Speaker 1Si tu aides déjà à essayer d'écrire un roman, il est possible que tu te sois dit ce genre de truc. Mais j'y arriverai jamais, comment tu rivalises avec ça, c'est pas possible. Tu m'y mettrais pendant les vacances d'été. Par contre, peut-être qu'une poésie de trois lignes, j'ai clairement pas assez d'idées pour écrire un roman. Non, en fait, l'année prochaine, quand j'aurai le nouveau boulot, peut-être à la retraite, ça peut le faire. Et là, il se passe un truc. Ton cerveau te donne l'impression que le problème, c'est toi. Que tu manques de discipline, de talent. Mais la réalité est beaucoup plus simple et plus rassurante. Ce n'est pas toi le problème, c'est ton cerveau. En fait, ton cerveau, il est bourré de biais cognitifs, qui sont des raccourcis mentaux, pour lui faire économiser l'énergie ou encore pour te protéger du danger. Et pour lui, la création et toute son incertitude, souvent, ça s'apparente à un danger. C'est pour ça qu'il a des petits raccourcis comme ça, qui peuvent vraiment t'empêcher de créer. Mais aujourd'hui, dans cette vidéo, je vais te présenter 5 biais cognitifs de ton cerveau et comment tu peux les tourner à ton avantage pour mieux écrire. Et déjà, bonne nouvelle, rien que les connaître, ça leur fait perdre beaucoup de pouvoir sur toi. Donc reste bien jusqu'à la fin de la vidéo et tu seras déjà bien paré pour écrire ton livre. Ah là là, le premier! C'est pas facile pour moi de te dire ça, parce que le premier, c'est le biais du perfectionnisme. Et si tu savais à quel point j'en ai souffert, notamment pour mon premier roman. Ça, c'est mon premier roman. Il s'appelle Cris dans le chaos, un space opéra. Et c'était mon premier. Je voulais qu'il soit parfait. Je voulais que ce soit le roman de science-fiction que j'avais rêvé de lire. Et donc, j'ai tout mis. J'ai mis un univers génialissime et parfait. J'ai mis de la cohérence parfaite dans tous les aspects. L'univers, les quatre héros sont géniaux. Parce que oui, pourquoi un quand on peut en avoir quatre? Etc. L'histoire est pleine de rebondissements. Je te passe les détails. Je voulais que ce soit parfait. Résultat, j'ai mis de nombreuses années à l'écrire. Là où si j'avais été un petit peu moins touchée par le biais du perfectionnisme, le roman aurait peut-être été un peu plus simple. C'est pas grave, hein. Mais il y a beaucoup de choses derrière ce biais du perfectionnisme. J'ai déjà d'ailleurs croisé un ami qui me disait que lui, il pouvait pas jouer de batterie parce que c'était pas assez parfait quand il jouait. Ouais, je te jure. Du coup, il pouvait pas jouer. Il pouvait pas s'entraîner. Enfin bref, tu vois. Ça peut sembler rigolo, mais en réalité, quand on se dit que la phrase n'est pas assez bonne et que du coup on bloque dessus, quand on démarre un chapitre et qu'on veut que le style soit parfait dès les premières lignes pour ensuite rentrer dans le chapitre, tout ça, c'est un petit peu les cousins du biais du perfectionnisme. Et juste comme ça, ça marche aussi avec le fait d'attendre le moment parfait pour écrire ton roman. Si t'attends les vacances d'été, la retraite, l'année sabbatique, laisse-moi dire que tu risques d'être déçu. Parce qu'une fois que ce moment-là est passé, ça sera difficile d'intégrer l'écriture dans ton quotidien. Et en plus, qui te dit que ce moment-là est parfait, d'ailleurs? Pourquoi pas maintenant? Pourquoi demain? Qu'est-ce qu'on peut faire avec ce biais du perfectionnisme? En fait, ce biais-là est très intéressant. Le cerveau mélange deux choses, écrire et améliorer. Rien à voir. C'est pour ça que je conseille en général d'écrire son premier jet et d'ensuite l'améliorer, parce que comme ça, on sépare les tâches. Ça fait peur. Ça fait peur de se retrouver avec 80 000 mots de chantier. On est tout à fait d'accord. Et pourtant, la quasi-totalité des auteurs fonctionnent comme ça. D'abord, on écrit quelque chose de très imparfait, et ensuite, on le retravaille. Je te conseille de faire comme ça, parce que partir sur « je vais écrire un premier jet même s'il n'est pas parfait », ça va te donner un objectif qui est que ce premier jet existe. C'est comme créer un bloc de terre que tu vas ensuite venir sculpter, mais d'abord, on crée le bloc de terre. Et du coup, pour la motivation, c'est vraiment bien. Mettre le point final de son premier jet, ça donne toute la motivation dont tu as besoin pour la réécriture, ou presque. Donc bref, rappelle-toi ceci. Si tu écris ton premier jet de roman, rappelle-toi que l'objectif, c'est qu'il existe, pas qu'il soit parfait. Deuxième biais. Et celui-là, je sais qui va te parler. C'est le biais de négativité. Et je vais te donner l'exemple de Salomé Bourgois. Salomé Bourgois, c'est l'autrice de « La nuit ne dure jamais », qui est un super post-apo. Et en fait, il a plein d'avis positifs. Et les gens aiment beaucoup son livre. Il y a beaucoup d'engagement autour de ce livre-là. Mais Salomé racontait sur son carte Instagram, très intéressant, que je te mets en description, qu'un seul avis négatif pouvait lui faire reconsidérer le fait d'écrire. Parce qu'en fait, un avis négatif, ça fait très très mal. Et on pourrait se dire, mais elle a reçu plein d'avis positifs, il y a plein de gens qui adorent son livre, mais un seul avis négatif, ça te fait reconsidérer l'écriture, vraiment? Eh bien oui. Je t'assure que quand tu publies et que tu reçois des avis négatifs, ils font très très mal à notre petit cœur. Et on va retenir que ça. Pas du tout tous les autres avis positifs qu'on a eus. Bien sûr, je parle de ça pour les avis livres publiés, mais il en va de même pour les commentaires qu'on peut recevoir en écrivant, en bêta-lecture, etc. C'est d'ailleurs pour ça que je te conseille de te méfier de l'alpha-lecture et ce genre d'échange quand tu es encore dans le premier jet, parce que ça peut vraiment mettre le bazar dans ton cerveau. Ce biais de négativité, juste comme ça, il est totalement normal. Et à la préhistoire, on avait tout intérêt à l'avoir pour éviter de se faire manger par les tigres. J'ai un truc avec les tigres. Notre cerveau est incroyablement fort pour repérer ce qui va pas. Sauf que quand on écrit, rien ne va. Le style ne va pas, l'histoire ne va pas, cette scène ne va pas, le contexte ne va pas, ça ne va jamais. Donc si tu te concentres sur ce qui va pas, tu risques de pas écrire très très vite. Donc comment on fait? On fait un peu ce qu'on peut, on ignore tout ce qui va pas pour essayer d'écrire cette scène quand même. Et surtout, on se méfie un petit peu de tous ces moyens de recevoir des avis sur ces textes quand par exemple le premier jet n'est pas encore terminé ou qu'on est au début de la réécriture parce que là vraiment, on peut être un peu submergé par le négatif. Je sais que je viens de le dire, mais je vais le répéter d'une autre manière. Si tu es en train d'écrire ton premier jet et qu'il y a des phrases maladroites, des passages bancales et des passages que tu sais pas si tu vas les garder, c'est normal, garde-les. Je t'en supplie, garde-les. Quand tu auras terminé le premier jet, là, on pourra en discuter. N'oublie donc pas que ce que veut dire le fait que ton cerveau ne voit que des défauts dans ton texte, ce n'est pas que ton texte est nul, c'est que tu es en train d'écrire un premier jet. Félicitations! Troisième biais, le biais d'ancrage. Et si tu savais à quel point le biais d'ancrage m'a massacrée quand j'ai commencé l'écriture parce que le biais d'ancrage, tout simplement quand on lit un livre absolument incroyable, notre livre fétiche, le livre qui fait qu'on veut écrire, et bien ça devient ça, notre référence d'un roman de bonne qualité. Normal, on a des hauts standards, on a lu ce livre incroyable. Mais du coup, nous, quand on va écrire notre premier jet tout nul et bourré de fautes, c'est un peu plus dur. C'est ça, en fait. Le biais d'ancrage, c'est de considérer qu'un roman, c'est ça. En réalité, un roman, c'est ça quand il est fini. Et au début, c'est pas du tout ça. C'est un premier jet, c'est moche, et je vais dire ça avec beaucoup de conviction, même si j'y crois pas, mais je suis sûre que le premier jet de ce truc-là était nul. En gros, le biais d'ancrage, c'est que tu vas considérer la première information que tu reçois comme la vérité absolue. Et donc, comme ton rapport à l'écriture et à la lecture, il date sûrement d'il y a très longtemps, en lisant de super romans qui, en plus, ont peut-être façonné ta jeunesse, forcément que tu vas avoir des très très hauts standards pour un roman et que quand tu vas te mettre toi-même à écrire, il va y avoir des trucs qui vont coincer. Mais la bonne nouvelle, c'est que maintenant, tu le sais et t'es paré pour lutter contre ça. Laisse-moi quand même te dire que si tu te compares à des romans qui ont été publiés, ça marche pas. Parce que ces romans-là, ils ont été écrits, réécrits, sans doute plusieurs fois, relus et donc réécrits encore de nouvelles fois, ensuite édités, donc retravaillés sur le texte, et enfin corrigés par des professionnels. Forcément que le tien n'a rien à voir avec ça. Mais je suis sûre que ton cerveau avait besoin d'entendre ça. Bref, si t'as envie de te comparer à quelque chose, ce que je te conseille, c'est d'ignorer absolument tout ça, oublie ton roman préféré, regarde ton premier jet et demande-toi s'il est mieux qu'hier. Et s'il y a plus de mots, la réponse c'est qu'il est mieux qu'hier. Quatrième biais, le biais d'engagement. Et lui, on va voir qu'on peut s'en servir dans les deux sens. Le sens négatif du biais d'engagement est quand même très intéressant. C'est quand on persiste dans son erreur parce qu'on s'est engagé avec depuis longtemps. Ça peut être le cas d'un roman. J'en ai discuté avec plusieurs auteurs, notamment des auteurs publiés, qui n'ont jamais publié leur premier roman, c'est souvent le deuxième ou le troisième. C'est rare les auteurs qui ont publié leur premier roman en tout premier. Pourquoi? Parce que souvent le premier, il est plus galère, il est souvent avec plein de défauts, etc. Et le biais d'engagement, ce serait de se dire je continue à l'écrire parce que j'ai commencé en fait, je veux finir ce projet. Même si c'est un peu une erreur, même si je pourrais écrire cet autre roman, celui-ci, je me suis engagé, je vais jusqu'au bout. Moi, j'ai ça avec les livres, je dis ça comme ça. Mais donc effectivement, parfois, c'est bien de se redemander est-ce que vraiment ça vaut le coup que je continue sur ce roman-là? Est-ce que je ne m'épanouirais pas plutôt à écrire un autre? Et je sais que ça va aux antipodes de ce que je te conseille en général et que les nouvelles idées sont plus tentantes, etc. Mais là, je te parle vraiment d'un roman qui ne te convient plus. Sauf que le biais d'engagement, tu peux aussi t'en servir. Vu qu'il décrit ta tendance à être cohérent avec ce que tu as déjà commencé, on peut trouver plein de moyens de rester motivé pour écrire grâce à ça. Par exemple, annoncer un objectif d'écriture publiquement à tes proches ou sur les réseaux sociaux, ça te garantit que tu vas avoir plus de chances de l'atteindre. Ou encore, si tu écris plusieurs jours d'affilée, c'est encore de plus en plus facile de continuer. Tu continues sur une lancée. Pourquoi? Parce que ton cerveau, en fait, il aime la cohérence. Il se dit, j'écris tous les jours, je suis quelqu'un qui écrit, je continue d'écrire tous les jours. Et pas, ah, j'avais dit que j'écrirais mardi, mais je n'ai pas écrit, on est jeudi, c'est compliqué, oh là là, panique. Je t'en ai déjà parlé dans la vidéo, la motivation pour écrire ne sert à rien. Je te la remets en description parce qu'elle est quand même vachement bien et vachement utile pour toi. Mais en gros, les objectifs réguliers, petits et motivants sont ce qui fonctionne le mieux pour toi. Plus tu vas te fixer de petits objectifs et les atteindre, plus tu auras une espèce de lancée comme ça que tu pourras entretenir en continuant simplement d'écrire. Donc ce biais d'engagement, finalement, il n'est pas si mal. Retiens que chaque petite action renforce ton identité d'auteur. Et pour finir, j'ai un biais un peu surprenant pour toi. C'est le biais de possession, qu'on appelle aussi l'effet de dotation. En gros, ça veut dire que ton cerveau va être attaché plus à ce qui est à lui, ce qu'il possède. Et je pense que tu ne vois venir qu'à ce qui est à nous et qu'on possède dans le cas de l'écriture, ce sont un peu les idées. On va avoir du mal à lâcher nos idées, celles qu'on a eues et qui nous inspirent le plus, celles dont on est le plus fier. Et du coup, il est à double tranchant, parce qu'on pourrait se dire, mon idée, elle est parfaite, et avoir peur de l'abîmer. Ne rigole pas, ça arrive. Ça rejoint un peu le perfectionniste. On n'ose plus écrire parce qu'on a peur d'abîmer notre super idée. Et que dès qu'on se met sur notre roman, on considère que ça ne rend pas justice à cette idée-là. Mais ce biais-là, il peut aussi devenir un moteur hyper puissant. Parce que, dès que tu as écrit quelque chose et même une simple scène, ton cerveau commence à considérer qu'elle est à toi. Donc elle fait partie un petit peu de ta trousse à outils magique d'écrivain. Un peu comme si tu avais le sac d'Hermione Vanger, là. Ça va donc te donner envie de continuer, de protéger ton projet. Ça va donc te donner envie de continuer de protéger ton projet, de le développer. Et du coup, c'est un super encouragement, en fait. Chaque petite chose que tu feras avec ce biais-là renforcera ton identité d'écrivain, un petit peu comme si tu construisais un mur de briques. Une jolie phrase, ce sera une brique. Une scène qui te plaît, une brique. Une super idée, une brique, tu vois. Et tout ça, c'est un peu tes possessions d'écrivain, finalement, ce mur-là. Ce sera le mur de ta confiance en toi en tant qu'auteur. Bref, si t'attendais un signal pour commencer ton roman, j'ai pas mieux. Conclusion! Notre cerveau est rempli de biais cognitifs. Il y en a plein qui sont casse-pieds. Comme je te le disais, écrire, c'est plonger dans l'incertitude de la création. Et le cerveau, il n'aime pas l'incertitude. Il va retenir que le négatif. Il va te dire : « Non, non, reste dans ta zone de confort. C'est beaucoup plus simple pour moi. » Et donc, il pourrait très facilement te faire croire que tu n'es pas capable d'écrire. Alors que si, et qu'en plus en connaissant ces différents biais, tu sais comment les déjouer. Et en plus, si tu recoupes un petit peu tout ce que je t'ai dit, la solution, elle est assez simple : écrire un petit peu régulièrement, accepter l'imperfection et ne pas lâcher ton roman. Chaque page écrite, même chaque paragraphe écrit, change des choses dans ton cerveau. Et petit à petit, tu construis ta confiance et tu construis le roman de tes rêves. Et petit à petit, tu passes du statut de personne qui aimerait écrire à personne qui écrit vraiment. Merci d'être resté avec moi jusqu'à la fin de la vidéo. Si tu as des questions, tu peux me les poser ici ou sur mes réseaux sociaux que je t'affiche là. Et si ça t'a plu, tu peux commenter "cerveau". On se retrouve dans deux semaines pour parler de comment je suis passée de loc à super productive.