surtout ça révèle quelque chose sur toi et là c'est un truc qui n'a pas de sens parce qu'il n'y a pas de sens en fait c'est un truc sur toi et là niche entre en scène et ne parle pas que du show don't tell en fait dire au lecteur regarde je t'explique parce que je n'arrive pas à te le montrer ça veut dire je n'ai pas confiance en ce que j'écris je n'ai pas confiance dans mon texte et ça Nietzsche tu te doutes bien qu'il va pas te laisser faire ça il veut pas que tu mettes cette couche d'explication pour que tu s'assures que le message soit bien passé comme quand on explique trois fois attention dans les avions et qu'on donne trois fois le même message non Nietzsche il va te dire que c'est cette peur là qu'il faut apprendre à traverser alors lui évidemment c'est le contraire il explique tellement peu qu'on doit beaucoup participer dans en le lisant c'était d'ailleurs ce qui m'a un peu réfréné parce que en général on conseille pour cette hauteur là ainsi par les aratoustras mais punaise il est pas facile d'accès parce que c'est un peu comme des paraboles etc c'est comme un petit compte finalement il y a plein de blancs on essaye de compléter mais on a l'impression d'être à côté de la plaque c'est pas facile ça demande une participation active du lecteur mais dans les bons livres est-ce que t'as il y a pas eu une petite participation active de ta part c'est quand même mieux d'avoir des hypothèses d'imaginer des choses plutôt que se laisser prendre par la main du début jusqu'à la fin non c'est une vraie question ça et donc Nietzsche il te fait confiance quand tu es le lecteur pour combler les espaces il donne des images des tensions et il laisse tout ça infuser dans ton esprit et produire des trucs dans par-delà le bien et le mal il dit qu'un auteur qui a quelque chose à dire cherche naturellement à le cacher pas parce que ben le but c'est de que le lecteur comprenne rien et que ça soit obscur mais parce que ce qui est trop exposé ça perd de sa force un peu et ça je suis tellement d'accord avec lui tu vois si c'est comme si on parlait d'une silhouette de quelqu'un de très beau par exemple mais du coup on avait une photo comme ça en 4000 pixels de résolution ok mais imagine plutôt un tableau un peu suggestif avec un peu du flou etc on serait beaucoup plus intrigué beaucoup plus happé par ce truc on chercherait à s'imaginer des choses et de même dans un roman d'ailleurs pour décrire quelqu'un de beau parce que ça c'est quelque chose que je reproche beaucoup en bêta lecture c'est de dire ça veut dire quoi beau pourquoi tu veux à tout prix qu'on croit qu'il est beau et pourquoi tu nous explique pourquoi il est beau pourquoi tu ne te contente pas de donner quelques éléments et notre cerveau fait le reste et nous on déduit si cette personne est belle ou pas on peut-être même des choses un peu plus importante pour nous que la beauté nietzsche t'invite à avoir confiance dans tes images dans tes scènes dans le fait que si tu as bien écrit le lecteur arrive là où tu voulais qu'il arrive avec son propre chemin et donc ce que je te propose c'est de chercher justement tu as tu es proposé plein de pistes là ben justement ces moments où tu essayes de donner de l'émotion au lecteur en nommant les émotions ou même en ayant en tête une émotion très précise parce que bon le chaudon tel de dire il sert les points au lieu de il est en colère oui c'est quand même le lecteur enfin c'est quand même toi qui dit au lecteur regarde il est en colère d'une autre manière est-ce que ça ces émotions là sont utiles et alors je te parle pas aussi des ailes compris que elle sentit que et c'est un petit peu toutes ces déductions du personnage que le lecteur pourrait faire lui-même et même à sa manière regarde un petit peu si tu as mis des choses comme ça regarde un petit peu ce que ça donnerait si tu les enlevez bien sûr je dis pas qu'il faut les enlever à tout prix mais tu vois un petit peu ce chemin là que tu pourrais prendre un petit peu moins évident comment dire une position intermédiaire entre tout ce que toi tu as précisément tête est ce que le lecteur aura en tête parce qu'on n'est jamais 100% enfin le lecteur ne sera jamais 100% là où toi tu voulais que tu l'emmener alors le quatrième conseil est très marrant c'est complètement niche ça et je peux te le résumer en disant le ton neutre est une lamelle acheter niche il faisait pas les choses à moitié quoi la franchise brutale alors si on peut dire que le gars avait un point de vue vraiment c'est à dire qu'il allait être dans l'extrême du point de vue régulièrement il voulait pas lisser arrondir les angles éviter de choquer bon ça donne des phrases comme dieu est mort chez niche mais effectivement à choisir un ton neutre parce qu'on n'a pas trop trouvé ce qu'on voulait dire c'est une bonne réflexion à avoir de se dire est ce que je peux pas vraiment dire ce que je voulais dire ok le mot me vient pas mais dans quelle direction je pourrais aller est ce que je peux me rapprocher de ce que j'avais en tête trop souvent je trouve dans les récits que je bétallie par exemple je vois bah ouais des formulations très neutre des comparaisons très neutre aussi alors que vraiment quand on commence à entrer dans l'image et la métaphore on peut donner de la personnalité du caractère des choses qui dérange même je trouve que ça donne beaucoup de relief et que souvent c'est ça que l'auteur avait en tête mais qui s'est dit ah je sais pas si je le fais où est ce que je vais bien le faire si je fais ça et c'est d'ailleurs ni je te dirais c'est pas de la prudence c'est de la lâcheté et effectivement je te dis pas ça pour être sévère parce que je sais à quel point c'est dur c'est quelque chose qui se travaille effectivement de se dire moi je voudrais donner cette impression là cette sensation là j'en suis là comment je peux faire et c'est tout un chemin c'est un peu le chemin de construire sa plume finalement mais pas que il ya aussi l'immersion dans cette histoire ni qu'il n'avait pas la peur de choquer les gens pas de trouver enfin de se tromper sur les mots et c'est vraiment il attaquait quoi il prenait des positions tranchées il savait que c'était controversé il utilisait des formulations pas possibles il écrivait des choses qui dérangeaient même ses amis bref c'est aussi pour ça qu'on le lit encore aujourd'hui il mettait son coeur dans ce qu'il écrivait et je trouve que c'est une bonne chose à retenir sur ce conseil là c'est que ton texte a le droit d'avoir une opinion ton narrateur a le droit de voir le monde d'une façon particulière même dérangeante tes personnages ont le droit d'être inconfortable ou dérangeant c'est même quelque chose qui fera vibrer le lecteur sans doute et ça fera vibrer des cordes sensibles chez lui être de trop c'est ce qui les rendra vivants et enfin dernier conseil et il est encore plus controversé celui-là c'est est-ce que tu écris depuis la force ou le manque dans le livre généalogie de la morale nietzsche introduit un concept qui m'a fait mal un petit peu quand même mais que j'ai vraiment apprécié lire à ce moment là parce que ça ça change un petit peu la façon dont on regarde la littérature et l'art de manière générale et le concept c'est le ressentiment le ressentiment c'est pas la rancœur ou la jalousie c'est quelque chose d'un peu plus insidieux c'est un peu la colère qu'on a rentré quoi quand on est en colère contre des choses et qu'on peut pas les exprimer directement ou pas les décharger on va se retourner vers l'intérieur chercher une sortie détournée une façon de voir le monde et c est on pourrait écrire des livres un petit peu comme ça se dire enfin des livres qui incarne un petit peu ce qu'on rejette ou ce contre quoi on est en colère mais c'est vrai que si on réfléchit il ya des auteurs qui vont écrire depuis ce ressentiment l'a écrit depuis la blessure le besoin de reconnaissance je me souviens même d'un d'un parolier de rap que je ne citerai pas qui a écrit une chanson entière sur une prof parce qu'il était en colère contre elle moi même j'ai un livre dont le point de départ était aussi le refus d'un éditeur c'est pas un jugement de dire ça c'est vraiment une vérité qui concerne pas mal de monde on est parfois nourri un peu en partie évidemment par ce ressentiment là et ça peut crisper un peu notre texte il peut y avoir une quelque chose d'un peu pas stable là dedans on a besoin du lecteur même quand on écrit un petit peu comme ça on l'embarque un petit peu dans notre truc bizarre là dans notre ressentiment et pour le niche aha ça y est alors que dit-il il dit que bas ce qui est le contraire du ressentiment c'est la force affirmative l'écriture depuis l'abondance un peu plutôt que le manque depuis la force ni qui l'écrit beaucoup en rapport avec la force et la puissance c'est d'ailleurs ce qu'on lui reproche mais c'est intéressant il dit que c'est depuis ce qu'on a donné plutôt que ce qu'on cherche à avoir ce qu'on a quoi ce qui nous nourrit souvent c'est quelque chose que je demande aux auteurs c'est qu'est ce que ça te fait vibrer ce que tu serais capable d'en écrire pendant des heures par exemple pour les aider à choisir entre plusieurs idées de romans etc c'est hyper drôle parce qu'il ya un livre c'est et chez homo où nietzsche dit je ne suis pas un homme je suis de la dynamite et c'est hyper marrant de dire que avant 1900 quelqu'un s'exprimer comme ça il aurait fait un malheur sur les réseaux sociaux et c'était pas de l'arrogance c'était pour dire qu'il avait cette puissance et que donc il était capable d'écrire avec force d'écrire des trucs qui frappe d'avoir quelque chose à dire sans demander la permission etc et c'est là que je voulais en venir avec ça je sais que ça peut paraître un peu négatif comme ça façon de formuler les choses, évidemment qu'on a tous un petit peu ce petit morceau de ressentiment sans doute mais tu vois à quel point c'est différent si on se dit ouais mais qu'est-ce que j'ai moi, qu'est-ce que j'ai comme force comme puissance que je peux mettre dans mon texte aussi justement en faisant le lien en plus avec le conseil sur le vécu, sur écrire avec son sang ça peut nourrir notre texte ça peut le pousser, je te donne un tout petit exemple très personnel mais j'ai écrit récemment une nouvelle et je trouve que c'est une de mes meilleures et je l'ai nourrie de quelque chose de très positif chez moi pour une fois c'est-à-dire que souvent moi je me nourris des choses qui me font peur justement, il y a un roman que c'était complètement mon écho-anxiété un autre où c'était quelque chose, un peu ma lutte contre une addiction que j'avais réussi mais qui m'avait quand même beaucoup fait peur aussi et cette nouvelle-là en fait était juste nourrie du fait que j'apprenais l'arabe et ça m'a entièrement inspiré la nouvelle et du coup je trouve que je suis allée plus loin que d'habitude, ça m'a donné une force un petit peu, une volonté d'aller encore plus loin, de créer, etc d'embriquer des mots d'arabe dans mon histoire, bref, ça m'a vraiment permis d'écrire de manière un peu lumineuse et avec un aspect un peu passionné que j'avais assez rarement finalement quand j'écrivais mes romans bon, on va dire quand même que pour une nouvelle c'est plus simple que pour un roman, ça va plus vite mais évidemment qu'on peut écrire depuis la blessure, depuis le doute, c'est même thérapeutique souvent, mais n'oublie pas cette histoire de force, de puissance, je sais que tu as cette force et cette puissance aussi que tu peux mettre dans ton texte et qui peuvent même te guider, c'est une bonne boussole de se demander ce qu'on a mis et qu'est-ce qui a nourri notre texte je trouve, et c'est ok si c'est une blessure ou le doute, comme je te le dis, j'écris des romans entiers sur ça, mais cette réflexion de Nietzsche m'a fait du bien aussi ça m'a rappelé un petit peu qu'on n'a pas que ça justement, on n'a pas que ces blessures et ces doutes, tu n'as pas que des blessures et des doutes, bref c'était très long, mais ça m'a fait très plaisir de parler avec toi de ce philosophe que je découvre à peine et que j'adore déjà alors il est difficile à lire, à comprendre à accueillir, il te laisse pas tranquille il te donne pas des réponses toutes faites et confortables, il faut qu'on aille chercher nous-mêmes des choses et je suis sûre que certains experts en Nietzsche diront que j'ai dit n'importe quoi dans cet épisode et c'est ça qui est beau finalement c'est qu'on a tous notre interprétation, un peu comme un bon livre et je pense qu'effectivement ce que je veux te dire aussi avec cet épisode, c'est que l'écriture, moi je la vois comme lui je la vois pas comme un truc confortable et cosy je suis désolée pour le cosy, c'est un genre littéraire tout à fait légitime, mais moi je me reconnais pas dans ce qui est cosy, alors évidemment qu'on peut être cosy et quand même cocher toutes les cases de ce que je t'ai cité aujourd'hui, mais tu vois un petit peu ce que je veux dire, l'écriture pour moi c'est pas confortable, c'est pas quelque chose qui nous laisse tranquille, c'est quelque chose qui nous demande de regarder en face des choses qu'on préférait éviter qui mobilisent notre peur notre courage, notre vécu notre sang, et j'aime vraiment beaucoup le fait que Nietzsche la voit comme ça peut-être que toi tu ne la vois pas du tout comme ça et je serais ravie d'en débattre avec toi, par exemple sur le Discord, que je te mettrai le lien dans la description, merci en tout cas d'avoir suivi cet épisode j'espère qu'il t'a donné un peu de feu créatif de Nietzsche, un peu de dynamite pour écrire ton texte, et sinon j'ai envie de te dire que j'ai pris ma position, comme lui ah ah ah et que heureusement d'ailleurs que notre position est différente c'est ça qui fait aussi qu'on écrit des bons textes c'est qu'on s'engage à la semaine prochaine au Café des Auteurs, prends soin de toi merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout s'il t'a plu tu peux me laisser une note sur Apple Podcast ou Spotify, ça m'aidera énormément à faire connaître le podcast et si tu souhaites me poser une question sur l'écriture, me donner ton avis sur l'épisode ou juste écrire avec la communauté J'écris un 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Podcast Summary

Key Points:

  1. Nietzsche, bien que philosophe controversé, était aussi un styliste pour qui la forme et le fond sont indissociables.
  2. Premier conseil
  3. Deuxième conseil
  4. Troisième conseil
  5. Quatrième conseil
  6. Cinquième conseil
  7. L'écriture n'est pas confortable
  8. Chaque lecteur a sa propre interprétation d'une œuvre, comme l'animatrice le reconnaît de sa propre lecture de Nietzsche.

Summary:

Cet épisode du podcast explore cinq conseils d'écriture inspirés du philosophe Friedrich Nietzsche, souvent réduit à ses positions controversées alors qu'il était aussi un styliste remarquable pour qui la forme révèle le fond. Le premier conseil invite à laisser Dionysos écrire le premier jet, avec ivresse et excès, avant de confier la révision à Apollon, garant de clarté et de perfection. Le deuxième encourage à écrire « avec son sang », c'est-à-dire à puiser dans l'expérience réellement vécue, corporelle et émotionnelle, plutôt que dans des formules empruntées à d'autres livres.

Le troisième reprend le principe du « montrer plutôt qu'expliquer » : faire confiance au lecteur, ne pas céder à la peur de ne pas être compris et laisser des blancs à combler. Le quatrième conseil consiste à fuir le ton neutre et la prudence excessive, à assumer des positions tranchées et des images fortes, car un texte a le droit d'avoir une opinion. Enfin, le cinquième oppose l'écriture nourrie par le ressentiment et le manque à celle qui jaillit de la force, de l'abondance et de ce qui nous fait vibrer.

L'animatrice conclut que l'écriture, à l'image de la pensée nietzschéenne, n'est ni confortable ni rassurante : elle exige de regarder en face ses peurs, son vécu et sa puissance créatrice.

FAQs

Nietzsche compare l'écriture à une tension entre Dionysos (ivresse, excès, premier jet) et Apollon (raison, perfection, révision). Le premier jet appartient à Dionysos, tandis que la révision et la recherche de la forme parfaite relèvent d'Apollon.

Cela signifie écrire à partir de son expérience vécue, de ses émotions et de son corps, plutôt que d'imiter des styles ou des formules empruntées. Il s'agit de puiser dans ce que l'on a réellement traversé et ressenti.

Parce qu'expliquer prive le lecteur du plaisir de la découverte et révèle un manque de confiance en son propre texte. Il faut faire confiance au lecteur pour qu'il comble les espaces et crée sa propre interprétation.

Il critique l'utilisation d'un ton neutre par peur de choquer ou de ne pas trouver les bons mots. Il encourage à prendre des positions tranchées et à donner de la personnalité à son texte, même si cela dérange.

Le ressentiment est une colère intériorisée qui peut nourrir l'écriture de manière détournée. Nietzsche oppose cela à l'écriture depuis la force affirmative, l'abondance et la puissance, plutôt que depuis le manque ou la blessure.

Il s'agit de faire vivre les émotions au lecteur à travers des scènes et des images concrètes, plutôt que de les nommer ou de les expliquer. Par exemple, décrire un geste comme poser une photo face contre terre au lieu de dire 'il était triste'.

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