Speaker 1Je trouve qu'il a une forme de vérité, d'honnêteté, et qu'on sent presque la progression dans mon propre rapport à mon histoire et au féminisme au fur et à mesure du livre.
Speaker 2Le Collège des Fumains, c'est la rentrée pour le Café des Auteurs. Je te souhaite une bonne rentrée et je suis très contente de repartir sur une nouvelle saison du podcast avec toi et avec une invitée qui nous parle d'un sujet brûlant et difficile, celui du viol conjugal. Il s'agit d'Amélie Rosic, qui a écrit le livre Non s'il te plaît, dont tu trouveras toutes les infos dans la description. Et justement, j'avais très envie de parler avec elle de comment on écrit sur ce genre d'expérience. Comment on écrit un livre sur ça? Comment on met de la distance? Comment on choisit ses mots? Comment elle a vécu l'expérience? Et comment on publie aussi quelque chose d'aussi difficile? Souvent, les auteurs avec qui je discute ont peur de cette partie de l'écriture, mais aussi de la publication, c'est ce qu'on voit dans cet épisode. On est avec Amélie Rosic. Bonjour Amélie. Bienvenue au Café de la Claire. Est-ce que tu pourrais te présenter pour les personnes qui ne te connaîtraient pas et peut-être Amélie d'avant l'écriture aussi?
Speaker 1Je m'appelle Amélie, 40 ans, depuis peu. Je suis journaliste depuis 15 ans, en plus de 15 ans. J'étais reporter pendant très longtemps. Maintenant, je suis chroniqueuse. J'ai travaillé à la radio et à la télévision. Et aujourd'hui, je suis autrice puisque j'ai écrit mon premier essai, qui est un essai autobiographique. Et puis, je suis aussi. Maman d'un petit garçon de 4 ans.
Speaker 2Et alors, du coup, cet essai, comment t'es venue l'idée de l'écrire?
Speaker 1Mon tout premier écrit, je crois que j'avais 20 ans. J'avais lu Hugues Laurie, qui campe le personnage de Dr House, et qui est aussi auteur. Et donc, j'avais lu un petit bouquin et j'avais trouvé ça génial. Et donc, j'avais copié, j'avais commencé à écrire un roman en copiant sa façon d'écrire. Donc ça, j'avais 20 ans, c'était même avant que je sois journaliste. Et ensuite, j'ai commencé l'écriture, en fait, par un roman que je n'ai pas du tout achevé, que j'ai commencé à écrire. Je l'ai commencé en 2021, qui est encore loin d'être achevé, mais que je tiens toujours. Donc ça, c'était en toile de fond. Et ce récit-là, cet essai que je publie, ça m'est venu après avoir lu ce que le féminisme m'a fait de Julia Foyce à l'été 2024. Elle m'a inspirée, mais je dirais même plus que inspirée. Je me suis sentie comme obligée d'écrire et que c'était ce que je devais faire pour la cause. La cause, c'est-à-dire l'égalité. Oui, on n'en a pas parlé jusqu'ici.
Speaker 2Effectivement, c'est un essai sur le viol conjugal, sur ce que tu as vécu et que tu as écrit au jeu présent, en étant toi, Amélie, et en disant c'est ce qui m'est arrivé. Pourtant, c'est plus ce choix-là.
Speaker 1Alors ça, ça m'est apparu d'ailleurs extrêmement évident. C'est-à-dire que si j'avais dû publier sous pseudo ou de manière anonyme, ce qui, pour des raisons juridiques dont on parlera peut-être, aurait été plus simple et moins risqué pour moi, pour moi, ça n'avait plus aucun sens puisque ma motivation première, c'était de me dire pour les gens qui me côtoient pas très près, pour mes collègues de travail, je suis, j'incarne une femme qui sait ce qu'elle veut, qui sait où elle va, qui n'a pas peur de prendre des décisions, qui sait s'imposer, qui n'a pas peur de parler, de trop parler, de prendre de l'espace, de trop prendre d'espace. Ça m'a été reproché beaucoup. Dans ma vie, je parle trop et je prends trop de place. Et donc, j'ai été à peu près convaincue qu'ils ne pouvaient pas s'imaginer qu'étant moi, je pouvais être victime de viols conjugales dans l'intimité puisque ça ne colle pas, mon profil public social ne colle pas avec le stéréotype qu'on a fabriqué de toute pièce de la victime de viols conjugales de façon générale. Donc, vraiment, mon objectif, c'est de ne pas être victime et de ne pas être victime. J'ai été publiée en tant que moi pour provoquer chez le lecteur une réaction du type « Elle? Mais ce n'est pas possible! » Pas elle, réaction que moi-même, et je le raconte dans le livre, j'ai eu un jour où une de mes très bonnes amies de longue date m'a tendu sa plainte pour violences conjugales et la première réaction que j'ai eue dans ma tête, je ne l'ai pas dit, j'avais honte de le penser, c'était « Non, ce n'est pas possible. Elle n'a pas du tout le profil de femme. C'est une femme battue. » Comme si, évidemment, il y avait un profil de femme battue, mais en même temps, on a été biberonné à ça depuis la naissance.
Speaker 2Tu dis que tu es proche, les gens qui te connaissent, mais en réalité, tu es une figure publique, une journaliste qu'on peut voir et du coup, c'est même encore plus, ça va au-delà de ça, parce que n'importe qui pourrait lire et se dire « Mais c'est qui cette femme? » « Ah, mais en fait, ce n'est pas l'idée que je me fais de la victime. »
Speaker 1Exactement, c'était vraiment l'idée. L'idée, c'était de me dire, enfin, voilà, moi, je ne suis personne, je suis journaliste avant toute chose et je fais de la télé, donc mécaniquement, certaines personnes me connaissent. Je ne suis pas une star. En revanche, cette micro-notoriété au sens fenêtre publique que je peux avoir, voilà comment je veux m'en servir.
Speaker 2Au-delà du choix de l'écrire sous ton nom à toi et de dire « Ça m'est arrivé », ça aurait pu être un roman où il y a un personnage fictif qui te ressemble ou pas et toi, tu as choisi vraiment de quitter le format, enfin, de ne pas utiliser ce format roman, d'utiliser vraiment le format essai, de dire « C'est moi ».
Speaker 1En fait, parce que tu me poses la question, je m'aperçois que peut-être que ça aurait impliqué de parler davantage de l'auteur, l'auteur des faits, alors que là, pour des raisons évidentes, dont on parlera peut-être, donc je n'ai pas porté plainte et c'est un vrai choix militant de ma part, je n'ai pas vraiment pu explorer très loin à la fois le physique de l'auteur, son histoire, son histoire familiale, parce qu'il y a toujours des choses qui expliquent pourquoi les auteurs sont des auteurs. Mais finalement, ce n'est pas plus mal parce que majoritairement, dans ces histoires-là, on se souvient de l'auteur, on parle beaucoup de l'auteur, on essaie de comprendre. En fait, c'est comme si par ce témoignage réel, ça m'obligeait à rester dans mon prisme à moi et je contrains le lecteur à regarder avec mes yeux à moi et que les miens, et qui ne sont que les miens.
Speaker 2Et qui ne sont pas une frontière brouillée. Si ça avait été un personnage, je te serais dit « Ah ça, elle a sûrement inventé ».
Speaker 1Là, je te le dis maintenant comme si je réhistoriquais ce qui s'est passé. La vérité, c'est que sur le coup, ça m'a paru totalement évident. Et je pense qu'il y avait aussi quelque chose de l'envie de bousculer et de choquer un peu.
Speaker 2Oui, c'est sûr qu'avec un personnage, on aurait peut-être eu moins ce côté « C'est exactement ce qui lui est arrivé ». On se serait aussi peut-être dit « Ah, ça peut-être pas ». Là, on est obligé de dire « Ces scènes-là, telles qu'elles, sont arrivées ». À propos de ces scènes-là, j'ai lu des extraits qui sont très réalistes. Il y a pas mal de choses où, en mode faux-semblant, tu utilises les vrais mots qui plaient les noms des organes sexuels, par exemple. J'essaie de ne pas me faire censurer par les plateformes.
Speaker 1Oui, par l'algo.
Speaker 2Est-ce que c'était difficile pour toi d'utiliser directement ces mots, directement ce qui s'est passé? Parce que ça fait revivre un peu la scène aussi. Ou est-ce qu'au contraire, c'était un peu libérateur?
Speaker 1Alors, pas du tout. Ça n'a pas du tout été difficile parce que, me concernant, le fait d'écrire n'a pas été une thérapie du tout. C'est-à-dire que je n'ai pas écrit pour me faire du bien. J'étais déjà très au clair avec mon histoire. Je m'étais pardonnée la culpabilité de se dire « je me suis laissée violenter ». C'est souvent ça quand même. J'ai participé en quelque sorte aux violences que j'ai subies. C'est souvent ça quand c'est dans le cadre de l'intimité. J'étais très, très au clair avec ma propre histoire à l'intérieur de moi. Donc non, ce n'était pas du tout ça. Et je n'ai pas eu de mal à employer les vrais termes. Aussi parce qu'en tant que militante féministe et pour la protection des droits des enfants, parce que tout, tout va ensemble, ça me semble absolument nécessaire d'utiliser les vrais mots. C'est quelque chose que je fais avec mon fils de 4 ans. Mon fils de 4 ans, il ne dit pas la nénette, le zizi ou la zézette. Je ne vais pas lui dire pour ne pas qu'on se fasse censurer. Il dit les vrais termes parce qu'il a été démontré que ça protège les enfants quand ils sont confrontés à des adultes pédocriminels que de nommer les vraies choses parce que un, en général, ça retient un peu le. le pédocriminel de se dire « Ouh là là, il a l'air très informé sur la question des organes génitaux. Peut-être qu'il y a des discussions en famille. Peut-être que donc, il ne va pas réussir à garder ce secret que je vais lui demander de garder et qui n'est autre que. qui ne sont autre que des violences sexuelles. » Et deuxièmement, parce que souvent, les pédocriminels, ils cherchent une sorte d'innocence chez l'enfant qui ne s'est pas nommé, qui ne s'est pas expliqué. Voilà. Donc ça, c'est quelque chose que j'applique dans ma vie de tous les jours, y compris avec mon enfant de 4 ans. Elles sont des organes sexuels. Je ne vais pas tourner autour du pot. Je ne vois pas le rapport. Et ça ne me gêne pas du tout parce que ce n'est pas à moi d'être gênée.
Speaker 2Oui, bien sûr. C'est vrai que là, comme ça, en étant distanciée, je suis tout à fait d'accord avec toi. Mais c'est vrai que typiquement, quand on commence à être concerné, à revivre un peu des choses, c'est peut-être plus difficile aussi parfois de.
Speaker 1Alors, en plus, je te dis ça, mais ce n'est pas tout de fait vrai. Je m'explique. Dans le livre, il y a une scène. C'est d'ailleurs la quatrième de couverture. Donc, une scène de violon conjugale qui se passe à la Nouvelle-Orléans. Et en fait, j'ai eu très peu de modifs de la part de mon éditeur pour ne pas dire quasiment pas, sauf pour des raisons juridiques. Sauf là-dessus, où pour le coup, c'est vrai que j'ai fait une deuxième mouture assez proche. Mais en fait, je n'étais pas totalement entrée dans les détails. C'est vrai que j'étais.
Speaker 2Oui. Et après, tu es rentrée plus dans les détails.
Speaker 1Oui. C'est vrai que le premier jet, le premier jet, je n'ai pas dit les mots. Je n'ai pas dit concrètement qu'est-ce qui s'était passé en dessous de la ceinture. Sur le coup, j'avais l'impression que ça me semblait évident, alors qu'évidemment, non, parce que moi, j'y étais. Enfin, techniquement, ça me semble évident de savoir ce qui s'est passé. Mais peut-être que c'est en plus la scène qui me. qui me gêne encore le plus aujourd'hui.
Speaker 2Parce que par rapport à, en elle-même, cette scène-là, l'événement, comment tu l'as écrit?
Speaker 1Alors non, c'est pas ça. C'est parce que de tout ce que j'ai vécu, de toutes les violences que j'ai vécues et les viols que j'ai dans le cadre de ce mariage, en fait, celui-ci, on était dans une auberge de jeunesse, il y avait des gens autour qui dormaient. Mais donc, c'est comme si je conservais une sorte de honte et de gêne vis-à-vis des autres. Enfin, que j'ai pas vraiment, parce que là, je suis en capacité de te dire que j'ai pas à avoir honte, mais après, il y a ce qu'on sait là-haut et il y a ce qui est intégré après dans le corps, quoi.
Speaker 2Et c'est cette scène-là qui est en quatrième couverture? C'est ton choix?
Speaker 1C'est mon éditrice qui a pensé à faire ça. En revanche, le titre, c'est mon choix. Premier titre, enfin, quand j'ai envoyé aux éditeurs, le premier titre, c'était « Vous n'êtes pas seul ». Sauf que c'est le gimmick d'une humoriste que j'adore par ailleurs qui fait ce gimmick à chaque fin de vidéo. Donc, je viens de doubler le nom.
Speaker 2On mettra ça dans la description.
Speaker 1Voilà, on cherchait autre chose. C'est moi qui ai cherché, cherché. Et en fait, je trouvais que ce nom, « S'il te plaît », déjà, c'est au fond, seul ou un des rares souvenirs que j'ai verbalisé un nom clair. Et je trouve que la supplication derrière du « S'il te plaît », elle est très caractéristique. Et en fait, je cherchais un titre qui ne soit pas trop violent parce que je me mets à la place d'un lecteur potentiel. Et en fait, le sujet est déjà difficile. Donc, voilà, je ne voulais pas un titre trop violent. Et ce nom, « S'il te plaît », il dit beaucoup de choses. Et d'ailleurs, en linguistique, il est montré que quand on rajoute cette supplication, ce « S'il te plaît », c'est parce qu'on sait que le nom ne suffira pas à faire entendre sa voix. Donc, vraiment, je trouvais ça super. Et c'est mon éditrice qui a eu cette idée de garder le passage et extraire comme ça le nom « S'il te plaît ».
Speaker 2On travaille sur le lien vers le nom « S'il te plaît » dans la description. de l'épisode. Mais c'est vrai que j'ai aussi rien que le titre fait ressentir quelque chose. Quand tu es une femme, tu sais, tu as déjà dit « Non, s'il te plaît ». C'est très puissant, je trouve. Et ça évoque beaucoup, comme tu dis, je trouve qu'un titre violent aurait pu écarter certaines personnes alors qu'en fait, elles étaient prêtes à le lire le moment venu dans le livre. C'est juste un titre très évocateur comme celui-ci. Et en plus, le nom « S'il te plaît », ce n'est pas quelque chose qu'on dit à un agresseur. Lambda, c'est celui qu'on dit quand c'est quelqu'un qu'on aime et qu'on connaît. On change de registre parce que justement, tout ceci, c'était un peu pour parler de comment tu as écrit ce livre. Mais moi, ce qui m'intéresse profondément en plus, c'est comment on écrit un livre si dur en sachant qu'on va être lu, qu'on n'a pas encore écrit jusqu'ici et que notre premier livre, c'est celui-ci. J'ai vu dans les premières lignes du livre que tu parles de ta légitimité à écrire et tu dis « Je ne suis pas autrice ». Ça m'a fait un peu sourire.
Speaker 1C'est bien un truc de femme, par ailleurs.
Speaker 2C'est bizarre, il y a quand même un livre. C'est comme ça que tu l'as vécu? Tu ne te voyais pas comme une autrice? Tu te voyais comme quelqu'un qui porte un témoignage?
Speaker 1Oui, exactement. Je me voyais comme quelqu'un qui porte un témoignage. Comme je te dis qu'il y a une certaine. dont la voix est entendue davantage que quelqu'un de totalement anonyme et qui donc, je me disais, je porte une responsabilité d'utiliser ce canal de communication que j'ai, cette micro, encore une fois, à notoriété publique pour casser les clichés et démontrer, plutôt que montrer, démontrer par ma seule existence qu'il faut arrêter avec ces stéréotypes de victimes. De manière générale, d'ailleurs. De viols, ou de viols conjugales, ou de violences conjugales. En tout cas, de violences envers les femmes.
Speaker 2Tu t'es dit : « J'écris déjà mon histoire. »
Speaker 1Je ne me sentais pas très légitime. Donc, un, parce que je me considère comme une personne qui m'amuse, parce que je ne suis pas une intellectuelle. Ce n'est pas le milieu duquel je viens. Je n'ai pas grandi dans les livres. Donc, j'ai probablement cet imaginaire-là d'intellectuelle, dont les parents ont déjà fait des grandes études, ce genre de choses, je pense, que je viens. Donc, il y a probablement ça, un petit sentiment d'imposture sociale. Et ensuite, c'était aussi un problème de légitimité de me dire : que je n'avais pas de mandat en tant que militante féministe et que je ne pouvais pas dire comme ça que j'allais parler pour toutes les femmes. Alors que bon, je ne parle pas pour toutes les femmes. Je parle pour moi. Et je pense que ça aura un écho chez plein de femmes. Mais voilà. Et du coup, j'ai eu besoin comme de débunker, en fait, ça, je pense, de l'afficher. Peut-être aussi pour dire : « Ne soyez pas trop dures avec moi. » Peut-être, je sais, peut-être. Il y a peut-être un peu de ça.
Speaker 2Ça me ressemblerait pas mal. Et alors ça, tu le dis au début du livre. Effectivement, c'est vrai que ça débunk un petit peu. Ça montre aussi ton intention. Ce n'est pas : « Je vais écrire un truc universel qui va défendre toutes les moi. » Amélie qui écrit. Mais ça, c'est ce que tu mets au début du livre. Tu l'as écrit dès le début, ça?
Speaker 1Alors oui, alors j'ai écrit ce livre. J'ai écrit ce livre dans l'ordre.
Speaker 2Oui, exactement. En fait, c'est justement, c'était un peu ce que j'avais derrière la tête. C'était du coup, Amélie s'est mise à écrire. Et elle s'est dit : « Alors, je ne suis pas autrice, mais je vais essayer de faire un truc pour porter ma voix. » C'est rigolo parce que je trouve qu'il y a un peu deux démarches. Il y avait effectivement le : « Je vais écrire ça et ça va être public. » Et c'était ton intention dès le début. C'était : « Je veux témoigner, je veux que ça soit public, etc. » Et à côté, il y a des auteurs qui vont se lancer plutôt en se demandant ce que ça va donner. Peut-être que là, il y a encore un peu le côté thérapeutique qui joue. Mais sans savoir si ça va être public ou pas. Et c'est vrai que je trouve que ce côté public dès le début, ça peut même être une pression un peu. Et je pense que tu t'en es un peu affranchie en disant : « Je commence mon livre par : « Je ne suis pas autrice. » » Donc, ne vous inquiétez pas.
Speaker 1Oui, je pense que c'est ça. Vraiment qu'il y avait totalement une forme de pression dans la motivation même de pourquoi j'écrivais, que j'ai essayé d'apaiser dès le départ. Et ensuite, j'ai laissé ça parce qu'en tant que lectrice pour le coup, ça m'aurait relativement plu de lire un livre comme ça. Parce que, je ne sais pas si ça se sent, mais bon, à force de l'avoir lu, je l'ai relu. Mais comme je l'ai écrit globalement d'une traite, de la première ligne jusqu'à la dernière, qu'il a été très peu retravaillé, pour ne pas dire pas, je trouve qu'il a une forme de vérité, d'honnêteté, et qu'on sent presque la progression dans mon propre rapport à mon histoire et au féminisme au fur et à mesure du livre. Et donc, c'est aussi pour ça que j'ai laissé ce début parce que j'aurais pu très bien écrire, écrire, voilà, et à la fin me dire : « Bon, on va virer ça » parce que du coup, ça n'a pas trop de sens. Mais je trouvais ça marrant. Je trouve que ça dit quelque chose sur moi et comme on lit quelque chose sur moi, il faut quand même qu'on sache d'où je parle, quoi.
Speaker 2Tu as écrit le livre d'une traite, du coup?
Speaker 1J'ai écrit le livre d'une traite en quatre mois.
Speaker 2Ah ouais, c'est vraiment en mode Apple Rush, je trouve, et c'est vrai que c'est intéressant que tu aies… Enfin, bon, il y a eu une édition, bien sûr, et sûrement une réécriture de ta part avant, mais c'est vrai qu'en tout cas, le fait que ça ait été écrit sur une courte période et finalement publié pas si longtemps après… Oui, tout à fait. … en rapport au monde de l'édition, je pense que ça garde ton côté brut de témoignage. On n'est pas venu donner une réflexion deux ans plus tard dessus et tout ça. Ça aurait peut-être été moins brûlant aussi.
Speaker 1En tout cas, c'est ce que j'avais envie de faire et il se trouve qu'Hachette m'a suivie là-dedans parce que très sincèrement, quand je l'ai envoyé, je l'ai envoyé à quatre maisons d'édition. Je l'ai envoyé… Donc déjà, un, je l'ai envoyé à des maisons d'édition généralistes parce que je ne voulais pas être publiée par mes sœurs féministes un, parce qu'il y avait un petit risque juridique pour une petite maison d'édition, c'est moins évident, mais surtout parce que les militantes, elles savent très bien de quoi je parle. Elles n'ont vraiment pas besoin de moi. Et même ma réflexion pour quelqu'un qui est très déconstruit, qui connaît le juridique, les concepts, l'accompagnement des victimes, enfin vraiment, ma réflexion, elle est ras-des-pâquerettes. Enfin, ce n'était pas le but. Mon objectif, ce serait… Sincèrement, mon objectif, ce serait même qu'un… Un mec de 50 ans, blanc, cis, marié depuis 25 ans me lise, par exemple.
Speaker 2Même ton réflexion sur le livre de rayon général, tu diras?
Speaker 1Je ne suis pas sûre qu'il le lirait, mais dans mon idée, c'était ça. Et donc, c'est pour ça que j'ai envoyé plutôt à des maisons vraiment généralistes.
Speaker 2Ton intention, c'était dès le début que ce soit public? Oui. Et le fait que ça a été publié vite et tout, ça reste… Oui. Tu as publié cette version-là, quoi.
Speaker 1Oui, c'est ça. Oui, ce que je voulais dire, c'est qu'il y a des essais ultra-documentés avec des réflexions sur d'où on vient, où va la société, vers où on veut qu'elle tende. Voilà, cet essai-là, il est assez brut de décoffrage. Et j'étais plutôt heureuse et surprise que la Maison Hachette décide de me publier telle qu'elle. Parce que j'aurais imaginé que cette thématique puisse intéresser des maisons d'édition. Donc, j'imaginais qu'on allait me recontacter, mais très sincèrement, j'imaginais totalement qu'une maison d'édition allait me recontacter en disant « c'est super, votre témoignage super, voilà, super ». Par contre, c'est beaucoup trop court. Il faut développer soit l'essai, il faut peut-être un peu romancer, voilà. Alors que moi, j'avais envie de quelque chose qui se lise vite et de très brut. Parce que je pense que c'est ça qui provoque… Alors, c'est pour provoquer des émotions. C'est aussi parce que c'est ma méthode de travail. Je suis reporter, j'ai toujours travaillé pour des chaînes qui font de l'actu. Donc, j'ai l'habitude des formats courts de façon générale. Et globalement, je suis quelqu'un d'assez brut de décoffrage. Donc, je croyais que ça me ressemblait pas mal. Mais j'ai été vraiment… très surprise et agréablement surprise qu'il soit OK pour publier quelque chose comme ça de court et d'un peu percutant.
Speaker 2C'est ton cri du cœur à toi un peu, donc c'est vraiment quelque chose de. etc. Mais il y a eu quand même un travail éditorial. Est-ce que tu as été en phase avec l'éditrice quand vous avez fait les modifications?
Speaker 1Oui, tout à fait. Alors l'éditrice qui historiquement à qui j'ai travaillé quasiment jusqu'à la fin, c'est Mélanie. Et déjà, c'était très. Enfin, on s'est hyper bien entendus. Le fait sincèrement que ce soit une femme m'a mis en confiance direct. Je pense que j'aurais eu le choix. Bon, voilà, la question ne serait même pas posée. Je ne me souviens pas. Je ne crois pas qu'il y ait eu des allers-retours. Il n'y a eu quasiment aucun travail sur le texte. Ah, super. Parce que son. Elle, ce qui lui a plu, c'était ça. C'était le côté brut. Et elle trouvait que ça se lisait très bien. Et voilà. Donc ce qui, bon, par ailleurs, à titre personnel, en tant que jeune autrice, on va te le dire, m'a vachement. Enfin, m'a fait plaisir et puis m'a convaincue que c'était chouette ce que j'avais fait et que j'ai d'autres projets et que j'aimerais bien poursuivre là-dedans. Mais ouais, c'était. On a toujours été raccords. Toujours été raccords,
Speaker 2vraiment. Ça conforte aussi peut-être dans l'idée que on peut tenter ce format-là, même s'il a l'air un peu lunaire. C'est intéressant parce que pour le coup, j'ai aussi publié un essai très autobiographique avec des passages au jeu qui racontent mon histoire. Mais bon, moi, il y avait aussi un côté un peu de documentation et tout. Et en fait, justement, c'est vrai qu'au début, je me dis mais qui va lire les trucs au jeu, quoi? Alors, du coup, il y a un équilibre et des explications. C'est sur la nourriture émotionnelle, ça n'a rien à voir, mais bon, bref. Et en fait, ce jeu-là, finalement, c'est de ça qu'on me parlait après. C'est de ça qu'on me parlait aussi. Pareil, les médias, les journalistes et tout, c'était tu dis j'ai fait ci, j'ai fait ça. Et je me suis rendue compte, effectivement, que les gens veulent, finalement, ils sont dans notre tête, là, ils voient cette réflexion. Effectivement, la théorie, là, je te rejoins presque, alors je ne suis pas une experte du tout, mais je pense que un essai avec la théorie sur le viol conjugal et les statistiques, je pense que je n'aurais pas été très surprise. C'est des choses qu'on voit déjà beaucoup. Là, le lire dans ta tête, c'est beaucoup plus puissant, c'est beaucoup plus évocateur. Et ça me fait penser à quelque chose, c'est qu'il y a une phrase qui dit les sujets les plus personnels sont les plus universels. Et je trouve que ça marche comme ça, c'est-à-dire que même quelqu'un qui n'est pas victime de viol conjugal, par exemple, mais qui a été victime d'autres choses, des agressions sexuelles autres, peut se reconnaître, peut vivre. Et alors, encore en plus, comme tu dis, tu dis peut-être que quelqu'un qui n'a rien à voir avec ce sujet, sur un chemin tout à fait autre, là, il sera dans ta tête, il ne pourra pas dire, oui, on connaît les stats, on vit tes émotions. Je trouve que c'est puissant ce format-là aussi, ça donne de l'espoir un peu de voir que ce format a
Speaker 1plu. Oui, moi, franchement, j'étais vraiment, enfin, j'étais sur le cul, vraiment, je me disais. Et en même temps, ça ne m'étonne pas tant que ça, parce que moi, en tant que lectrice, même dans les romans, ce que j'affectionne particulièrement, c'est les romans écrits au présent à la première personne. Et l'écriture de façon générale à la première personne, c'est vraiment. C'est comme ça que j'arrive à plonger à l'intérieur de quelqu'un, et c'est ça que j'adore dans la lecture. Donc, ça ne m'étonne pas plus que ça, mais en tout cas, que des maisons d'édition soient intéressées par ce genre de format, oui, franchement, je suis un peu. J'étais un peu étonnée. La autre chose aussi, c'est que. Bon, voilà, évidemment, je n'en peux plus d'entendre, mais pourquoi ces femmes parlent tant d'années plus tard tout type de violences confondues? Pourquoi? C'est bizarre! Pourquoi elles parlent si tard? Ah bah tiens, si elles s'attaquent à telle personnalité publique, je ne dis très personne. C'est pour gagner en notoriété, comme ça, on fait parler d'elles. Alors oui, c'est vrai que parler de soi en tant que victime de viol, vraiment, c'est hyper. C'est hyper agréable, et puis vraiment, ça renvoie une belle image de soi. Moi, je n'en peux plus d'entendre que les femmes mentent. En fait, c'est insupportable. Et je pense, après coup, parce qu'encore une fois, sur le coup, c'était très intuitif, je pense que peut-être que si je l'ai écrit de cette façon, et si j'ai n'importe quel lecteur à plonger dans ma vie intime à ce point, et je parle aussi de ma sexualité quand j'étais jeune, enfin, je veux dire, c'est une plongée dans mon intime. Mais je pense que si je l'ai fait, que j'ai accepté de le faire, c'est aussi un peu pour dire, pensez vraiment que j'ai pu inventer 100 pages de ça. Pensez vraiment que c'est ça qu'on fait, quoi. C'est des inventions, comme ça, on s'écrit des romans, comme ça, dans notre tête. On invente des scènes hyper précises, hyper détaillées. C'est-à-dire que même un super scénariste de Netflix, en fait, il n'y arriverait pas. Donc je pense qu'il y a aussi un peu ça. Ou en tout cas, confronter. C'est pour ça que je dis, peut-être, que j'aimerais bien être lue par des hommes.
Speaker 2Oui, mais effectivement, j'allais dire, je pense que c'est un bon moyen aussi de dire, mon histoire, c'est ça. Je l'ai écrite moi-même, il y a toutes mes vies dedans. Et je trouve que c'est beau et hyper courageux aussi de dire que c'est toute ma vérité et de choisir un extrait hyper violent en quatrième de couverture en disant, c'est comme ça. Et peut-être que cet extrait pourrait choquer et que des personnes pourraient se dire, c'est peut-être faux. Et du coup, tu as tout le reste du livre pour réaliser que non, pas du tout. Du coup, je t'avais parlé de la pression tout à l'heure qu'on peut ressentir parce que les gens vont l'oublier. En plus, toi, il y a toute cette. Alors, j'ai cette pression globale, mais peut-être qu'on ne va pas me croire. Un petit peu toute une tension, plutôt, dans ce contexte-là. J'ai l'impression que ça, ça ne t'a pas freiné, parce qu'au contraire, ça t'a porté de dire, non, je vais rajouter une brique dans l'édifice, je vais rajouter un témoignage en béton armé qui est toute ma vérité. C'était plutôt moteur finalement pour toi, c'est ça?
Speaker 1Oui, c'était moteur. Ça ne m'a pas du tout arrêtée. Au contraire, j'ai vécu ça comme ma maigre participation. J'ai vécu ça comme mon premier acte militant. En fait, c'est la force du. C'est tout l'intérêt et la force du militantisme. C'est qu'on fait partie d'un tout, même quand on fait une action seule. Et donc, on s'est emporté. On fait partie d'un collectif, en fait. C'est la force du collectif. Donc, à aucun moment, j'ai eu peur de ça. Pour être tout à fait sincère, le jour où j'ai commencé la promo sur les réseaux sociaux, là, j'ai pris conscience de ce que j'avais fait à ce moment-là, quand j'ai commencé à recevoir des messages de mes collègues de travail, à la télé, voilà. De Mystère, je travaillais à FMTV. Donc, quand je suis rentrée dans les locaux là où je travaille, j'ai eu une petite angoisse. Enfin, c'est-à-dire, je me suis sentie vraiment toute petite dans les couloirs, là, et je me disais « Ah! » Et donc, mes collègues me regardaient comme d'habitude. Bon, bonjour, je veux dire, ils ne me regardaient pas différemment, mais j'avais la sensation que peut-être ils portaient un regard différent sur moi. Je me demandais « Tiens, est-ce qu'ils ont vu que j'ai publié ça? Est-ce qu'ils ont vu donc qu'est-ce qu'ils vont me dire? Que j'ai été victime de viols conjugales? » Donc, comme ça, j'accepte de raconter ma vie. Cette journée-là, là, a été vertigineuse. Mais c'était la seule. Et puis après, c'était passé, quoi.
Speaker 2Oui, c'était une de mes questions pour toi. C'était justement parce qu'il y a eu un moment où tu t'es dit « Ça y est, c'est bon, les gens vont le lire, ils vont voir cette histoire. »
Speaker 1À ce jour-là, vraiment, c'est-à-dire, j'ai fait une petite publication sur les réseaux sociaux avec Hachette, voilà. J'étais très enjouée à l'idée de le faire et d'annoncer que je publiais un livre. J'ai publié ce réel. Et là, quand j'ai commencé à. J'ai eu cet atterrissage et je me suis dit « Mais qu'est-ce que j'ai fait? » Voilà, c'est passé. Et puis, les gens les plus importants étaient déjà au courant depuis très longtemps. Mes amis proches, ma tante, ma cousine, enfin, voilà, ceux qui comptent, qui sont proches de moi.
Speaker 2Ça me fait penser. J'avais discuté de ça, pareil, quand moi, j'ai publié ce témoignage qui était aussi très dur à publier parce que ça disait que j'étais, entre guillemets, « addict à la nourriture pendant 20 ans ». Et en fait, j'ai eu comme toi ce moment où je me suis dit « Demain, il est dans toutes les librairies. Ça y est, c'est foutu. » Et en fait, on se dit « Mais oui, c'est la petite angoisse parce que souvent, on me demande ça. On dit « Ouais, mais si j'ai peur que les gens me lisent, j'ai peur qu'ils vont peut-être voir. » Je dis « Ouais, mais le truc, c'est que quand t'es arrivé au bout du processus, quand tu vas publier ça, ce qui t'a porté, toi, c'était ta volonté, c'était ce côté militant, c'était la volonté de porter le message. Moi, c'était aussi porter ce message-là et libérer des femmes pareilles. Et en fait, c'est vrai que tu dis que ça, cette intention-là, elle te porte tout le long. Et puis bon, il y a bien un moment où tu te dis « Oh, punaise, qu'est-ce que j'ai foutu? » Mais de toute façon, c'est en général un moment où t'as plus le choix.
Speaker 1C'est trop tard. C'est trop tard. T'as signé, c'est trop tard.
Speaker 2C'est bon, il est après-midi, il est en cours, tout ça. Et c'est vrai que finalement, en fait, c'est pas vraiment un frein. Et jusque-là, en plus, il reste personnel chez nous, quoi. Entre toi et l'éditeur ou quoi.
Speaker 1Oui, quand tu réalises que c'est pas que ton histoire, elle t'appartient plus, mais ça, ça t'appartient plus. C'est délibérateur, en fait, je trouve. Oui, en fait, exactement. Je suis d'accord. Je dis le premier jour vertige. Et ensuite, c'est bon. C'est comme si ça s'était détaché. Touf! Hop! Et puis, ça va aller dans la nature. Et puis, en fait, ça va vivre malgré moi, malgré les autres. Ça va vivre tout seul, quoi. C'est vrai que c'est assez délibérateur.
Speaker 2Est-ce que tu as pensé pendant l'écriture du livre, quand même, que par exemple, ta famille pouvait le lire?
Speaker 1Oui, oui, mais ce qui me faisait le plus de peine, c'était pour mon père. Donc, je suis très, très proche. Alors, je ne l'avais pas dit. Je croyais que je l'avais dit comme ça, mais en fait, je ne l'avais pas dit comme ça. Je n'avais pas verbalisé Viole Conjugale, mais il savait qu'il y avait des choses graves qui s'étaient passées dans ce couple-là. Et puis, mon père a toujours été d'un très grand soutien à tout niveau. Et donc, lui, je lui ai envoyé en même temps que Maison d'édition. Et donc, il l'a lu en deux fois, parce que c'était dur, m'a-t-il dit. Voilà, il était. Enfin, il a trouvé ça très bien. C'est difficile à dire, parce que c'est mon père. Forcément, c'est difficile à écrire. Mais donc, en tout cas, voilà, je n'avais pas peur, parce qu'il l'avait déjà lu. Mais très intime, je l'aurais envoyé aussi. Et donc, non, non,
Speaker 2vraiment. C'est fou, parce qu'on pourrait se dire que c'est horrible d'envoyer ça. En fait, moi, ça m'a fait du bien aussi. Pour la même chose, un peu, j'ai dit, mais comme ça, vous voyez, en fait. Moi, c'était quelque chose que ma famille savais pas en l'occurrence, découvertes en ennemi, et j'aurais pas pu de toute façon, enfin bon il y avait des, pareil je pense, des doutes et tout ça, et de dire bah en fait c'était ça. Et moi mon père pour le coup je lui ai dit de pas le lire. Ah ok. Mais c'est vrai que d'avoir nos proches qui lisent ça, je dis bah là vous voyez maintenant, là vous avez une vraie vision de moi en fait, vous avez pas, comme on disait un peu, la vision publique, etc. C'est non, je suis ça aussi et je trouve que ça fait, c'est assez libérateur ça, c'est pas évident mais c'est libérateur. Alors que je sais qu'il y a des personnes qui nous écoutent qui hésitent peut-être et qui se disent mais non mais moi ma famille ne peut pas lire ça. Et bah alors vous pouvez leur dire de pas lire.
Speaker 1Oui déjà, c'est totalement une option.
Speaker 2Et vous pouvez, voilà moi je sais que mon père n'a pas lu, il a écouté ce que je lui ai dit. Et c'est vrai qu'en fait, je trouve qu'on a cette option là et on a aussi ce côté ouais mais tu sais c'est libérateur en fait parce qu'on le fait bien pour une raison et cette raison fait partie de nous et du coup on est un peu incomplet si notre famille ne sait pas ça finalement. Ouais ouais. Et du coup ouais toi tu, comment dire, tu.
Speaker 1Alors moi la question par exemple qu'il veut, qu'il se posera un jour, enfin la seule question que je me suis posée c'est celle de mon fils. Oui. Mon fils à quatre ans et demi. Alors c'est particulier parce que je lui ai dédié ce livre, enfin à ma mère que j'ai perdu jeune et à lui parce que c'est un garçon. Et donc je lui ai dédié en lui disant à mon fils aux blessures que tu auras appris à ne pas infliger. Je pense que pour certains parents ça peut paraître un peu dur mais en tout cas voilà, c'est comme ça que je l'ai fait. Et donc la question s'est posée vis-à-vis de mon fils typiquement qui encore une fois il est tout petit donc je lui ai dit que j'ai écrit un livre etc. mais il ne me demande pas la thématique du livre en fait. Il s'en fiche un peu hein, voilà. Et donc la question se posera pour lui pour le coup à mon sens quand il grandira mais j'ai encore au moins 10 ans devant moi je pense.
Speaker 2On verra à ce moment là quoi. Par rapport à tout ça du coup, s'il y avait une personne qui hésitait à se lancer dans ce genre de projet très intime et en même temps qui fait un bien fou parce qu'on se dit que ça va être lu, que ça va faire du bien à plein de gens de le lire ou ça va peut-être les orienter ou leur faire changer d'avis etc. mais que voilà cette personne hésite, qu'est-ce que tu lui dirais?
Speaker 1Je vais dire quelque chose d'impensif mais alors comme pas possible mais c'est le pensif qui régit ma vie depuis que j'ai 15 ans et que ma mère est morte alors que ce n'était pas prévu. On naît, on vit, on meurt et après c'est fini. Donc pourquoi hésiter en fait? Quel est le vrai risque au fond? Si vous avez la sensation d'avoir une histoire à raconter c'est qu'elle vous habite et probablement qu'elle vous gratte ou peut-être qu'elle vous fait mal. Donc le risque, il n'y en a pas, vous avez déjà mal. L'évaluation des risques bénéfices alors c'est difficile quand on est en pleine réflexion, j'entends bien mais j'ai presque envie de dire si l'hésitation c'est sur les proches ben ça fera peut-être du
Speaker 2tri, pardon mais
Speaker 1ça fera peut-être du tri malgré vous et tant mieux parce que ce sera pour le mieux mais je crois profondément que ceux qui nous aiment pour ce qu'on est intrinsèquement et sont toujours intéressés par découvrir toutes les facettes de nous et je crois que ça fera soit du bien à celui qui écrit et qui publie, soit du bien aux autres, soit aux deux et alors c'est le combo gagnant et là vous avez tout compris.
Speaker 2Merci beaucoup Amélie, j'ai une petite quand même dernière question pour la fin parce qu'on a parlé de choses un peu difficiles et de ce témoignage qui est quand même sur le viol conjugal mais du coup tu nous as vaguement parlé d'autres projets d'écriture, est-ce que t'en as qui du coup peut-être se sont un peu libérés pour après celui-ci?
Speaker 1Oui mais je crois pas que ce soit très intéressant, non mais j'essaie de voir encore comment ce serait intéressant mais disons que je trouve que mon rapport et puis tout ce que je me suis documenté sur la question de la parentalité, mon rapport à la parentalité pas tout à fait commun et pas très politiquement correct, j'aime pas les bébés, j'ai pas hyper aimé le mien et plus mon fils grandit et plus c'est formidable, voilà j'ai fait une dépression du postpartum, j'ai jamais voulu d'enfant, ça m'est venu un peu comme une envie de je ne sais où, donc voilà il y a tout un tas de, encore une fois sur la thématique de l'essai qui serait je pense davantage sur le plan de l'essai que sur le plan des témoignages mais nourrit en tout cas de comment moi je suis entrée dans la parentalité et comment je la vis au quotidien mais j'ai très sincèrement la sensation que d'autres l'ont fait très bien, notamment une autrice dont encore une fois j'ai oublié le nom qui a écrit sur le regret maternel, hyper intéressant, voilà ces témoignages-là et ces livres-là ils ont déjà été faits, donc voilà, non là mon projet c'est que j'aimerais vraiment vraiment terminer mon roman, j'essaye de me donner une année, ouais mais c'est vraiment tellement tellement tellement tellement un autre travail, c'est par ailleurs aussi un roman que j'écris à la première personne, mais ce n'est pas du tout moi, que j'écris aussi à la première personne au présent, c'est un récit entrecroisé, donc ça c'est mon projet, finir le roman. J'adore l'écrire, mais c'est très challengeant et surtout je trouve que ça m'est difficile de l'écrire tout en menant ma vie normale, c'est-à-dire que pour lui en fait j'ai mis ma vie de côté pendant trois mois, je n'ai fait que ça et j'ai sorti 350 pages et depuis si j'en ai écrit 50 en trois ans c'est le bout du monde, parce que comme c'est donc à la première personne et en plus au présent, je change ma peau, je me plonge dans mon personnage et je trouve ça difficile de le faire deux heures par là en sortant du boulot, voilà je trouve ça hyper dur, mais bon je vais m'en débrouiller parce que je veux vraiment qu'il sorte, en tout cas je veux vraiment qu'il sorte de ma tête.
Speaker 2C'est intéressant parce que je pense que ce n'est pas très intuitif pour certains auditeurs parmi nous de dire qu'écrire ce que tu as vécu sur Vielle Conjugale était beaucoup plus facile que d'écrire ce roman, mais moi je te comprends tout à fait. C'est vrai que par contre le roman, en plus il y a toutes les questions qu'on se pose sur l'histoire, sur ce qu'on a envie de faire, sur ce personnage, et c'est vrai que ça, là je te rejoins tout à fait sur le fait que ça nécessite peut-être plus de rupture avec notre réalité aussi et qu'il faut la créer et que dans le quotidien c'est plus dur, en plus on est bien occupé avec notre métier et notre enfance, c'est peut-être un peu compliqué, mais on t'envoie plein de courage pour ça, je suis sûre que ça va y arriver.
Speaker 1Merci, ça me motive.
Speaker 2Merci beaucoup en tout cas et on met le lien pour retrouver Non S'il Te Plaît dans la description ainsi que tes réseaux.